Charles Enderlin : «pour Netanyahou, un Etat palestinien serait un danger mortel»

Le premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou© POOL New Source: Reuters
Le premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou

Si la montée du terrorisme juif inquiète Israël, la probabilité d'un vote par le le Congrès américain de l'accord sur le nucléaire iranien l'affole. Charles Enderlin, spécialiste incontournable du pays analyse pour RT France ces lignes de tensions.

RT France : Que pensez-vous du discours de Barak Obama qui s'est montré très offensif contre Israël et sa position sur le nucléaire iranien ?

Charles Enderlin : Cela faisait très longtemps, il faut remonter très loin dans le temps, pour voir une attitude américaine aussi ferme à l'égard du gouvernement israélien. C'est un rejet total de tous les arguments présentés par Benyamin Netanyahou contre l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne. C'est clair, c'est net, et cela devrait inquiéter une grande partie du judaïsme américain et certainement de nombreux hommes politiques et analystes israéliens. Cela va au-delà d'une simple fâcherie entre alliés.

 

RT France : Est-ce que cela peut sonner comme une mise en garde contre Israël de ne pas interférer dans le vote futur du Sénat sur le nucléaire iranien ?

Charles Enderlin : Cela ne devrait rien changer a priori aux relations bilatérales. Rarement sous un président américain, la coopération militaire israélo-américaine a été aussi importante et profonde. A l'heure actuelle, pour bien montrer qu'il refuse d'être compensé pour l'accord de Vienne, Benyamin Netanyahou vient de refuser une mise à niveau de l'aide américaine. Pour lui ,c'est une façon de dire que l'accord sur le nucléaire iranien est tellement grave pour Israël qu'aucune compensation n’est possible. Après le vote au Sénat sur le nucléaire iranien, on verra s'il acceptera ce renforcement de l'aide militaire ou pas.

RT France : Comment analysez-vous les deux attentats qui ont mené à la mort d'un bébé palestinien et celle d'une adolescente israélienne ? Qu'est-ce que cela dit de la société israélienne ?

Charles Enderlin : Ce sont deux actes totalement différents. L'ultra-orthodoxe qui a tué au couteau la jeune fille a agi par pure homophobie religieuse. Il appartient à la communauté orthodoxe qui rejette le sionisme tout en participant aux coalitions gouvernementales. Son geste était individuel et n’était pas lié à une forme de nationalisme religieux comme cette attaque anti-palestinienne en Cisjordanie. Là, il y a eu un cocktail molotov jeté sur une maison, un bébé brûlé, les parents gravement brûlés.

Maintenant, ce sont des éléments qui existent dans la société israélienne pratiquement depuis des décennies. Les jeunes colons qui ont commis des attaques anti-palestiniennes en Cisjordanie sont issus du sionisme religieux fondamentaliste. Ils rejettent les institutions de l’Etat au nom de leur vision, d’un retour aux sources antiques du Judaïsme. la reconstruction d’un temple juif, la mise en place d’une théocratie.

RT France : Benyamin Netanyahou a rapidement parlé de «terrorisme juif». Quel message souhaitait-il envoyer ainsi ?

Charles Enderlin : Il avait, à plusieurs reprises parlé de terrorisme juif dans le passé. Ce genre d'attaques commises par des extrémistes en Cisjordanie le gênent considérablement. Outre qu'elles tombent sous le coup de la loi israélienne, elles gênent la politique du gouvernement israélien qui est de poursuivre la colonisation. Cela, non pas sous la pression d’extrémistes mais selon la politique et les règles décidées par le gouvernement, qui, je vous le rappelle, est une coalition de droite et religieuse dont certains membres sont ouvertement annexionnistes.

RT France : Cette rapidité de réaction alors que peu avant il avait annoncé le renforcement de la colonisation en Cisjordanie, tout cela vous semble-t-il compatible ?

Charles Enderlin : Pour Benyamin Netanyahou, cela est totalement compatible. L'ordre doit régner en Cisjordanie. Ni les colons, ni les Palestiniens ne doivent commettre de violence en Cisjordanie et la colonisation doit se poursuivre, point ! La violence, d’où qu’elle vienne suscite des réactions de la communauté internationale dont ne veut pas le Premier ministre israélien. Le Likoud, le parti que dirige Benyamin Netanyahou ne prévoit pas la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie avec Jérusalem-Est pour capitale. 

Bien sûr, Benyamin Netanyahou a annoncé déclarer qu’il était en faveur d’un Etat palestinien, en juin 2009, il y a mis des conditions que les Palestiniens ne pouvaient pas accepter. Surtout, que Jérusalem reste réunifiée sous la souveraineté israélienne et que l’OLP reconnaisse Israël comme l’Etat nation du peuple juif. Ce que les israéliens n’ont jamais exigé de l’Egypte ou de la Jordanie avec qui ils ont conclu des traités de paix. Netanyahou considère qu’un Etat palestinien serait un danger mortel pour Israël. Il voudrait que la colonisation se poursuive sans faire de vagues susceptibles d’entrainer des condamnations internationales.

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