Russie

Lavrov à Doha : l’Europe incite à poursuivre les hostilités en Ukraine

Sergueï Lavrov a rencontré l'émir du Qatar à Doha. Après les négotiations, les deux responsables ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle, le ministre russe a déclaré que l'Europe provoquait la poursuite du conflit en Ukraine par tous les moyens.

«Alors que le rapport de forces politiques sur la question ukrainienne change, ce qui s’est traduit lors du vote à l’ONU, l’Europe tente immédiatement d’ébranler cette tendance, annonce de nouveaux grands paquets d’aide militaire à Kiev, l’incite à poursuivre les hostilités, en déclarant ouvertement, comme l’a fait le Premier ministre danois [Mette Frederiksen], que dans cette situation, pour l’Ukraine la paix est pire que la guerre», a déclaré Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse à l'issue de ses entretiens avec Tamim ben Hamad Al Thani, Émir du Qatar, à Doha.

Lors de son intervention sur les relations internationales, le ministre des Affaires étrangères de la Russie a souligné que la politique européenne reposait souvent sur une vision binaire des situations. Selon lui, cette approche s’est manifestée non seulement dans le contexte ukrainien, mais aussi dans d’autres crises. Sergueï Lavrov a noté que la mentalité «avec nous ou contre nous» était caractéristique de l’Europe dans la «préparation du terrain pour séparer l’Ukraine de la Russie» et dans le contexte d’autres conflits. «Cette mentalité a un effet désastreux sur tous les processus», a-t-il remarqué.

S’exprimant sur le rôle de l’Europe dans les conflits internationaux, Lavrov a rappelé que la manière dont elle intervient dans ces crises reste inchangée depuis des siècles. Il a ainsi mis en avant la responsabilité de l’Europe dans l’aggravation de certaines tensions mondiales. «C’est pour cela que le rôle européen dans l’escalade des crises et la réputation de l’Europe dans ce domaine, qu’elle a acquise pendant de nombreux siècles de développement humain, restent les mêmes», a-t-il conclu.

Le ministre russe met en garde contre les lois discriminatoires en Ukraine

Abordant la question de l’avenir de l’Ukraine, le ministre russe des Affaires étrangères a insisté sur l’importance de préserver les droits culturels et linguistiques de la population. Il a souligné que de nombreux habitants étaient attachés à la langue russe et souhaitaient conserver les traditions héritées de leurs ancêtres. «Ce qui restera de l’Ukraine doit être préservé des lois racistes. Là-bas, il y a des gens qui sont plus à l’aise pour parler en russe, qui veulent préserver les traditions de leurs ancêtres élevés dans la culture russe», a-t-il souligné.

Moscou rejette les accusations de blocage du dialogue avec Kiev

Évoquant la question des négociations entre Moscou et Kiev, Sergueï Lavrov a dénoncé les accusations selon lesquelles la Russie refuserait le dialogue. Il a affirmé que ce sont les autorités ukrainiennes, soutenues par l’Europe, qui empêchent toute avancée vers une résolution diplomatique du conflit : «Nous attendons le moment où nos collègues européens cesseront de mentir, en disant que la Russie empêche les négociations. Le président Poutine a répondu à maintes reprises à ces fausses affirmations et a rappelé que ce sont principalement les autorités ukrainiennes, encouragées par l’Europe, qui refusent de négocier, ainsi que le décret de Zelensky, largement discuté à l’heure actuelle, qui interdit de mener des négociations avec la Fédération de Russie. En outre, nous entendons chaque jour des déclarations et des affirmations selon lesquelles il faut maintenant assurer la supériorité sur le champ de bataille plutôt que se mettre à la table des négociations. C’est dans cet esprit militant que les pays européens promeuvent actuellement leur politique désespérément obsolète et erronée à l’égard de l’Ukraine».

Le chef de la diplomatie russe a également exclu la possibilité de geler le conflit en Ukraine le long de la ligne de front. «Cela n’arrivera pas, nous avons une Constitution», a-t-il souligné.

