Chroniques

Karin Kneissl sur le sabotage de Nord Stream : «Une forme très particulière de terrorisme»

Karin Kneissl, ancienne ministre des Affaires étrangères de l'Autriche, exprime ses doutes concernant la version officielle selon laquelle des plongeurs ukrainiens indépendants seraient responsables de l'explosion du gazoduc Nord Stream en 2022.

Deux ans après les attaques terroristes contre les gazoducs Nord Stream, le journal Berliner Zeitung s'est posé la question de la véracité de la version officielle allemande au sujet de ce qui s'est passé.

Le 14 août dernier, plusieurs publications ont en effet désigné trois Ukrainiens, identifiés en juin 2024 par l'enquête allemande, comme les principaux suspects de l'explosion des gazoducs. 

L'attaque terroriste contre les Nord Stream 1 et 2 a eu lieu le 26 septembre 2022. La Suède, le Danemark et l'Allemagne ont lancé des enquêtes indépendantes. En 2023, l'un des plus célèbres journalistes américains, lauréat du prix Pulitzer, Seymour Hersh, a mené une enquête indépendante avant de déclarer que la Maison Blanche était responsable de la destruction des gazoducs. Les enquêtes suédoise et danoise ont finalement été interrompues. En 2024, l'Allemagne a finalement incriminé trois Ukrainiens.

RT : Le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Hebestreit, a déclaré que la République fédérale ne partageait pas l'avis de la Pologne et de la République tchèque selon lequel Nord Stream pourrait avoir été une «cible légitime» pour l'Ukraine. Cela implique-t-il que le gouvernement fédéral considère finalement le sabotage de Nord Stream comme un crime ?

Karin Kneissl : Le gouvernement allemand voudrait clairement indiquer qu’il ne partage pas les avis de ses collègues polonais et tchèques, selon lesquels le gazoduc Nord Stream 2 était une cible légitime. C’est certainement une réinterprétation intéressante mais je ne pense pas qu’une enquête sérieuse s'ensuive, car deux ans se sont déjà écoulés depuis septembre 2022 lorsque cette infrastructure pour l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne a été minée dans les eaux territoriales de la Suède.

Ni l’enquête du gouvernement suédois, ni aucune autre enquête n’ont donné de résultats parce qu’elles n’ont pas été sérieusement effectuées. S’il y a jamais eu des preuves sérieuses dans les fonds marins, par exemple, elles ont disparu depuis longtemps. Je ne pense donc pas que cette interprétation donne des résultats sérieux.

RT : Quelle est la plausibilité de la version selon laquelle des plongeurs ukrainiens auraient effectué de manière indépendante le sabotage d'une infrastructure critique européenne ? 

K.K. : Malheureusement, nous avons à faire à une version très étrange, à savoir que des plongeurs ukrainiens, par pur patriotisme, auraient pu faire cela eux-mêmes à bord d'un bateau loué. C’est ce que je ne peux pas avaler et que, je pense, beaucoup de gens ne peuvent pas non plus avaler comme justification ou présentation des faits. 

Personnellement, je suis l’interprétation de Seymour Hersh qui suppose qu’il s’agit d’une attaque coordonnée entre deux ou plusieurs États de l’OTAN qui a été menée au détriment d’un autre État de l’OTAN, à savoir l’Allemagne. On peut dire qu’il s’agit d’une forme très particulière de terrorisme.