«Président de la paix» Barack Obama lance à l'ONU une pique finale contre la Russie

Barack Obama© Jewel Samad Source: Reuters
Barack Obama

Les discours creux de Washington prétendant que la Russie essaye de «restaurer l’empire» est un camouflage rhétorique pour cacher un empire déjà existant qui couvre toute la planète avec la ténacité d’un kudzu, affirme le journaliste Robert Bridge.

Le dernier discours de Barack Obama devant l’Assemblée générale de l’ONU prouve que les rédacteurs américains dépendent largement des outils littéraires spécifiques comme l'ironie, l’hypocrisie et la farce absolue pour plaider leur cause.

Barack Hussein Obama, arrivé à la Maison blanche il y a huit brèves années sur les ailes de l'espoir et de la gloire, avec l'obtention d'un Nobel de la paix moins d'un an après son élection et sans avoir négocié un seul accord de paix, laisse derrière lui un héritage fumeux et des décombres plutôt dignes d’un chef de guerre néoconservateur que d'un soi-disant démocrate progressiste.

Au lieu de profiter de son dernier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU pour rapporter poliment son trophée Nobel ensanglanté, Barack Obama a passé ces moments sous les yeux de la population globale à répéter des contes éculés sur l'agression russe.

«Nous voyons que la Russie tente de retrouver sa gloire perdue en recourant à la force», a indiqué le dirigeant américain, sans la moindre ironie. «Si la Russie continue à intervenir dans les affaires de ses voisins, cela peut... attiser la ferveur nationaliste pour un certain temps, mais au fil du temps, cela va aussi diminuer».

A en juger par la bougeotte inconfortable après son intervention, le public s'attendait peut-être à une sorte de phrase clé. Elle n'a jamais été prononcée. Peut-être parce qu'elle a déjà été écrite, il y a une semaine, dans un article du Washington Post, décrivant comment l’armée américaine avait passé son week-end du Labor Day. Un indice : elle ne s'est pas reposée.

Les accusations d'Obama contre la Russie ne sont rien de plus qu'un écran de fumée pour dissimuler les véritables injustices

«Alors que les Américains savourent les derniers moments de l'été, en ce week-end de la fête du Travail, l'armée américaine était occupée à l'étranger car les avions de combat menaient des missions aériennes dans six pays dans une rafale d'attaques», a rapporté le journal dans un élan patriotique.

Voici un aperçu stupéfiant de la tournée des six nations de Washington pendant le week-end  : «En Irak et en Syrie, entre le samedi et le lundi [le 17 et le 19 septembre], les Etats-Unis ont effectué environ 45 frappes contre des cibles de Daesh. De l'autre côté de la Méditerranée, dans la ville libyenne de Syrte, les forces américaines ont également attaqué les combattants avec un groupe de militaires. Dimanche au Yémen, une frappe de drone américain a tué six membres présumés d'Al-Qaïda... Le lendemain, juste en face du golfe d'Aden en Somalie, le Pentagone a ciblé al-Shabab, un autre groupe affilié à al-Qaïda. Ce week-end l'armée a également effectué plusieurs frappes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en Afghanistan, où les talibans et l'Etat islamique sont à l'offensive».

C’est une sorte de week-end sauvage, dont les résultats ont été à peine mentionnés dans les médias traditionnels.

Un jour avant le discours de Barack Obama devant l'ONU, pourtant, le blitzkrieg américain s’est heurté à un obstacle : l'armée américaine a bombardé un poste de l'armée syrienne près de la ville de Deir es-Zor dans l’est du pays, où les forces gouvernementales menaient un vaillant combat contre les terroristes de l'Etat islamique depuis l'an dernier. Cette «erreur» américaine a coûté la vie à 62 soldats syriens et a mis en danger un cessez-le-feu fragile négocié par les Russes et les Américains.

La Russie a convoqué une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU suite à cette attaque, mais a été réprimandée par l'ambassadeur américain à l'ONU, Samantha Power, pour avoir fait «de la démagogie». Samatha Power, qui est apparue à l'ONU visiblement épuisée, a déclaré à l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine que la demande russe d'une réunion d'urgence avait été un «coup» déplacé.

L'empire américain fait l'Empire romain ressembler à un club de lecture de Méditerranée

Clin d'œil à la maxime machiavélique qui impose que «la force prime le droit», personne, paraît-il, n’a le droit de donner de leçon sur son comportement de plus en plus irresponsable à la superpuissance américaine arrogante.

Le prix de l'empire

Tous les discours creux de Washington prétendant que la Russie essaye de «restaurer l’empire» est un camouflage rhétorique «à bas coût» pour cacher un empire qui est déjà en fonction et qui couvre toute la planète avec la ténacité d’un kudzu. Nous parlons de l'empire américain, bien sûr, qui fait l'Empire romain ressembler à un club de lecture de Méditerranée.

