Révision constitutionnelle en Algérie : le référendum n’a pas eu lieu

Révision constitutionnelle en Algérie : le référendum n’a pas eu lieu© RAMZI BOUDINA Source: Reuters
Référendum constitutionnel algérien (image d'illustration)

Dimanche 1er novembre, un référendum constitutionnel s’est tenu en Algérie. Tandis que le taux de participation officiel ne dépasse pas les 23,7 %, le chercheur Adlene Mohammedi rappelle la permanence du mouvement de contestation.

Avec un taux de participation officiel de 23,7%, le pouvoir algérien semble assumer pleinement le fossé qui le sépare de la population algérienne. Parmi ces 23,7% d’Algériens qui auraient participé à ce scrutin, le «oui» atteindrait les 66,8%. Pourquoi des chiffres aussi modestes de la part d’un pouvoir habitué au simulacre d’adhésion ? Peut-être parce que le rejet et l’apathie sont si évidents qu’il n’est plus possible de les masquer. Peut-être parce que le pouvoir continue de se fissurer.

Comme lors des élections présidentielles de décembre 2019, le pouvoir algérien donne l’impression de revendiquer son caractère minoritaire. Comme si une petite minorité d’Algériens (une modeste clientèle) suffisait à le légitimer. Derrière les apparences d’une modestie inédite se cache peut-être la pire des arrogances : une petite minorité (peut-être déjà surestimée) se croit autorisée à s’imposer à la majorité au nom de la défense d’un intérêt national fumeux supposément menacé par la plus grosse «cinquième colonne» de l’histoire.

Afin de comprendre au mieux ce référendum raté, nous reviendrons dans ce texte sur trois points essentiels : le contexte, la méthode employée et le contenu de ladite révision constitutionnelle.

Le contexte

Le contexte est d’abord celui de «l’élection» (dans des conditions troubles avec un boycott massif) d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat. Dans la foulée de son élection, celui-ci a voulu montrer sa capacité à «tourner la page» du Hirak (mouvement populaire) et à proposer un nouveau contrat aux Algériens. Le moins que l’on puisse dire est que l’indifférence générale suscitée par ce référendum le rend difficilement assimilable à un nouveau contrat politique majeur. Après bientôt deux ans de soulèvement populaire, si la révision constitutionnelle devait aboutir malgré l’abstention générale, elle s’inscrirait dans le prolongement des années Bouteflika (et du maintien d’un président sans vie à la tête de l’Etat) : elle serait synonyme de mépris flagrant à l’égard des Algériens.

Ensuite, la date choisie n’est pas anodine. La date du 1er novembre correspond à l’anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, le 1er novembre 1954. Pour les dirigeants algériens, l’angle de la propagande était tout trouvé : après l’indépendance, ce référendum permettrait la naissance d’une Algérien nouvelle. «Nouvelle», mais on a du mal à voir en quoi.

Enfin, le contexte est aussi celui de la crise sanitaire et de la pandémie de Covid-19. Abdelmadjid Tebboune est lui-même hospitalisé en Allemagne (tandis que Bouteflika privilégiait la Suisse, la rupture est peut-être là) et une partie de son entourage semble gravement touchée. Ce contexte sanitaire a été invoqué pour empêcher les manifestations et sournoisement utilisé pour arrêter et faire condamner des personnalités liées au Hirak. Après tout, si l’argument sanitaire est valable contre les rassemblements pacifiques, on voit mal pourquoi il ne serait pas valable contre un scrutin comme celui-ci.

La méthode

La méthode employée est à l’image du contexte : extravagante. Tout en essayant de faire croire au monde et aux Algériens que cette révision constitutionnelle était historique, les dirigeants ont employé la méthode la plus banale et la moins compatible avec les exigences du Hirak qui soit : le recours à des «experts». On contourne le peuple comme on peut. En somme, on reproche au pouvoir algérien sa clandestinité et son opacité et il choisit de réviser sa constitution de manière opaque et clandestine.

Alors que les Algériens expriment depuis février 2019 une soif de citoyenneté et une volonté de s’approprier la chose politique, on leur soumet le procédé le plus vertical qui soit : des «sachants» (qui ne savent pas grand-chose) nommés par un président mal élu qui proposent des modifications marginales que les Algériens sont gentiment invités à valider.

Le contenu

Les rares nouveautés qu’on retrouve dans cette constitution sont sans lien avec les revendications du Hirak : la possibilité donnée à l’armée d’intervenir hors de ses frontières et la sacralisation du caractère officiel et national de la langue amazighe, pour ne prendre que ces deux exemples. Quand un pouvoir qui a sévèrement réprimé le simple port du drapeau amazigh (que l’écrasante majorité des manifestants concernés brandissait en même temps que le drapeau algérien et sans la moindre référence autonomiste) décide de faire de la surenchère berbériste, on ne peut que supposer une intention inavouable : encourager les querelles identitaires et l’opposition entre arabité et amazighité pour  diviser les Algériens et affaiblir le Hirak.

Mais commenter le contenu de cette révision constitutionnelle reviendrait à la prendre au sérieux. Certains ont tenu à identifier le régime politique qui transparaît (présidentiel, hyper-présidentiel ou semi-présidentiel ?) et d’autres ont voulu décrypter la distinction évoquée entre Premier ministre et chef du gouvernent. Nous nous contenterons de rappeler deux choses : que cette constitution a toujours été respectée ou contournée selon les besoins du pouvoir lui-même et qu’elle ne décrit aucunement la nature du régime algérien. Il n’est ni présidentiel ni parlementaire, mais cryptocratique, clandestin et, à bien des égards, militaire.

Face à une crise de confiance comme celle que traverse l’Algérie, l’assemblée constituante est l’unique porte de sortie. Si on admet que les règles du jeu actuelles ne sont pas légitimes et que le peuple – sur lequel elles s’imposent – est le mieux placé pour en écrire de nouvelles, on admet qu’une assemblée constituante est le meilleur moyen d’écrire une nouvelle constitution. La Tunisie voisine et le lointain Chili ont choisi cette voie pour de très bonnes raisons.

Adlene Mohammedi 



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