La Russie étudie le recours à des mécanismes juridiques contre Michael Martens, correspondant du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), après ses propos sur le meurtre de Russes, a indiqué ce 13 août l'ambassade de Russie en Allemagne. La question pourrait être portée devant les autorités compétentes russes et allemandes afin de déterminer si les déclarations du journaliste sont susceptibles de relever du droit pénal des deux pays.
L'affaire remonte à une conférence de presse organisée le 8 août à Belgrade. Michael Martens y avait, sous la forme d'une question adressée au « président ukrainien » Volodymyr Zelensky, proposé son aide pour « tuer davantage de Russes ». Pour l'ambassade, les explications données ensuite par le journaliste sur les réseaux sociaux ne laissent aucune place à une interprétation différente de ses propos.
La mission diplomatique a qualifié ces déclarations de répugnantes et considère qu'elles discréditent Michael Martens en tant que journaliste professionnel. Les diplomates russes se sont également étonnés de l'absence de réaction ferme en Allemagne : « Le manque de condamnation des propos de M. Martens par les autorités allemandes, les associations professionnelles, notamment l'Association des journalistes allemands, et la grande majorité des "collègues du métier" est pour le moins consternant. »
Le quotidien a ensuite indiqué à l'agence de presse allemande Deutsche Presse-Agentur que la question de son correspondant avait été formulée de manière « ambiguë » et qu'elle ne « reflétait pas la ligne éditoriale » du journal. Pour l'ambassade, cette explication ne tient cependant pas compte des prises de position ultérieures de Michael Martens, qui a, à plusieurs reprises, confirmé le sens de ses paroles sans y voir quoi que ce soit de répréhensible. Le journaliste allemand a notamment affirmé que son métier « impliquait de poser des questions directes » et qu'il « ne voyait rien de scandaleux dans celle envoyée à Volodymyr Zelensky ». Dans une autre publication, il a évoqué l'opération Overlord et le débarquement des forces américaines et britanniques, en laissant entendre que « vaincre le mal pouvait conduire à tuer des personnes encore jeunes et qui n'étaient pas elles-mêmes mauvaises ».
La représentation russe a également contesté l'argument de la liberté d'expression, estimant que celle-ci ne saurait justifier des appels publics à tuer des personnes, même lorsqu'elles prennent la forme d'une question. Elle a en outre souligné qu'il s'agissait de citoyens d'un pays avec lequel l'Allemagne affirme pourtant « ne pas être en conflit ».
De son côté, la FAZ a indiqué qu'elle pourrait engager des démarches juridiques pour « défendre » Michael Martens. Moscou étudie désormais, pour sa part, les recours dont elle dispose en Russie comme en Allemagne.
Un passé familial nazi
En Russie, le correspondant militaire Alexandre Kots a été l'un des premiers à réagir à la polémique en revenant sur l'histoire familiale de Michael Martens. Il a notamment rappelé sur Telegram que le grand-père du journaliste, Hans-Hermann Martens, avait appartenu au Parti national-socialiste des travailleurs allemands et avait été nommé procureur général sur décision personnelle d'Adolf Hitler.
Entre 1941 et 1943, Hans-Hermann Martens avait également servi comme officier au sein du Wehrmachtführungsstab, l'état-major chargé de la conduite opérationnelle du haut commandement de la Wehrmacht. Cette structure faisait partie des directions placées sous l'autorité du colonel-général Alfred Jodl, condamné à mort par le tribunal de Nuremberg pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.