Selon une étude qui vient d’être publié par l'Institut Watson (données valables pour le mois d’août 2016), «les Etats-Unis ont déjà affecté, dépensé, ou pris des engagements à dépenser plus de 3,6 trillions en dollars pour les guerres en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et en Syrie et pour la sécurité intérieure [entre 2001 et 2016)».

Les Etats-Unis investissent 11 fois plus que la Russie dans leurs dépenses militaires. Selon le ministère américain de la Défense, le budget militaire en 2016 s’élève à 585 milliards de dollars – un montant qui consomme plus de 54% du budget total du pays (après tout, les routes et les ponts sécurisés sont tellement surfaits de nos jours). En fait, les dépenses militaires des Etats-Unis sont tellement hors de contrôle que le Pentagone a effectivement réussi à «perdre la trace de» plus de 2 trillions de dollars, comme l’a annoncé l'ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le 10 Septembre 2001. Naturellement, l'erreur comptable a été vite oubliée dès le lendemain.

Washington dépense plus pour la défense que les cinq autres pays qui dépensent le plus pour leur défense, y compris la Chine et la Russie. Cela a conduit à l'étalement inesthétique de l'armée américaine à travers la planète, qui, ironiquement, ne parvient pas à faire du monde un endroit plus sûr.

Ce qui est inquiétant, c'est que la plupart des Américains soumettent rarement l'empreinte militaire globale de l'Amérique à toute réflexion critique

Alors que les Américains frissonneraient à l'idée d'une présence militaire étrangère sur leur propre sol, il y a maintenant environ 800 «filiales» militaires américaines dans le monde entier. Le fait que toutes ces installations militaires font pas la promotion de la cause démocrate – un cri de ralliement que les Etats-Unis emploient régulièrement pour excuser leurs abus au détriment de leurs victimes – est évident, à l’image des prisons secrètes signalées en Europe de l'Est, qui ont servi à torturer des suspects dans la «guerre contre le terrorisme» et du centre de détention de Guantanamo Bay, où la plupart des personnes qui y ont été emprisonnées étaient innocentes de tout acte répréhensible. Cette dernière installation, en dépit des promesses vides faites par Barack Obama lors de sa première campagne électorale, est toujours ouverte.

Ce qui est inquiétant, c'est que la plupart des Américains – même dans les cercles universitaires où les manifestations anti-guerre ont été bien plus fortes par le passé – soumettent rarement l'empreinte militaire globale de l'Amérique à toute réflexion critique.

Le fait d’accuser la Russie de tenter de «restaurer par la force la gloire qu’elle avait perdue» est simplement une tentative de déformer la réalité

«Nous supposons généralement qu’elles [ces bases américaines] sont essentielles pour la sécurité nationale et la paix dans le monde», a écrit David Vine dans The Nation. «Nos dirigeants ont pu affirmer de telles choses, car la plupart d'entre elles ont été fondées au cours de la Seconde Guerre mondiale et pendant les premiers jours de la guerre froide. En conséquence, nous considérons que cette situation est normale et acceptons le fait que les installations militaires américaines existent en nombre stupéfiant dans d'autres pays, sur les terres des autres peuples. D'autre part, l'idée qu'il y pourrait y avoir des bases étrangères sur le sol américain est inimaginable».

Pendant ce temps, la Russie, l’«agresseur», n'a jamais mené d’action militaire sur le territoire d'un autre pays – si elle n’avait pas subi une attaque préalable (Géorgie, en 2008), ou n’y avait pas été invitée par un pays étranger (Syrie, en 2015) – depuis la guerre soviétique en Afghanistan en 1979.

Ainsi, le fait d’accuser la Russie de tenter de «restaurer par la force la gloire qu’elle avait perdue» est simplement une tentative de déformer la réalité afin de masquer le véritable agresseur sur la scène mondiale, les Etats-Unis, qui violent de manière flagrante le droit international en menant des opérations militaires partout sur le globe sans y avoir été invités par les pays victimes. Et ils disent qu'ils défendent la démocratie ?

Les accusations de Barack Obama contre la Russie ne sont rien de plus qu'un écran de fumée pour dissimuler les véritables injustices – même des atrocités – commises par les Etats-Unis et son mastodonte militaire dans le monde qui a perdu tout sens de la réalité, comme c’est souvent le cas avec les pays accrochés à une drogue très forte connue sous le nom de superpuissance.

Et comme un toxicomane paranoïaque, dans un besoin désespéré de cure – et pas d’une nouvelle dose – il considère maintenant comme un ennemi toute nation étrangère qui ose tenter de protéger ses intérêts vitaux.

Lire aussi : Cessez-le-feu encore possible après une réunion rassurante du Groupe de soutien à la Syrie à l’ONU

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