Macron et la position française par rapport au conflit en Ukraine

Sergueï Lavrov a vivement critiqué la position de la France et de son président Emmanuel Macron concernant le déploiement de forces de maintien de la paix en Ukraine : «À Washington, Macron a prôné la nécessité d’un cessez-le-feu urgent, d'un déploiement de contingents de maintien de la paix, et ce n’est qu’après cela, selon lui, qu’il faut parler des territoires, du sort des gens, d’autres principes de règlement. Il s’agit d’une ruse. Il ne faut pas conclure un accord qui ne vise qu’à atteindre un seul objectif : à nouveau inonder d’armes l’Ukraine».

D’après le chef de la diplomatie russe, cette initiative, soutenue par plusieurs pays européens, ne vise qu’à aggraver le conflit au lieu de chercher une véritable solution diplomatique : «Je ne sais pas ce qu’a dit Macron, qui n’a pas joué son rôle de manière très convaincante à Washington, mais quand cette question a été abordée lors de la conférence de presse, le président Trump a déclaré que la décision de déployer des forces de maintien de la paix n’était possible qu’avec le consentement des deux parties – il s’agit apparemment de notre pays et de l’Ukraine. Personne ne nous demande notre avis. Cette approche, avancée par les Européens, surtout par la France et l’Angleterre, vise, à mon avis, à alimenter davantage le conflit».

Sergueï Lavrov a indiqué que la Russie n’accepterait aucune option, répondant à la question de la possibilité d'un déploiement de contingents de maintien de la paix dans le pays voisin. Le président américain Donald Trump a, pour sa part, déclaré le 26 février qu'il serait nécessaire de déployer en Ukraine un contingent de maintien de la paix qui conviendrait à toutes les parties, mais sans intervention américaine.

Un autre sujet de discorde concerne la question des avoirs russes gelés en Europe. Lavrov s’est montré particulièrement critique à l’égard de la déclaration d’Emmanuel Macron sur l’utilisation des profits générés par ces avoirs au bénéfice de l’Ukraine. Il a remis en question la légalité d’une telle mesure, interpellant directement les autorités françaises sur la base juridique d’une telle décision : «Encore un commentaire intéressant de la part de Macron qui a dit beaucoup de nouvelles choses. Lorsqu’on l’a interrogé sur ce même sujet, il a déclaré qu’il ne fallait pas toucher aux avoirs russes immobilisés en Europe car ce serait une violation du droit international, mais que les profits qu’ils obtiennent de ces avoirs pouvaient tout à fait être utilisés pour soutenir les besoins de cette même Ukraine. Nous voudrions demander à nos collègues français de préciser dans quel document juridique international il est autorisé d’utiliser les profits de ce qu’on a volé ?».

Syrie : la fragilité du pouvoir central face aux revendications locales

Sergueï Lavrov a également traité la question syrienne et les obstacles auxquels la nouvelle administration du pays fait face aujourd’hui. Dans ce contexte, des craintes émergent quant aux risques d’une escalade incontrôlée. «Nous souhaitons que ce processus ne devienne pas hors de contrôle, qu'il n'engendre pas de guerres intestines, parce que de tels risques existent toujours. Après l’arrivée des nouvelles autorités à Damas, les combats entre différents groupes se poursuivent dans certains endroits du pays», a indiqué le chef de la diplomatie russe.

Par ailleurs, il a noté qu’il y avait un risque de désintégration du pays à cause des idées séparatistes de plusieurs acteurs au sein de la Syrie : «De nombreuses parties du territoire syrien aspirent à une autonomie par rapport aux autorités centrales. Cela ne concerne pas seulement les Kurdes, qui pendant des années sous l’administration Biden ont ruminé des idées séparatistes, ce qui est absolument inacceptable pour les pays régionaux parce que cela peut entraîner une grande guerre. D’autres groupes ethno-confessionnels, eux aussi, aimeraient bien profiter de la situation actuelle pour revendiquer une certaine autonomie».