L'équipe US gagne des médailles d'or, mais son attitude digne de la Guerre froide déshonore les JO

Lilly King (Etats-Unis), Katie Meili (Etats-Unis) et Yuliya Efimova (Russie) avec leurs médailles© Stefan Wermuth
Lilly King (Etats-Unis), Katie Meili (Etats-Unis) et Yuliya Efimova (Russie) avec leurs médailles

L’humiliation publique de Yuliya Efimova par ses concurrents américains relève de l’autosatisfaction chauvine mais est aussi une manifestation du bellicisime de Washington, selon le journaliste Finian Cunningham.

L'équipe américaine menée par le détenteur du plus grand record de médailles d'or (23) Michael Phelps, est arrivée aux Jeux olympiques de Rio en excellente forme et domine largement le tableau des médailles.

Mais à quoi sert tout ce métal précieux si les athlètes font preuve d'une telle étroitesse d'esprit et ont envie d'être les pantins de leur gouvernement belliciste ?

C'est à la finale du 100 mètres brasse femmes qu’on a vu les comportements les plus dramatiques. La médaille d'or a été remportée par l'américaine Lilly King, 19 ans, qui a battu la russe Yuliya Efimova, médaillée d'argent.

Après les éclaboussures victorieuses envoyées au visage de la concurrente russe, il y a eu le refus de serrer la main de Yuliya pendant la cérémonie qui a suivi. «C'est une tricheuse, elle s'est dopée», a-t-elle dit. «La victoire revient aux sportifs honnêtes.» L'Américaine a également ajouté que, à son avis, Yuliya Efimova n'aurait pas dû être présente à l'évenement au regard de sa suspension pour dopage de par le passé. 

Yuliya Efimova est passée par une épreuve très sévère et elle a fait preuve d'un caractère très fort dans une atmosphère de méfiance et d’incertitude

La truculente Américaine n'a pas reculé, rejetant toute éventualité de rétractation ou de réconciliation. Les membres de son équipe, y compris le légendaire Michael Phelps, ont soutenu la mise au pilori de la sportive russe. Même les spectateurs américains des gradins de la piscine se sont jetés dans la mêlée, huant la Russe qui a fini par fondre en larmes. Le président de la Fédération russe de natation, Vladimir Salnikov, a déclaré que l’ambiance à Rio rappelait de façon inquiétante la Guerre froide des années 1980, quand les Etats-Unis et l'Union Soviétique ont réciproquement boycotté les Jeux olympiques dans ces pays. Vladimir Salnikov, quatre fois médaillé d'or, a indiqué que l’hostilité envers Efimova était inexcusable. Il a regretté le manque d’honneur au sein de l’équipe américaine.

«Yuliya Efimova est passée par une épreuve très sévère et elle a fait preuve d'un caractère très fort dans une atmosphère de méfiance et d’incertitude en restant solide et concentrée, elle a mérité sa médaille», a-t-il dit à l'agence Reuters.

Les déclarations emphatiques contre le dopage russe «parrainé par l’Etat» ne correspondent à aucune norme juridique de preuve

Les médias américains se sont délectés à jouer les moralisateurs, sous-entendant que les bons Américains qui respectaient la loi se montraient moralement et physiquement supérieurs aux sales tricheurs Russes. Dieu «bénit l'Amérique» pour ses actions justes et exceptionnelles. Au regard de cette approche chauvine, les Jeux olympiques ne sont qu'un corollaire de la géopolitique. L’Amérique, comme on le voit, a raison d'accabler la Russie de sanctions économiques pour avoir violé le droit internationale en Ukraine ; l’Amérique a raison de renforcer les forces de l'OTAN près des frontières de la Russie, parce que cette dernière menace l’Europe ; l’Amérique a raison de condamner le président russe Vladimir Poutine parce qu'il soutient un tyran en Syrie en bombardant les «rebelles modérés» et les civils. Le problème est que tout cela n'est que des insinuations irréfléchies et sans fondement, voire la téméraire inversion de la réalité. 

L'interdiction de venir à Rio imposée par le Comité international olympique à 100 athlètes russes – un tiers de l'équipe – s'inscrit dans une même dynamique de propagande. Les déclarations emphatiques contre le dopage russe «parrainé par l’État» ne correspondent à aucune norme juridique de preuve. Tout est basé sur les rumeurs et les exagérations des médias occidentaux, comme dans toutes les déclarations géopolitiques.

Yuliya Efimova, 24 ans, est entrée dans ce maelström. Il était lamentable de voir d’autres athlètes s'acharner contre elle avec un laissez-aller aussi vicieux.

L'attitude hautaine des Américains ne manque pas seulement de fair-play, mais elle est aussi légalement injuste.

