Daesh a abattu un hélicoptère russe en Syrie : d'où viennent ses armes et ses renseignements ?

© Dmitriy Vinogradov Source: Sputnik

Alors que des soldats sont en train de mourir à cause des terroristes, certains gouvernements continuent toujours à promouvoir leur ordre du jour politique sans en tenir compte, estime l'analyste politique Catherine Shakdam.

L'Etat islamique a abattu le 8 juillet un hélicoptère militaire russe de l’armée syrienne, ce qui a entraîné la mort des ses deux pilotes instructeurs russes. Les faits se sont déroulés près de Palmyre, où en début d’année, un lieutenant de l’armée russe était mort en héros dans les combats contre les terroristes.

L'hélicoptère a été touché alors qu’il attaquait des djihadistes à la demande de Damas, a indiqué le ministère russe de la défense.

RT : L’attaque de cet hélicoptère montre que Daesh a des armements capables d'abattre un aéronef. Est-ce une nouvelle ?

Catherine Shakdam (C. S.) : Oui, effectivement et je trouve cela très inquiétant. On en revient un peu aux histoires que nous avons entendues, aux rumeurs qui ont commencé à circuler il y a quelques semaines concernant certains agents du renseignement jordanien qui auraient vendu des armes destinées à l’origine aux soi-disant rebelles syriens modérés. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont toujours aimé donner des coups et aider. Cette question est d’actualité depuis des années et se pose avec un énorme point d'interrogation : Qu'est-ce qu'ils ont, que peuvent-ils faire, que vont-ils faire avec ? Et qu’espèrent-ils pouvoir obtenir ?

C'est dommage que les gouvernements continuent de donner la priorité à la politique politicienne plutôt qu'aux besoins les plus urgents

Quand il s'agit d’armements, il y a un énorme marché noir. Il me semble qu'il est très important de comprendre qu'il n'y a aucun moyen de le savoir. Quand nous armons ces rebelles modérés, que l'Occident a toujours l'intention d'aider, nous jouons à la roulette russe. Parce que nous ne savons pas où vont effectivement ces armes. Et nous savons aussi qu'après tout, ces modérés ne sont pas aussi modérés que cela. Cela nous renvoie au fait de savoir à qui ils ont prêté allégeance. Il y a trop de questions. Je pense que le seul moyen de combattre Daesh, c'est ce qu’a fait la Russie, en obtenant une autorisation officielle et en rendant les choses transparentes et ouvertes. Sinon, on ne peut rien vérifier. On ne peut pas opérer de suivi. C'est une vraie tragédie, parce que jusqu'à maintenant, à mon avis, c’est la Russie qui est allé le plus loin mais personne ne la soutient, ne reconnaît son héroïsme et les vies qu'elle a sauvées, car les deux pilotes sont morts en luttant contre la terreur et le fascisme, en essayant de faire leur devoir national, en aidant le peuple syrien et en faisant ce qu'il fallait. C'est dommage que les gouvernements continuent de donner la priorité à la politique, à la politique politicienne, plutôt qu'aux besoins les plus urgents.

Je pense que lorsqu’il s’agit du terrorisme, c’est noir ou blanc, il n'y a pas beaucoup de gris : soit nous les aidons, soit nous aidons à les combattre. Le seul moyen de les combattre maintenant, c'est de coopérer avec le gouvernement syrien, sans tenir compte de ce que le peuple pense du président Bachar el-Assad, pour le moment, cela n'a pas d'importance. Car des vies sont en danger. C'est tragique de voir ces soldats tout sacrifier, parce qu'ils ont vraiment choisi de s'opposer à la terreur, alors que les politiciens ne font qu'en parler. Il faut avouer que c'est honteux pour nous, parce que nous avons déçu nos forces armées et nos tentatives d'arrêter la terreur sur le terrain ont échoué.

Ces choses-là n'arrivent jamais sans que quelqu'un le sache à un certain niveau

RT : Pour abattre un hélicoptère, il faut normalement des armes lourdes. Comment les terroristes ont-ils pu obtenir des armes de ce genre ?

C. S. : Il y a toujours la possibilité qu'ils les aient volées, mais si c'est le cas, que font les services de renseignement ? Des choses pareilles ne peuvent certainement pas passer inaperçues. Les rebelles soi-disant modérés auraient dû se dire : «Nous avons perdu ces armes, dorénavant il faut que nous fassions attention parce que Daesh dispose maintenant de ces armes». L’autre possibilité à prendre en considération, c’est que Daesh se soit emparé de ces armes ou, ce qui serait pire, qu’elles leur aient été données par ces soi-disant rebelles modérés, voire par la Turquie. Nous avons créé une situation dans laquelle il est impossible de le vérifier. Nous n'avons vraiment pas de troupes de renseignement sur le terrain. Les gouvernements mentiraient en prétendant savoir ce qui se passe exactement sur le terrain. Et s’ils ne le savent pas, c’est parce qu’ils ont aidé des groupes qu’ils ne peuvent pas surveiller : ils ne savent pas ce qu'ils veulent, à qui ils ont prêté allégeance, qui ils sont en réalité. On ne peut pas avoir affaire à des gens comme ça. Ils ont eu besoin de deux choses : non seulement des armes, mais aussi de renseignements pour savoir que cet hélicoptère les survolait, qui était à l’intérieur, comment et quand l’abattre. C'est assez troublant parce que ça veut dire qu'ils avaient non seulement des armements, mais aussi qu’ils étaient bien renseignés. La question de base qui se pose maintenant est la suivante : «Comment est-ce possible ? Pourquoi a-t-on laissé une chose pareille arriver ?» Parce que ces choses-là n'arrivent jamais sans que quelqu'un le sache à un certain niveau.

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