Eric Anceau : «Le changement climatique vampirise tous les problèmes environnementaux»

COP21 Source: Reuters
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Le responsable du «Projet pour la France» de Debout la France, Eric Anceau, estime que la COP21 sera au mieux un demi-échec maquillé en succès pour se donner bonne conscience.

RT France : Avec la COP21, la priorité accordée aujourd’hui au climat dans les politiques environnementales par les Etats, les ONG ou encore les médias vous paraît-elle justifiée ? 

Eric Anceau : C’est une question iconoclaste tant elle va à l’encontre de la doxa, du politiquement correct et du battage médiatique, en particulier en France, pays hôte de la COP21. Regardez, par exemple, le sort qui a été réservé récemment à Philippe Verdier, le chef du service météo de France 2. Il a été licencié, au grand étonnement des médias du monde entier.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas pour nous de faire du climato-scepticisme. Nombre d’études scientifiques ont mis en évidence, non pas ce que l’on appelle improprement le «réchauffement climatique», mais des phénomènes de changement climatique caractérisés, en certains endroits, par un réchauffement inquiétant, un rythme très rapide de ces variations et un enchaînement de catastrophes tel que nous n’en avions pas eu au cours des siècles des précédents.

Il s’agit simplement de dire que cette question climatique, quasiment absente des politiques environnementales jusqu’aux années 1990, tend à occuper désormais tout l’espace et à escamoter de vraies questions, dont certaines nous paraissent au moins aussi importantes.

RT France : Vous avez d’ailleurs parlé publiquement de  «l’arbre Cop21 qui va masquer la forêt des problèmes environnementaux». Quels sont ces problèmes ?

Eric Anceau : Je pense par exemple à la pollution de l’air, à la pollution de l’eau, au traitement des déchets, à l’érosion des sols ou à la préservation de la biodiversité.

Le changement climatique vampirise littéralement tous les problèmes environnementaux. Actuellement, et pas en 2050 ou en 2100, sait-on par exemple que la pollution par les particules fines cause plus de décès dans le monde que la malaria ? Sait-on que la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture] estime à 33 % les sols dégradés par l’érosion, l’aridification, la salinisation ou la pollution chimique provoquant ainsi des centaines de milliers de victimes alimentaires et en poussant tout autant à migrer vers les villes et les pays développés ? Sait-on qu’entre le quart et la moitié des produits pharmaceutiques en vente dans le monde découlent de ressources issues de la biodiversité qui diminue pourtant à vitesse grand V ?

RT France : La Cop21, va-t-elle vraiment aider à résoudre les problèmes climatiques ?

Eric Anceau : Dès la journée d’ouverture, nous avons vu des voix discordantes s’élever qu’il s’agisse du Chinois Xi Jinping, du Premier ministre indien ou des représentants de l’Afrique noire.

Pour le dire tout net, des problèmes importants ne sont pas abordés comme la question des pétro-monarchies du Golfe qui, en dépit de projets environnementaux destinés à amuser la galerie, sont tout sauf des modèles en matière d’émission de gaz à effet de serre (GES). Pour prendre un autre exemple, la réévaluation de l’importance du méthane dans les GES, telle qu’annoncée, est très insuffisante. Je rappelle ici que l’émission d’une tonne de méthane équivaut à l’émission de 25 tonnes de CO2 sur une période de cent ans mais de 72 tonnes sur vingt ans !

Je ne crois pas être devin en vous disant que la COP21 sera au mieux un demi-échec maquillé, évidemment, en succès par ses organisateurs et par ses participants à des fins politiques et pour se donner bonne conscience.

Aujourd’hui, nos politiques font du court-termisme. Ils se sont emparés d’un sujet qui leur donne l’apparence de s’inscrire dans le temps long alors qu’ils ne pensent pas la question dans sa globalité. Ce faisant, ils passent à côté du sujet.

Quant aux grands médias, une personne au mieux s’occupe de l’ensemble de ces questions. Il n’y a plus de réelle investigation journalistique. Pas étonnant dans ces conditions que les vraies questions ne soient pas posées. On risque, là aussi, de tomber de haut !

RT France : En quoi consiste le «Projet pour la France» pour lequel vous avez réuni aujourd’hui des spécialistes de l’environnement ? Est-ce que ce projet peut faire la différence ?

Eric Anceau : En matière d’émissions de CO2 et de GES, l’Union européenne et la France sont d’excellents élèves. Avec 4% du PIB mondial, la France représente moins de 1% des émissions mondiales de GES. Au sein de l’UE, le mix électrique français est le moins carboné de l’UE à 350g de CO2 par kWh, après la Suède. Le parc automobile français est l’un des moins carbonés. En revanche, la France est beaucoup moins bien placée dans tous les autres domaines que j’évoquais tout à l’heure, au point d’être pointée par l’OMC dans ses rapports et de payer de lourdes amendes infligées par l’UE.

Les décès prématurés dus à la pollution de l’air ont, par exemple, été évalués à près de 20 000 par an par l’ANSES dans son rapport de 2014. La France possède, en particulier, grâce à ses territoires ultramarins et sa superficie maritime, une biodiversité exceptionnelle, sans doute la deuxième de la planète. Or, selon un rapport de 2012, seuls 28% de ses espèces et 22% de ses sites désignés au titre de la directive «Habitats» sont dans un état de conservation satisfaisant. Le coût annuel des GES pour la France a été évalué par plusieurs études indépendantes à hauteur de 14 milliards d’euros, là où celui de la pollution de l’air s’élève à plus de 60 milliards. On voit donc où sont les vrais enjeux pour la France.

Nous craignons que François Hollande ne se soit lancé dans cette croisade climatique pour se faire valoir sur la scène nationale et internationale au détriment de l’intérêt national et même, d’une certaine façon, de l’intérêt supérieur de la planète, puisque comme je vous l’ai dit tout est lié. En agissant efficacement dans les domaines où nous sommes nous-mêmes à la traîne, nous rendrons un bien plus grand service à la planète.

Tel est le sens des entretiens que j’ai eus avec un certain nombre de spécialistes et de représentants d’ONG lors d'une réunion que j'ai animée. Nous essayons, comme dans tous les domaines, de penser à l’intérêt national, au bien commun et de voir plus loin que le bout de notre nez. Nous ferons d’une vraie, d’une belle, d’une grande politique environnementale, l’un des axes majeurs de notre «Projet pour la France» que nous présenterons dans les prochains mois aux Français et que portera notre candidat à la prochaine élection présidentielle.

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