Ce qu’on doit savoir sur la rencontre de Vladimir Poutine avec Alexis Tsipras

Alexis Tsipras et Vladimir Poutine (Capture d'écran d'une vidéo de RT)
Alexis Tsipras et Vladimir Poutine (Capture d'écran d'une vidéo de RT)

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est en visite d'Etat à Moscou à la veille de l'échéance d'un prêt de plusieurs centaines de millions d'euros accordé par le FMI. Les enjeux de la visite sont nombreux, RT France les décortique.

Il reste un jour avant l’échéance des 463,1 millions d’euros que la Grèce doit rembourser au Fonds monétaire international, et le jeune Premier ministre héllène rencontre  à Moscou où il se trouve depuis mardi.

Est-ce que la Russie va renflouer la Grèce ?

Les rumeurs courent sur la possibilité d’un mystérieux renflouement d’Athènes par Moscou depuis que l'idée a été premièrement annoncée par le ministre russe des Finances Anton Silouanov quelques jours après la victoire du parti Syriza aux élections législatives en janvier dernier. Le quotidien russe Kommersant a rapporté que  était prête à accorder une aide financière indirecte, citant une source gouvernementale anonyme.

«Nous sommes prêts à examiner la question d’un rabais sur le gaz pour la Grèce : selon le contrat, le prix du gaz est lié au prix du pétrole qui est devenu beaucoup plus bas ces derniers mois», constate Kommersant, citant une source gouvernementale russe.

«Nous sommes également prêts à discuter de la possibilité pour la Grèce de contracter de nouveaux emprunts. Néanmoins, nous attendons une réciprocité, la possibilité d’acquérir certains actifs en », a ajouté la source sans préciser le type d’actifs dont il s’agissait.

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a déclaré que le pays «n’allait jamais demander une aide financière à Moscou», lors d’une interview pour Zeit online début février.

La crise de la dette grecque
La crise de la dette grecque

Attendez, est-ce que la Russie a les moyens?

Oui et non.

Les hauts responsables russes font référence à divers mécanismes d'aide indirecte.

Même si la majorité des économistes dans le monde sont plutôt optimistes concernant l’avenir de l’économie russe, tous admettent que le PIB russe est amené à se contracter de 3 à 4%. Plus récemment, l’agence de notation financière Standard & Poor's a amélioré ses pronostics économiques pour la , prédisant que l'économie russe croîtrait de 1,9% en 2016.

Au premier trimestre de 2015, la croissance économique était de 0,4%, et le rouble russe, qui a perdu presque 50% en 2014, a finalement donné un rendement record à la fin de l'année.

Bien que l’économie russe ne soit pas aussi forte qu’elle l’était il y a deux ans et que la croissance soit presque nulle, beaucoup d’argent a été mis de côté «en prévision des coups durs» : 327,886 milliards d’euros de réserves de devises étaient en stock en avril, sans oublier plus de 138 milliards d’euros répartis entre les fonds de réserve pétroliers, le Fonds de réserve national et le Fonds national de prévoyance. En cas de récession, ces fonds doivent assurer la stabilité financière du pays pendant deux ou trois ans.

La Russie accorde une aide financière et des prêts à la majorité des anciens pays soviétiques. En mars, le Kremlin a prolongé un prêt de presque deux milliards d’euros à la Biélorussie. En février, un prêt d’environ 248 millions d’euros a été accordé à l’Arménie… En 2013, juste avant que l’Ukraine a commence à pivoter vers l’Europe, la Russie a accordé à Kiev un prêt obligataire de près de 2,7 milliards d’euros.

La question n’est pas de savoir si l’argent existe à Moscou, mais de savoir le prix que Moscou est prêt à payer pour obtenir «un dividende politique» - autrement dit, un nouvel allié – en sachant que la Grèce a déjà dévoré 240 milliards d’euros de crédits européens et n’a affiché aucune croissance économique en six ans.

La Grèce aura-t-elle droit à un rabais sur le gaz?

Le gaz a pris de l'importance dans les relations économiques entre la Russie et la Grèce depuis que le président Vladimir Poutine a annoncé le nouveau projet de gazoduc Turkish Stream qui passera par la frontière turco-grecque. La position d'Athènes à ce sujet reste indécise et dépendra en partie des tarifs gaziers proposés par la Russie.

Le 30 mars, le ministre grec de l’Energie Panayotis Lafazanis a rencontré son homologue russe Alexandre Novak ainsi que le président de Gazprom Alexeï Miller à Moscou pour discuter d’un rabais sur le gaz pour la Grèce et de la clause d'enlèvement ferme («take or pay») qui exigeait d’Athènes d’acheter du gaz qu’elle n’utilisait pas.

