Sergueï Lavrov a accordé une interview à France Télévisions, au cours de laquelle il a abordé la question des contacts entre Vladimir Poutine et ses homologues européens. Le ministre russe des Affaires étrangères a notamment souligné que le président russe était ouvert au dialogue et répondait toujours aux appels d'Emmanuel Macron.
« Il n’y a, à notre connaissance, jamais eu de cas où le président Emmanuel Macron aurait tenté de joindre le Kremlin sans que le président Vladimir Poutine ne réponde. Jamais », a-t-il affirmé, ajoutant que « Si l’on veut appeler, il suffit de solliciter un entretien téléphonique, et notre président répondra toujours ».
Le chef de la diplomatie russe a toutefois pointé une différence de pratiques : côté russe, les échanges se déroulent en tête-à-tête, tandis qu’à Paris, ils impliquent « un nombre important de participants ». « Et cela n’est pas particulièrement dissimulé », a-t-il rappelé, ajoutant que parfois, « il est même arrivé que des éléments de ces conversations fassent l’objet de fuites ».
Il a également critiqué les déclarations répétées d’Emmanuel Macron au cours de l’opération militaire spéciale en Ukraine, annonçant des appels futurs sans les concrétiser. « Lorsqu’on souhaite s’entretenir avec un homologue avec lequel des relations existent de longue date, pourquoi l’annoncer sans passer à l’acte ? Cela peut donner l’impression soit d’une forme de pression, soit d’une volonté de se rappeler au bon souvenir de l’autre », a fait remarquer Lavrov, avant de poursuivre : « La position de principe du président Vladimir Poutine reste inchangée : il est toujours prêt au dialogue. »
Les sanctions occidentales « n'existent pas » pour la Russie en raison de leur illégitimité
Évoquant les nombreuses sanctions imposées par les États-Unis et les pays européens à l'encontre de la Russie, Sergueï Lavrov a de nouveau souligné leur illégitimité totale, ajoutant que Moscou, « évidemment », ne les applique pas.
« Nous ne pouvons pas comprendre ni soutenir la position des États qui sont contraints de se conformer à ces restrictions absolument illégales. Les États-Unis, par la voix du secrétaire au Trésor ou du secrétaire à l’Énergie, déclarent qu’ils ont "gracieusement autorisé" la Fédération de Russie à vendre son pétrole qui se trouve déjà en mer, sur des pétroliers. Ce serait comme s’ils disaient "qu’ils profitent de notre bienveillance pendant un mois". En réalité, les pétroliers qui sont en mer et se dirigent vers leur destination continuent d'avancer comme ils le faisaient déjà », a-t-il affirmé.
« Nous ne pouvons même pas discuter des questions liées à la levée des sanctions illégales. Elles n'existent pas pour nous, ni pour nos partenaires fiables et intègres », a constaté le ministre russe des Affaires étrangères.
Lavrov qualifie d’« acte de perfidie » l’agression contre l’Iran en plein cœur des négociations
En ce qui concerne l’agression contre l’Iran, la Russie défend avant tout le droit international, a indiqué Sergueï Lavrov. « Lorsque le président américain déclare que le droit international ne l’intéresse pas et qu’il compte se guider par ses propres principes moraux et ses instincts, cela ne peut susciter l’approbation. À maintes reprises, la Russie a signalé aux Américains qu’il fallait établir un dialogue afin de résoudre l’ensemble des problèmes du golfe Persique et, plus largement, du Moyen-Orient. C’est une région où, chaque fois que les États-Unis et leurs alliés se mêlent aux processus qui s'y déroulent, la situation empire. L’Irak, la Syrie et la Libye ont été dévastés. Quant à la Libye, d’ailleurs, on ne sait pas quand elle pourra être réunifiée », a-t-il souligné.
Selon lui, c’est ce qui se passe actuellement en Iran. « Pour la deuxième fois, l’agression contre l’Iran commence en pleines négociations. Tout le monde en parle. Cela ne peut que soulever des questions à l’égard des négociateurs américains qui "conduisaient" ces efforts politiques et diplomatiques. Lorsque de hauts fonctionnaires de l’administration américaine évoquent avec bravade et fierté les assassinats de sang-froid du Guide suprême de l’Iran et d’autres dirigeants iraniens, il est difficile de qualifier cela autrement que de cynisme », a déclaré le chef de la diplomatie russe, qualifiant l’agression contre la République islamique pendant les négociations d’« acte de perfidie ».
Sergueï Lavrov a rejeté, par ailleurs, les accusations selon lesquelles la Russie aiderait Téhéran en lui fournissant des renseignements permettant de frapper des cibles américaines dans la région.
« Vous avez évoqué des renseignements sur la localisation des bases militaires américaines. Mais leurs coordonnées dans la région sont connues de tous. Ce n’est pas un secret. Ce sont des informations publiques. Que l’Iran les attaque, ça ne me surprend pas. Le fait que ces bases soient aujourd’hui régulièrement attaquées est une conséquence de l’aventure commencée sans aucune raison. Сe n’est pas pour rien que les Américains ont évacué la majeure partie de leurs militaires de ces bases. Cela montre également qu’ils savaient ce qui allait se passer. En déclenchant cette agression, ils ont déçu leurs alliés arabes. »
Différence entre l'Iran et l'Ukraine : Téhéran n’a pas violé ses obligations internationales, alors que Kiev « a violé tout ce qui peut être violé »
Enfin, interrogé sur la comparaison entre l’Iran et l’Ukraine, Sergueï Lavrov a rappelé la Déclaration d’indépendance de l’Ukraine de 1991, qui stipule le statut non aligné, non nucléaire et neutre du pays et qui, en raison des actions du régime de Kiev et de l’Occident, n’est pas respectée. Il a également évoqué les accords de Minsk de 2015 et la reconnaissance ultérieure par les dirigeants européens et ukrainiens qu’ils n’avaient pas l’intention de les respecter.
« La différence est que la République islamique d’Iran n’a violé aucun de ses engagements internationaux, y compris en ce qui concerne son programme nucléaire. En 2015, a été signé le Plan d’action global. Il a été approuvé par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce plan a été sapé par les États-Unis lorsqu’en 2017, au cours du premier mandat du président Trump, ils se sont retirés de cet accord en violation de tous leurs engagements. L’Iran n’a rien violé. L’Ukraine, elle, a violé tout ce qui peut être violé, avec ses parrains occidentaux », a conclu le ministre russe des Affaires étrangères.