Ex-chef du BND : traquer les terroristes revient à «chercher une aiguille dans une meule de foin»

August Hanning© Fabrizio Bensch Source: Reuters
August Hanning

Traiter toutes les menaces terroristes est un travail très compliqué, et ce d’autant plus qu’il ne peut y avoir d’intelligence unifiée à l’échelle de l’Union européenne, estime l’ancien patron des services de renseignement allemand August Hanning.

RT : Vous avez dit que la politique d'immigration d'Angela Merkel «importait l’extrémisme». Les terroristes entrent-ils en UE en se faisant passer pour des demandeurs d'asile ? Y a-t-il des preuves de cela ?

August Hanning (A. H.) : Oui, bien sûr. Nous avons vu ces incidents à Bruxelles et à Paris, et ce que nous constatons, c’est qu’il y avait à Bruxelles trois groupes différents terroristes. Un groupe a été recruté sur place, à Bruxelles, – ils étaient citoyens belges et français. Un autre groupe était composé des combattants syriens, et le troisième groupe, de réfugiés qui sont arrivés par ladite «route des Balkans». Par conséquent, oui, il y a une certaine implication [des demandeurs d’asile], mais je pense que les principaux moteurs de ces attaques terroristes ont été des combattants étrangers et les locaux, les Belges.

RT : Les services de renseignement allemands disent que 800 Allemands sont partis en Irak et en Syrie pour rejoindre Daesh, et on estime qu’un tiers de ces personnes vont revenir en Allemagne. Comment pourrait-on les traiter ?

A. H. : Certains d'entre eux sont soumis à des poursuites, certains ne représentent pas de danger, et certains sont sous très forte surveillance. Voilà comment on procède. Mais d'un autre côté, 300 personnes, c’est très difficiles à contrôler et cela représentent une menace constante pour la sécurité intérieure de l’Allemagne.

C’est très difficile de contrôler ces personnes. Si vous souhaitez contrôler quelqu'un 24 heures par jour, vous avez besoin de 25 personnes, et nous ne pouvons pas nous le permettre en Allemagne. Nous sommes très limités en matière de ressources humaines, nous sommes donc obligés de donner la priorité à certains efforts, essayer de savoir qui est vraiment dangereux et se concentrer sur ce petit nombre de personnes.

Parmi tous ces avertissements concernant les terroristes, seulement 1 ou 2% sont vraiment sérieux

RT : Il y a eu un rapport dans les médias indiquant que les forces de sécurité italiennes avaint averti d’attaques planifiées par Daesh dans des stations balnéaires en Espagne, en Italie et en France. Les services de renseignement ont-ils les moyens pour trouver de potentiels suspects ?

A. H. : Le problème c’est que, si vous êtes chef du renseignement, vous recevez beaucoup d'avertissements. De nos jours, les autorités allemandes en reçoivent entre 2 et 4 par jour.

Nous sommes obligés de prendre cela en considération, de vérifier, ce qui n’est pas si simple, car parmi tous ces avertissements concernant les terroristes, je pense que [seulement] 1 ou 2% sont vraiment sérieux. Mais si quelque chose arrive alors que vous aviez eu un avertissement à l'avance et que vous n'avez pas eu la chance de prendre la bonne décision – alors, vous avez un énorme problème.

RT : Comme cela a été le cas en France, car l'intelligence turque avait mis en garde contre des terroristes qui ont effectivement franchi la frontière, mais les autorités françaises ont dû penser qu’ils n’étaient probablement pas dangereux.

A. H. : Vous voyez, c’est toujours la recherche d’un aiguille dans une meule de foin, c’est très difficile. Si vous avez tous ces avertissements, vous voyez tous ces suspects, il est très difficile de prendre la bonne décision. Après c’est très facile, vous pouvez dire «il y a eu un avertissement» et «pourquoi n’avez-vous pas pris telle ou telle mesure» - [mais c’est] après. Si vous êtes responsable, si vous avez peu de ressources et si vous avez tous ces avertissements, il est très difficile de traiter ces questions de la plus juste des manières.

Je ne vois pas un service de renseignement commun en Europe

RT : Pensez-vous qu'il serait plus facile de prévenir les attaques en Europe s'il y avait une grande agence de renseignement paneuropéenne ?

A. H. : Personnellement, je pense que ce n’est pas réaliste. Nous avons des vues différentes à l'intérieur de l’Europe. La Grande-Bretagne a une relation particulière avec les Etats-Unis, [elle fait] partie de l’ainsi nommée [alliance de renseignement] «Five Eyes», la France a une vision particulière sur l'Afrique et sur d'autres sujets, l'Allemagne a une vision particulière sur le Moyen-Orient et l’Europe orientale. Je pense qu’il y a des points de vue très différents, et je pense que nous devrions aller de l'avant, étape par étape, à l'intérieur de l'UE – nous devons améliorer la coopération. Nous avons réalisé beaucoup de choses, mais je ne vois pas un service de renseignement commun en Europe, [en tout cas] pas au cours de ma vie.

RT : Les terroristes impliqués dans les attaques de Paris et Bruxelles faisaient tous partie d'une vaste cellule terroriste d’immigrés de deuxième génération. Les attaques ont vraiment mis en évidence le manque profond d'intégration des immigrés venus en Europe. L'Allemagne a-t-elle un problème similaire, ou a-t-elle en réalité fait beaucoup mieux dans l'intégration des migrants ?

AH: J’ai envie de dire [qu’elle a fait] «beaucoup mieux», mais c’est différent. La France a un problème particulier avec les immigrés en provenance d'Algérie, du Maroc, alors que les Pays-Bas ont un problème particulier avec les gens du Maroc. Nous avons de nombreux immigrés en provenance de Turquie.

Du côté de la gauche et du côté de la droite, il y a une certaine radicalisation

Les immigrés turcs sont moins dangereux que ceux d'Algérie ou du Maroc. Il y a eu une enquête aux Pays-Bas : ils ont comparé des gens originaires du Maroc et de Turquie. Les immigrés en provenance du Maroc se sont beaucoup mieux intégrés que les immigrants en provenance de Turquie. Néanmoins, les gens du Maroc sont plus dangereux que les immigrés en provenance de Turquie, parce que, avec les immigrés en provenance du Maroc, il y a des tensions entre les bases culturelles marocaines et les néerlandaises, ce qui mène, de toute évidence, à plus d'extrémisme, à plus de radicalisme.

RT : Tout récemment, les autorités allemandes ont découvert un groupe extrémiste clandestin de droite, qui envisageait une attaque contre les réfugiés. Sentez-vous que l'Allemagne est, peut-être, au bord d'une nouvelle crise ? Il y a deux menaces différentes : l'islam radical d'un côté et l'extrême droite de l'autre.

A. H. : Non. En effet, nous voyons aujourd’hui que ces réfugiés ont un certain impact  sur la société allemande. On voit, que du côté de la gauche et du côté de la droite, il y a une certaine radicalisation. Voilà le problème auquel nous devons faire face. Nous voyons de nouveaux partis en Allemagne, en Autriche [nous voyons] le résultat des élections. Dans une certaine mesure, il n’est pas facile pour la société allemande de traiter ces problèmes, et je sens qu’il est possible que la société allemande se radicalise plus. Mais, si vous observez la société allemande dans son ensemble, je pense que nous avons fait un bon travail.

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