Frappes en profondeur contre la Russie : Washington, Paris et Londres jouent désormais à découvert

Les médias mainstream multiplient les publications vantant le rôle fondamental des services de renseignement de l’OTAN dans les attaques en profondeur en Russie. Pour Karine Bechet, les États-Unis et l’Europe changent de stratégie et jouent à découvert : leur implication est désormais revendiquée. La Russie doit en tirer les conséquences.

La question de l’implication des services de renseignement américains et européens était auparavant principalement traitée sur les réseaux sociaux, dans les médias alternatifs ou par la presse ukrainienne. Or, ces derniers jours, nous observons des publications de médias mainstreams pointant principalement les États-Unis et la France.

Le Financial Times, repris par Forbes Ukraine, explique clairement que l’« efficacité » des frappes menées en profondeur en Russie par l’armée atlantico-ukrainienne repose sur l’intervention de pays de l’OTAN, principalement les États-Unis et la France, dont le renseignement a permis « d'établir une carte de l'emplacement des groupements russes, des systèmes de défense aérienne et de déterminer des itinéraires pour les drones, qui permettent de contourner les systèmes de défense et d'atteindre les objectifs dans la profondeur du territoire de la Fédération de Russie ».

Autrement dit, les raffineries, mais aussi les entrepôts de Wildberries, ont été des cibles déterminées par la France et les États-Unis et les frappes coordonnées par eux. Dès lors, la question de leur rôle se pose également dans les attaques contre des bus, des trains de voyageurs, le dortoir de l’Université pédagogique de Lougansk et d’autres cibles civiles. Contre toutes ces cibles civiles, qui constituent des crimes de guerre. La question est rhétorique.

L’armée ukrainienne, au sens étatique du terme, a disparu avec l’État ukrainien. Il ne peut pas y avoir d’armée ukrainienne souveraine, s’il n’y a plus de souveraineté en Ukraine, s’il n’y a plus d’autonomie de décision politique ni les moyens de mettre en œuvre de manière autonome les décisions prises. Elle n’est pas un centre de décision, mais un instrument.

Les médias français enfoncent à leur tour le clou. L’Express publie ainsi une confirmation explicite de l’implication directe de la France dans le conflit mené contre la Russie sur le front ukrainien : « Face à la guerre, ils ne pouvaient que périr ou s'améliorer. “Les opérations sont réussies aussi parce qu'on les aide !”, confie un ex-haut cadre de la DGSE. Épaulés par la CIA dès 2014, comme révélé par le New York Times, les Ukrainiens ont profité, ces dernières années, des enseignements de plusieurs pays européens. »

Le même article rappelle qu’en novembre 2024, à l’ambassade britannique à Paris, Richard Moore, alors chef du MI6, revendiquait l’« héritage en matière d’opérations clandestines » comme socle du soutien britannique à l'Ukraine. Selon un haut responsable français du renseignement, les pays baltes et les Pays-Bas avaient apporté une aide technique, tandis que le MI6 et la DGSE avaient contribué au volet opérationnel.

Il ne reste finalement plus rien du mythe de la « Grande Guerre patriotique » de l’Ukraine contre la Russie. Le conflit s’est d’abord déroulé « contre » l’Ukraine elle-même, avec « l’aide de la CIA » dès 2014, ce qui a a mis à terre son étaticité. Désormais, c’est une forme d’Internationale atlantiste qui combat la Russie sur le front ukrainien.

S’il s’agissait d’un secret de Polichinelle, pourquoi le révéler aujourd’hui ?

Nous sommes ici au niveau du discours, d’un discours constitué par des médias officiel et qui donc a une finalité.

Malgré la propagande occidentale, des villes et des villages sont régulièrement libérés par l’armée russe et ils ne sont pas repris par l’armée atlantico-ukrainienne. Face à ces difficultés sur le champ de bataille, les Atlantistes ont modifié leur stratégie et ont voulu déplacer le conflit, même symboliquement, sur le territoire russe.

Or, ils n’ont à ce jour ni les moyens, ni la volonté, d’un conflit ouvert de haute intensité contre la Russie. Le terrorisme a donc été retenu : il permet d’agir sous faux drapeau et coûte moins cher.

Mais face à cela, la Russie a, elle aussi, modifié sa stratégie et frappe désormais systématiquement les infrastructures en Ukraine, servant l’armée atlantico-ukrainienne. Parallèlement, les effets des attaques terroristes atlantistes sont finalement limités : le problème d’accès à l’essence a été en grande partie réglé après un moment de tension réel ; quant aux commandes en ligne, les frappes sur les entrepôts n’ont pas particulièrement perturbé la vie des Russes au quotidien.

L’augmentation du nombre de victimes civiles a, en revanche, renforcé la cohésion de la société russe. La population attend des positions fermes de ses dirigeants et un feu vert donné à l’armée. Contrairement à ce qu’affirme la propagande atlantiste, les Russes ne sont pas las de la guerre. Ils semblent plus déterminés que jamais à n’en accepter qu’une seule issue : la victoire.

Bref, la stratégie atlantiste constitue, sur ce terrain également, un échec. Il faut donc compenser immédiatement par un habillage médiatique. Tous les services spéciaux atlantistes sont à l’œuvre ; malgré les apparences... ce ne peut être qu’une réussite.

Le potentiel performatif du discours possède toutefois ses limites. En l’espèce, il paraît les avoir atteintes.

Au-delà de la dimension purement communicationnelle, il est impossible de ne pas voir la tentation politique d’une fuite en avant et d’une provocation de la Russie. Finalement, ces pays se reconnaissent parties au conflit en Ukraine contre la Russie. Si les élites russes reconnaissent les Européens comme impliqués directement, elles maintiennent — avec de plus en plus de difficultés — le mythe d’Américains, adéquats, qui voudraient la paix, enfin avec qui il est encore possible de parler, même si Anchorage montre à quel point ils sont peu fiables.

Ces publications, comme les tirs en profondeur, doivent obliger la Russie à modifier sa position politico-communicationnelle. Car les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, au minimum, ont le sang des Russes sur les mains. Et ils en sont fiers.

Il est évident que la dimension militaire, si elle est fondamentale, ne sera pas suffisante pour mettre un terme à ce conflit. Les élites globalistes sont en guerre en Ukraine contre la Russie. Le président russe l’a reconnu le 9 mai dernier. Les médias mainstreams, dont l’indépendance du politique n’existe pas, l’affirment également.

Le combat doit donc également être mené sur le terrain idéologique. La Russie ne pourra négocier ni sa place dans le monde ni à aucun moment sa sécurité. La sécurité ne se négocie pas, surtout avec un ennemi qui veut vous détruire.

L’évolution du discours politico-médiatique de la Russie sera le signe de son émancipation, de son retour à une véritable et entière souveraineté. Les Atlantistes jouent désormais à découvert, cela doit être intégré afin de redonner toute sa force dissuasive au discours en période de conflit. Et, ensuite, les confronter, Américains et Européens, à leurs responsabilités.