Considérons les faits. Yuliya Efimova est basée aux Etats-Unis où elle s'entraîne depuis déjà plusieurs années. Cela en dit beaucoup sur les accusations de «dopage russe parrainé par l'Etat». Elle a été suspendue en 2013 après avoir été testée positive au stéroïde anabolisant DHEA. L'interdiction a cependant été réduite de deux ans à 16 mois, car on a accepté son plaidoyer, d'après lequel elle ne savait pas que le complément alimentaire qu'elle prenait contenait des traces de la substance hormonale incriminée. 

Yuliya a également été testé positive plus tôt cette année à un médicament pour le cœur, le meldonium. Il s’agit de la même drogue qui a icriminé la célèbre joueuse de tennis russe Maria Sharapova et plusieurs autres athlètes. Le problème n'est survenu qu’en janvier de cette année, après l’ajout sur la liste interdite du meldonium en tant que drogue améliorant les performances. Plusieurs athlètes, comme Efimova et Sharapova, qui prenaient ces médicaments en vue de se protéger le cœur, se sont retrouvés, après l'introduction de cette interdiction, avec des traces de la substance toujours présentes dans leurs corps.

L'appel de Yuliya Efimova a été accepté trois jours avant l’ouverture des Jeux de Rio par le Tribunal arbitral du sport à Genève, et on lui a permis de participer aux compétition. Le plus haut tribunal sportif a donc jugé la Russe éligible à la participation aux Jeux olympiques. De ce fait, l'attitude hautaine des Américains ne manque pas seulement de fair-play, mais elle est aussi légalement injuste.

Tout le monde mérite une seconde chance

Quelques jours après la finale de 100 mètres brasse, Yuliya Efimova a remporté sa deuxième médaille d'argent dans l’épreuve du 200 mètres. Lilly King, sa rivale américaine, n'a pas réussi à se qualifier pour cette finale. Yuliya Efimova a ouvertement dit qu'elle était contre le dopage dans le sport. «Tout le monde mérite une seconde chance», a-t-elle déclaré. Il est difficile de le nier. Pas seulement dans le sport, mais dans la vie en général, chacun a le droit à une possibilité de se racheter.

Souvenez-vous du triomphe de cette semaine du nageur américain Anthony Ervin à Rio, surnommé le «roi de retour». Il a remporté la médaille d’or dans le 50 mètres nage libre. A 35 ans, il devient la nageur le plus âgé à avoir remporté la médaille la plus précieuse. L'histoire personnelle de son rachat est encore plus surprenante. Il y a seize ans, le californien a remporté l’or aux Jeux olympiques de Sydney au tendre âge de 19 ans. Trois ans plus tard, sa vie a basculé dans la dépression mentale, la toxicomanie et l’alcoolisme. Le héros olympique a pendant une longue période été sans abri et prenait du LSD. Anthony Ervin fini par réussir à vaincre ses démons et sa vie par prendre un nouveau tournant. Après des années passées loin de la piscine, il s'est remis à s'entraîner. Cette semaine il est retourné aux Jeux olympiques et a remporté sa deuxième médaille d'or. On dit qu’il a mis aux enchères en 2004 sa première médaille pour aider les victimes du tsunami en Asie.

Citons de nouveau Yuliya Efimova : «Tout le monde mérite une seconde chance.» Amen.

Bien sûr, le noble art du sport est composé de défaites et de victoires, de grands combats humains, de persévérance et de foi. C'est dans ces efforts que réside notre humanité commune.

La façon de l'équipe américaine de s'acharner contre Yulia Efimova en public est un témoignage odieux du bellicisme qui s'est propagé aux Jeux olympiques

Ce qui est regrettable, dans ces jeux-là, c'est que l'humanité commune a été sacrifiée pour satisfaire l’agenda politique déterminé par Washington en vue de diaboliser et dénigrer la Russie. Cet agenda n'est pas loin des tambours de guerre. Il est répréhensible et criminel. Il est également à regretter que certain grands sportifs et sportives chantent à l’unisson avec ces chauvins tambours de guerre.

La façon de l'équipe américaine de s'acharner contre Yulia Efimova en public est un témoignage odieux du bellicisme qui s'est propagé aux Jeux olympiques, 25 ans après la fin supposée de la Guerre froide.

Si les relations russo-américaines étaient amicales, normales, Lilly King, Michael Phelps et les autres attaqueraient-ils Yulia Efimova de cette manière épouvantable ? Pourquoi l'équipe américaine n'a pas pris position de manière cohérente en se ralliant contre les athlètes d'autres pays accusés du dopage.

Le summum des prouesses sportives n'est pas un objet métallique. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus durable dans l’esprit humain. L'équipe américaine – en tous cas les nageurs – ont pu remporter énormément de médailles. Mais en termes de dignité et d'humanité, ils se sont avérés être de grossiers perdants.

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