Un médiateur de la paix en Libye accepte un poste à 1500 euros par jour des Emirats Arabes Unis

Bernardino León© Denis Balibouse Source: Reuters
Bernardino León

Selon des révélations du Guardian, l'homme a passé l'été à négocier un emploi à 50 000 euros par mois payés par un Etat du Golfe qui soutien un côté dans la guerre civile, alors qu'il est censé avoir le rôle de médiateur impartial.

Bernardino León, médiateur de la paix des Nations Unies et ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, s'est vu offrir en juin dernier un poste de directeur général de son «académie diplomatique» par les Émirats arabes unis (EAU), fédération de sept monarchies absolues dominée par l'émirat pétrolier Abu Dhabi, selon le quotidien britannique The Guardian qui a révélé l'affaire.

Mercredi, les EAU ont annoncé que León prendrait le relais en tant que chef de cette académie, qui est un groupe de réflexion fondé l'année dernière dans le but de promouvoir la politique étrangère et les relations stratégiques des EAU ainsi que de former ses diplomates. Un diplomate allemand, Martin Kobler, a été nommé à la place de León au poste de ce dernier à l'ONU. 

León a ainsi mis fin à son rôle précédent vendredi dernier, laissant les factions rivales libyennes en place et mettant tous les plans pour fonder un gouvernement d'unité nationale dans l'impasse. 

Bien que ce nouvel emploi de León aux EAU remette en question son impartialité en temps que médiateur en chef de l'ONU, l'homme nie tout conflit d'intérêts, assurant qu'il avait clairement fait savoir qu'il voulait quitter son rôle de l'ONU déjà le 1er septembre. «La seule défense que j'ai contre ces attaques est mon travail sur le terrain» a-t-il écrit dans un e-mail au Guardian, invitant les journalistes à lire ses propositions, qu'il dit «considérées équitables par les Libyens des deux camps». 

Les échanges d'e-mail avec le quotidien britannique montrent que León s'est vu offrir le poste en juin, qu'il l'a accepté un mois plus tard et qu'en août, il se préparait à partir s'installer à Abu Dhabi avec sa famille.  

Cinq mois seulement après avoir été nommé médiateur en Libye, affirme le Guardian, il a envoyé un courriel daté du 31 Décembre 2014 au ministre des Affaires étrangères des EAU, le Cheikh Abdoullah ben Zayed, à partir de son compte personnel.

Dans ce courriel, il explique qu'en raison de la lenteur des pourparlers de paix, l'Europe et les Etats-Unis souhaitent mettre en place un plan B, au travers d'une conférence de paix classique. Pour León, cette solution apparaît alors «pire qu'une solution politique car cela mettra les deux côtés sur un pied d'égalité».

En Libye, il existe en effet actuellement deux autorités politiques qui tentent de gérer le pays. D'une part, l'Assemblée nationale soutenue par les islamistes et connue comme Congrès général national (GNC), d'autre part, le parlement élu, appelé Chambre des représentants (HOR).

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León poursuit donc dans son courriel en disant que son plan à lui, serait de «briser une alliance très dangereuse» entre les riches marchands de Misrata et les islamistes qui maintiennent le GNC, préférant renforcer la HOR, le corps soutenu par les Emirats Arabes Unis et l'Egypte.

A la fin de la correspondance, il ajoute au ministre des Affaires étrangères des Emirats Arabes Unis qu'il pourra «aider à contrôler le processus pendant qu'[il sera] là».

Les révélations touchent ensuite l'aspect financier de ce deal, puisque qu'une correspondance entre un ministre des EAU et le ministre des Affaires étrangères fait état des exigences de León en matière de logement. Ce dernier aurait notamment affirmé que son allocation annuelle de 90 000 euros destinée à cet effet ne lui suffisait pas et qu'il demandait au moins le double ainsi qu'une demeure sur la prestigieuse île Saadiyat qui abrite un luxueux centre culturel construit récemment.

Intrigué par ces découvertes, le Guardian a contacté León lundi dernier. Ce dernier a alors nié avoir commencé à éxercer son activité pour les EAU. Il a envoyé un courriel au quotidien mercredi matin affirmant qu'il n'avait «pas encore signé un contrat», demandant au Guardian de repousser la publication de l'histoire et proposant de répondre à une interview pour clarifier la situation. Mais c'était déjà trop tard : avant qu'il ne puisse donner ses explications, son nouveau poste a été annoncé.

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