Russie

T-15MD : le pari russe d’une fusion nucléaire compacte

La Russie développe le T-15MD, une installation expérimentale destinée à rapprocher la fusion nucléaire du réel. Plus compacte que les grands projets internationaux, elle vise à maîtriser un plasma extrêmement chaud et à ouvrir la voie à une nouvelle génération de réacteurs, longtemps considérés comme relevant de la science-fiction.

La Russie développe aujourd’hui un réacteur thermonucléaire expérimental qui se distingue par sa compacité et son niveau technologique. Il est conçu comme une alternative plus moderne aux grands projets internationaux actuellement en cours, notamment celui réalisé en France.

Pour comprendre les enjeux, il faut rappeler ce qu’est un tokamak. Il s’agit d’un dispositif scientifique destiné à confiner un plasma extrêmement chaud à l’aide de champs magnétiques, afin d’étudier les réactions de fusion nucléaire — le même processus que celui qui alimente le Soleil. En Russie, l’installation la plus importante dans ce domaine est le T-15MD, développé à l’Institut Kourtchatov. C’est aujourd’hui la plus grande plateforme expérimentale du pays et la seule de taille intermédiaire équipée d’un divertor, un système essentiel pour contrôler et évacuer l’excès d’énergie du plasma.

Le T-15MD est destiné à devenir, dans les prochaines années, l’installation clé de la recherche russe sur la fusion nucléaire. Son objectif est simple : apprendre à maîtriser un plasma extrêmement chaud et à le maintenir stable le plus longtemps possible.

Si les scientifiques parviennent à garder ce plasma confiné pendant une longue durée, cela pourrait ouvrir la voie à un véritable réacteur thermonucléaire — un concept qui, pendant des décennies, relevait davantage de la science-fiction que de la réalité.

Mais même sans aller aussi loin, ces expériences ont déjà une valeur concrète. Un tokamak capable de fonctionner de manière stable pendant plusieurs dizaines de secondes peut produire une grande quantité de neutrons. Ces particules jouent un rôle essentiel pour l’avenir de l’énergie nucléaire.

Aujourd’hui, les réserves mondiales d’uranium sont limitées et pourraient s’épuiser dans environ un siècle. Il faut donc penser à l’après. Or, lors de l’extraction de l’uranium, on trouve aussi du thorium, un élément beaucoup plus abondant mais peu utilisé jusqu’à présent. Grâce aux neutrons produits par la fusion, ce thorium peut être transformé en un combustible nucléaire utilisable. Cela permettrait d’élargir considérablement les ressources disponibles pour l’énergie nucléaire.