MH17 : «Les enquêteurs acceptent les données secrètes US, rejetant l'analyse transparente russe»

Membres des familles des victimes MH17© Michael Kooren Source: Reuters
Membres des familles des victimes MH17

Dans leurs conclusions, les enquêteurs néerlandais étaient guidés par une approche déterministe unilatérale, au lieu d'éviter les conflits d'intérêt, explique Laszlo Maracz, professeur adjoint d’études européennes à l’Université d’Amsterdam.

La publication des résultats de l'enquête criminelle sur le sort du vol MH17 ont été fortement critiqués par des analystes politiques, pour qui le travail de l'équipe d'enquêteurs internationaux dirigée par les Pays-Bas a été biaisé dès le début, du fait de la présence dans ses rangs d'enquêteurs ukrainiens.

Ils ont également remis en question les méthodes de collecte de preuves qui provenaient principalement d'internet et de différents comptes sur les réseaux sociaux.

Selon les conclusions du rapport préliminaire, l’avion malaisien a été abattu par un missile sol-air Bouk lancé depuis une zone située dans l’est de l’Ukraine contrôlée par les rebelles. Ils prétendent également que le lanceur a été amené en Ukraine depuis la Russie, avant d'y retourner après le tir.

Les conclusions du rapport reposent en grande partie sur les photos trouvées sur les réseaux sociaux et des conversations téléphoniques qui auraient été interceptées par les services secrets ukrainiens.

Il y a une asymétrie évidente dans la recherche et la sélection des éléments

RT : Le fabricant du système Bouk prétend avoir partagé les résultats de sa propre enquête, mais ceux-ci ont été ignorés par le groupe international d'enquête. Peut-on dire que c'est vrai, dans un cas si important ? Pourquoi l’équipe préférerait les preuves recueillies en ligne à celles qui ont été fournies par les fabricants du missile en question ?

Laszlo Maracz (L. M.) : Je pense qu’il est intéressant de noter que lors de la conférence de presse de l’équipe internationale d'enquêteurs, il a été fait plusieurs fois référence à une enquête secrète américaine qui devrait étayer les conclusions de l'enquête principale. Mais bien sûr, c’est un secret d’Etat et il est donc un peu difficile de mélanger un rapport secret et une enquête pour en faire quelque chose, tout en ignorant les éléments de preuve et le matériel offerts par la Russie. En affirmant de plus que même si ces éléments étaient examinés, ses conclusions n'en seraient pas modifiées pour autant. Ainsi, d’un côté nous n'avons pas assez de visibilité sur les éléments qui soutiennent l'enquête, et de l'autre, nous avons les preuves librement présentées par Moscou qui ne sont pas prise en compte. Il y a une asymétrie évidente dans la recherche et la sélection des éléments.

 L'enquête avait des défauts dès le début

RT : Quelle réaction vous inspire la publication des résultats de cette enquête ?

L. M. : Je pense que cette enquête présente plusieurs points faibles. Tout d’abord, je pense qu’il est extrêmement regrettable, surtout compte tenu de ce qu'ont vécu les familles des victimes, que l’intégralité de l'enquête ne soit pas exécutée par un forum indépendant, un tribunal indépendant ou quelque chose de pareil. Des parties intéressées et des pays victimes font partie de l'équipe d'enquête. Je pense que pour garantir son objectivité, il aurait été beaucoup mieux de faire différemment. Cela veut dire que l'enquête avait des défauts dès le début.

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La deuxième chose qui m’étonne dans cette présentation, c’est qu'il s'agit d'une reconstitution qui rassemble des bandes, des photos provenant d'internet, des images et matériels trouvés sur les réseaux sociaux. Ce type de recherches est extrêmement difficile. En tant que scientifique, je ne suis pas sûr qu'en faisant une recherche de ce type on puisse trouver la vérité. Il est plus probable qu'on obtienne un large éventail de possibilités... On peut télécharger une photo qui a été prise il y a quelques mois et la mettre sur les résaux sociaux, on ne peut en conclure que cette image reflète vraiment la réalité du jour où elle a été mise sur internet. Cela signifie que beaucoup de scénarios sont possibles. Nous ne savons pas quelle est la base scientifique de ce genre de recherches sur internet... On ne sait pas non plus quelle est la valeur précise de ces données. Surtout lorsque vous essayez de voir entre elles des liens et des connexions. Je vois un manque de rigueur scientifique dans ce genre de recherche.

Cela peut-être considéré comme des preuves circonstancielles au maximum, mais pas comme des preuves directes. L’équipe d'enquêteurs a beaucoup travaillé et a recueilli beaucoup de données, mais elle a été guidée par une hypothèse unilatérale. L’ensemble de l'enquête est très déterministe.

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