Selon le contrat actuel, la compagnie publique gazière grecque DEPA commande son gaz en Russie pour un prix de 276 euros par 1 000 mètres cubes. En 2014, DEPA a pu obtenir un rabais de 15% de Gazprom. La Grèce pourra probablement obtenir un rabais supplémentaire ou renégocier la clause d'enlèvement ferme («take or pay») du contrat en proposant aux sociétés russes des actifs pétroliers ou des droits d’exploration sur ses gisements pétroliers et gaziers en mer Ionienne.

En 2013, Gazprom a fait une offre de 900 millions d’euros pour obtenir une participation de contrôle à DEPA, mais la société russe a abandonné les négociations à la dernière minute, citant des inquiétudes concernant la stabilité financière de la compagnie grecque. Gazprom contrôle maintenant presque 70% du marché gazier grec.

Lors des négociations, le ministre grec de l’Energie a aussi discuté de la perspective d'une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream qui permettrait de livrer 47 milliards de mètres cubes de gaz en Europe via la Turquie. Le gazoduc terrestre, selon Gazprom, traverserait la mer Noire jusqu'au port turc de Kıyıköy pour ensuite se diriger vers la frontière turco-grecque près de la ville d’Ipsila.

Embargo alimentaire russe : la Grèce aura droit à une exception ?

Les contre-sanctions russes dans le secteur agricole ont été introduites pour un an en août 2014, elles resteront donc en vigueur pendant au moins quatre mois.

En savoir plus : Embargo alimentaire russe : la Grèce demande des faveurs à Moscou

La Grèce a particulièrement été touchée par l’embargo alimentaire de Moscou, étant donné que plus de 40% des exportations grecques en Russie sont des produits agricoles. En 2013, des fruits et des conserves grecques pour un montant supérieur à 178 millions d’euros ont été exportées en Russie, selon l'association d'exportateurs grecs Incofruit-Hellas.

Le ministre russe de l’agriculture Nikolaï Fiodorov a déclaré que les sanctions alimentaires contre la Grèce allaient être levées si Athènes quittait l’UE. En effet, la Grèce, en tant qu'Etat membre de l'UE, ne peut signer d'accords commerciaux avec des pays tiers sans l'approbation de cette dernière.

Mais en tant que membre de l’UE, la Grèce a le pouvoir d'opposer son veto à l’imposition de sanctions supplémentaires contre la Russie. Alexis Tsipras a ouvertement déclaré que les sanctions contre la Russie étaient «une voie qui ne mène nulle part». Sur ce plan, la Grèce fait front commun en Europe avec la Hongrie, la Slovaquie, l’Italie et la République tchèque.

La Russie est le plus gros partenaire commercial de la Grèce, les échanges commerciaux nets en 2013 s'élèvent à 9,3 milliards d’euros, ce qui dépasse les échanges entre la Grèce et l’Allemagne la même année. La Russie est le plus gros débouché d'exportation pour la Grèce, 11% des exportations grecques y étaient destinées en 2013.

Une fois que la marché alimentaire russe sera réouvert, la Grèce, la Turquie et Chypres seront les premiers exportateurs à y être admis, a déclaré Sergueï Dankvert, directeur du Service fédéral russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire (Rosselkhoznadzor).

Donc comment la Grèce va-t-elle payer ses dettes ?

Alors que Tsipras est encore à Moscou, la Grèce doit rembourser 463,1 millions d’euros au Fonds monétaire international. D'ici fin mai, elle devra payer encore 768 millions d’euros.

Si le ministre grec des Finances revient sur ses promesses et la Grèce tombe en cessation de paiements par rapport aux créanciers européens, abandonne la zone euro, et demande à Moscou quelques milliards pour s’en sortir, la surprise générale et le chaos seront certainement de mise sur les marchés financiers qui comptent sur un remboursement intégral de la dette publique grecque (324 milliards d'euros au total) que plusieurs membres du gouvernement actuel ont promis à plusieurs reprises d'assurer.

L'UE, pour sauver l'euro, a déjà versé 241 milliards d'euros à la Grèce dans le cadre de deux plans de sauvetage.

En savoir plus : L’Eurogroupe approuve le plan de sauvetage de la Grèce

Athènes voudrait poursuivre la collaboration avec les créanciers européens internationaux, mais sous des conditions différentes. Mais si la Grèce, pour une raison ou pour une autre, décide de ne pas s'acquitter de sa dette envers le FMI, elle sera le premier pays développé à le faire.

L’économie grecque, paralysée par la rigueur bruxelloise, n’a pas cru depuis 2008.

La Grèce, en janvier, a obtenu une prolongation de quatre mois de son plan de renflouement international : à elle maintenant de persuader l'Eurogroupe que des réformes structurelles crédibles sont au programme. Malgré le manque de nouvelles liquidités, les autorités grecques affirment qu’il n’y a aucune cessation de paiments en vue vis-à-vis des créanciers internationaux.

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