Russie

«Il ne reste plus à l’Ukraine qu’à créer des panthéons à Hitler et Mussolini» : Medvedev fustige le projet de Zelensky d’ériger un monument à Mazepa

Pour Dmitri Medvedev, la décision de Kiev d’honorer Ivan Mazepa s’inscrit dans une politique mémorielle marquée par la valorisation de figures nationalistes controversées. L'ex-président russe accuse Volodymyr Zelensky de céder aux milieux radicaux et estime que cette orientation pourrait se retourner contre lui sur le terrain politique.

Le vice-président du Conseil de sécurité russe Dmitri Medvedev a vivement critiqué l’initiative de Volodymyr Zelensky visant à ériger à Kiev un monument consacré à Ivan Mazepa. Le dirigeant ukrainien a demandé au gouvernement d’organiser un concours pour choisir le projet, puis d’en assurer la conception, l’installation et le financement. Le monument doit être installé sur le boulevard Taras-Chevtchenko, alors qu’un buste de Mazepa avait déjà été inauguré fin juin dans la laure des Grottes de Kiev.

Le choix de cette figure revêt une portée particulière. Longtemps proche du tsar Pierre Ier, Mazepa engagea ensuite des négociations avec la Suède pendant la guerre du Nord avant de rejoindre le camp opposé à la Russie. Après la défaite suédoise à Poltava, il s’enfuit avec Charles XII vers Bender, alors sous domination ottomane, où il mourut en 1709. Ce changement de camp explique pourquoi Mazepa reste associé à la trahison dans la mémoire historique russe, tandis que les autorités de Kiev cherchent aujourd’hui à en faire une figure du récit national ukrainien.

Medvedev dénonce la ligne suivie par Zelensky

Pour Medvedev, le choix de Mazepa s’inscrit dans une orientation beaucoup plus large. Le responsable russe le rapproche notamment de la place accordée par Kiev à plusieurs figures controversées du nationalisme ukrainien.

« La canonisation politique de Bandera, la réinhumation des dépouilles de Melnyk et de Konovalets. Et maintenant, un concours pour un monument à Mazepa. Il ne reste plus qu’à créer à Kiev des panthéons à Hitler et Mussolini », a-t-il déclaré.

Medvedev a également directement mis en cause Volodymyr Zelensky. Selon lui, le dirigeant ukrainien cède à la pression des milieux nationalistes radicaux et multiplie les gestes en leur faveur. Il affirme ainsi que Zelensky éprouve une « peur panique » à leur égard et cherche à composer avec des forces dont il pourrait lui-même devenir, selon ses termes, une victime politique.

Le vice-président du Conseil de sécurité russe avait déjà développé cette idée dès 2021. Il estime désormais que la politique suivie par Kiev pourrait finir par se retourner contre le dirigeant ukrainien lui-même.

Des choix mémoriels contestés au-delà de la Russie

Les controverses entourant cette politique mémorielle ne se limitent toutefois pas aux relations entre Kiev et Moscou. Les initiatives ukrainiennes autour de personnalités liées à l’Organisation des nationalistes ukrainiens et à l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) ont également alimenté des tensions avec la Pologne.

Le vice-président de la Chambre basse du Parlement polonais, Krzysztof Bosak, avait notamment estimé que cette politique faisait de Zelensky un invité indésirable en Pologne. Les tensions se sont encore accentuées en juin 2026, lorsque le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction de l’État polonais, après que le dirigeant ukrainien a approuvé l’attribution du nom « Héros de l’UPA » à une unité militaire. Zelensky a renvoyé la décoration le lendemain. Cet épisode souligne le poids persistant des différends historiques autour de l’UPA dans les relations entre Varsovie et Kiev.