«La politique européenne au Proche-Orient et en Afrique du Nord est complètement criminelle»

Des migrants syriens attendent d'embarquer pour la Grèce Source: Reuters
Des migrants syriens attendent d'embarquer pour la Grèce

Docteur en sciences physiques, essayiste, auteur du livre La République des censeurs, Jean Bricmont a confié à RT France quelles étaient pour lui les raisons de la crise des migrants en Europe.

RT France : Pourquoi la réaction des peuples d’Europe est-elle aussi forte face à la crise des migrants ?

Jean Bricmont (J.B.) : Ce que je trouve irritant chez certains politiques, c’est que les personnes qui étaient pour la guerre en Libye sont aussi celles qui veulent qu’on accueille les migrants. Mais si on demandait au peuple français s’il était pour la guerre en Libye, je ne sais pas ce qu’il répondra, parce qu’il n’y a jamais de débat sur ces questions-là. Il y a une unanimité des couches dirigeantes, des hommes politiques, des médias, des intellectuels, en faveur d’une intervention en l’honneur des droits de l’homme et puis après, il faut accepter les migrants toujours au nom des droits de l’Homme. Mais la population ne veut pas de cela. Elle n’a pas voulu les causes et elle ne veut pas des conséquences.

Les guerres qu’on a faites – au Moyen Orient, en Afrique du Nord - ont déstabilisé ces pays, ont rendu l’émigration nécessaire pour certaines personnes. Je trouve la politique qu’on a suivie et qui consister à armer Daesh, comme les rebelles en Syrie, complètement criminelle. Sergueï Lavrov a dit ça mieux que moi : «Le terrorisme et les flux de migrants illégaux résultent de l'intervention de l'Occident dans les affaires intérieures d’Etats souverains. C'est exactement pour cela que le Proche Orient et l'Afrique du Nord sont devenus des "foyers du terrorisme et de l'extrémisme violent"».

RT France : Alors que faut-il faire avec les migrants et pourquoi en est-on arrivé là ?

J.B. : Moi, personnellement, je trouve inhumain de ne pas les accueillir. Mais d’un autre côté, je peux comprendre les gens qui disent «on a beaucoup de problèmes, on n’a pas envie d’accueillir les migrants, on n’y est pour rien, qu’ils aillent en Arabie saoudite». Ces réactions populaires sont inévitables. Et dans la mesure où les élites «droit de l’hommistes» ont créé ces conditions, ne veulent pas se remettre en question et stigmatisent maintenant la population parce qu’elle fait preuve d’égoïsme par rapport aux migrants, il me semble qu’il y a un problème. La population a le droit de vivre comme elle l’entend.

Ce que je reproche à une partie de la gauche et une partie des verts, à des gens comme Cohn-Bendit, c’est que leur principal ennemi a été la souveraineté nationale qui est la base de la démocratie, qui est le principal acquis de la Révolution française.

RT France : Est-ce que cela découle de l’influence américaine ?

J.B. : Les Etats-Unis, qui sont une puissance à volonté hégémonique, ont évidemment une attitude anti-souveraineté nationale. Malheureusement, une partie de la gauche qui, pour moi, rejoint l’extrême droite sur cette question, s’attaque aussi à la souveraineté nationale. Il y a à la fois ceux qui disent «vous devez accepter les migrants», «on peut faire des guerres humanitaires», «le droit international n’existe plus», «la charte de l’ONU, on la met à la poubelle» et si vous n’êtes pas d’accord avec tout ça, on vous traite de tous les noms.

Si vous étiez contre la guerre au Kosovo, qui était le premier cas de guerre humanitaire, vous étiez classé comme extrémiste de droite, parce qu’il n’y avait que l’extrême droite qui s’y opposait.

RT France : Est-ce qu’il y a une possibilité de véritablement débattre sur les sujets des guerres humanitaires et de la crise des migrants ?

J.B. : L’apparition d’hommes politiques comme Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne montre que ce débat existe déjà. Aux Etats-Unis, il y a Bernie Sanders, c’est aussi un changement au niveau des idées reçues. Sur la questions des migrants, c’est plus difficile parce que l’opposition populaire à l’arrivée des migrants est immense. Il y a ce que j’appelle «la gauche bobo», une espèce de super structure de gauche qui est favorable aux migrants mais qui n’est pas représentative de la majorité de la population. De manière générale, les réactions à l’arrivée des migrants sont extrêmement déplaisantes. Et à mon avis, le débat tel qu’il est mené aujourd’hui, ne peut pas provoquer autre chose que des affrontements.

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