Dans un entretien accordé à Vesti ce 6 septembre, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé la décision des pays occidentaux d'attribuer à la Russie la responsabilité de l'incident ayant impliqué un drone à l'aéroport allemand de Leipzig, sans avoir véritablement cherché à en établir les circonstances.
« Ils ont trouvé un drone à l'aéroport de Leipzig et ils ont dit que c'était un drone russe. Personne n'a cherché à savoir ce qu'il en était. C'est le début d'une véritable guerre de ce genre », a-t-il notamment indiqué.
Le chef de la diplomatie russe a également évoqué la convocation de l'ambassadeur de Russie en Allemagne, Sergueï Netchaïev, après l'incident. À ses yeux, cette démarche répond avant tout à une volonté de produire un « effet extérieur ».
« Ils ont expulsé le consulat général de Bonn et ont déclaré qu'ils avaient rompu l'accord. La Maison russe à Berlin est fermée. Je me souviens qu'avant le début de la Seconde Guerre mondiale, la Grande Guerre patriotique, pour être plus précis, les Allemands avaient également fermé leurs missions diplomatiques », a ajouté le ministre, qualifiant la position de Berlin d'inacceptable.
Ce que l'on sait de l'incident de Leipzig
Dans la nuit du 5 août, un drone contenant de l'explosif Semtex est découvert à l'aéroport de Leipzig/Halle, à proximité d'un avion de transport ukrainien An-124 susceptible de transporter des munitions. Dans un premier temps, les autorités allemandes ne font aucune déclaration publique attribuant l'incident à la Russie.
Bild et Die Zeit rapportent ensuite que les enquêteurs ont découvert sur le drone des traces d'ADN correspondant à un échantillon recueilli après l'incendie criminel visant un site de l'entreprise de transport DHL à Leipzig en 2024. Die Zeit, par la suite, fait état d'une autre piste étudiée par les forces de l'ordre, selon laquelle l'Ukraine a pu mener l'opération sous faux drapeau.
Le 30 août, plusieurs médias allemands, dont Bild, indiquent que Berlin s'apprête à annoncer une série de mesures importantes contre la Russie et à lui attribuer officiellement la responsabilité de l'épisode de Leipzig. Le 1er septembre, le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, et le chef de la diplomatie, Johann Wadephul, confirment cette position. Selon eux, le gouvernement est parvenu à cette conclusion après avoir étudié les « technologies utilisées » ainsi que d'autres éléments, notamment des renseignements.
Le parquet fédéral allemand classe l'incident de Leipzig comme une « attaque grave contre les infrastructures de transport et de logistique en Allemagne ». D'après Süddeutsche Zeitung, deux suspects ont été identifiés : il s'agirait d'un citoyen letton originaire de Russie et d'un résident biélorusse détenteur d'un passeport russe.
Les décisions prises par l'Allemagne après l'incident
Les autorités allemandes décident de fermer, à compter du 18 septembre, le consulat russe à Bonn ainsi que la Maison russe à Berlin. Berlin annonce également un renforcement des contrôles visant l'entrée des ressortissants russes sur son territoire.
Le porte-parole de la Commission européenne, Markus Lammert, indique que des mesures ciblées concernant les visas accordés aux Russes sont en préparation en raison d'« actions hostiles ». Selon Bloomberg, elles pourraient comprendre des restrictions sur la délivrance des visas touristiques ainsi qu'un durcissement des règles de déplacement applicables aux diplomates russes.
Moscou a rejeté les accusations allemandes concernant l'incident de Leipzig. Le Kremlin a qualifié les accusations d'« absolument vides et dépourvues du moindre argument convaincant », tout en précisant que la Russie ne prendrait pas l'initiative d'un abaissement du niveau de ses relations diplomatiques avec l'Allemagne.
Le 1er septembre, le président Vladimir Poutine a, de son côté, établi un lien entre les accusations de Berlin et la situation politique intérieure allemande. Selon lui, les difficultés économiques en Allemagne, notamment les fermetures d'entreprises et les pertes d'emplois, pousseraient les autorités à justifier leur politique par la menace d'une « Russie agressive », sans pour autant présenter de preuves convaincantes.