Le CICR ne peut ni confirmer ni infirmer les frappes russes contre des hôpitaux en Syrie

Dominik Stillhart© Capture d'écran d'une vidéo de RT
Dominik Stillhart

Dominik Stillhart, directeur des opérations du Comité International de la Croix Rouge (CICR) a confié à RT qu’il fallait un intense travail de lobbying pour garantir la sécurité des médecins sur tous les fronts.

RT : Il n’y a pas longtemps, vous avez dit que jamais le CICR n’avait dû faire face à une telle quantité des crises humanitaires. Est-ce que nous sommes face à une période sans précédent ?

Dominik Stillhart (D.S.) : En tant que directeur des opérations du CICR, j’ai beaucoup voyagé pour me rendre sur les principales zones de conflits au cours des 18 derniers mois, en Syrie, au Moyen-Orient, en Afghanistan, en Ukraine et en Afrique. J’ai vu d’incroyables souffrances pour des hommes, des femmes et des enfants qui sont touchés par des conflits. Et la question qu’on m’a souvent posée, c’est : pourquoi est-ce que le monde ne parvient pas à nous fournir protection et sécurité. On parvient à fournir une meilleure assistance humanitaire, nous avons accru nos opérations humanitaires de manière significative, mais ce dont les gens ont le plus besoin en priorité, c’est d’être protégés et en sécurité.

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RT : Est-ce qu’il est devenu plus difficile de travailler dans telles conditions ?

D.S. : Je dirais que notre travail est devenu beaucoup plus exigeant parce que le paysage des conflits dans lesquels nous opérons est devenu beaucoup plus fragmenté. Cela signifie qu’on travaille sur des conflits qui opposent bien plus que deux parties, ce qui nécessite un travail relationnel et un engagement bien plus importants avec toutes les parties qui sont sur le terrain pour pouvoir accéder en toute sécurité aux personnes qui souffrent, indépendamment de leur position sur par rapport à la ligne de front.

RT : Ces derniers temps, l’infrastructure médicale fait de plus en plus souvent les frais de la violence de ces conflits. Que faut-il faire ?

D.S. : Le CICR avait deux employés qui travaillaient dans cet hôpital de Médecins sans Frontières [à Kunduz, en Afghanistan]. Nous sommes toujours choqués par l’attaque tragique dont cet hôpital a été victime, d’autant plus que les hôpitaux, les infrastructure médicales et les personnels de santé sont protégés par le droit international humanitaire. C’est aussi pour cela que nous soutenons la création d’une commission d’enquête humanitaire internationale qui pourra déterminer les causes de cet accident tragique.

RT : Cette semaine, des locaux de Médecins sans Frontières ont été bombardés au Yémen. Personne n’a été touché mais en septembre, deux personnes ont été tués lors d’une frappe similaire. Comment peut-on garantir la sécurité des médecins ?

D.S. : Le Yémen est l’illustration parfaite du besoin de mieux protéger les infrastructures médicales et les personnels de santé. On a décompté plus de 140 attaques contre des infrastructures de santé depuis le début de cette année et c’est aussi ce qui nous a poussés à lancer, en 2011 déjà, l’initiative globale «Médecine en danger». Elle a pour but de mieux défendre les infrastructures médicales, les personnels de santé et les travailleurs humanitaires. La seule façon de garantir une meilleure protection des infrastructures et personnels de santé, ainsi que des travailleurs humanitaires, c’est le respect absolu du droit international humanitaire.

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RT : Moscou a été accusé d’avoir bombardé plusieurs hôpitaux en Syrie lors de sa campagne de bombardements contre Daesh. Avez-vous des informations concrètes à ce sujet ?

D.S. : Nous avons vu ces informations mais en l’absence d’informations de première main provenant de nos équipes sur le terrain, je ne peux ni confirmer ni infirmer ces allégations. Ce que je peux dire en revanche, c’est que le droit international humanitaire s’applique aux frappes aériennes de toutes les parties impliquées en Syrie, y compris celles de tiers comme la Russie. Nos équipes au sol, en plus de fournir une assistance humanitaire à large échelle, contrôle également le déroulement des hostilités, l’usage de la force et, en cas de besoin, nous nous adresserons directement, de façon bilatérale et confidentielle, avec les parties concernées.

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