Des employés d’ONG accusent leur direction de négliger les cas d’abus sexuels en interne

Des employés de l'ONU en Syrie Source: Reuters
Des employés de l'ONU en Syrie

Alors que des femmes travaillant dans les organismes d'aide internationaux font face à des menaces d’abus sexuels de de leurs collègues, ces situations sont pratiquement ignorées par ces ONG, ont révélé des témoignages recueillis par The Guardian.

«Il est profondément ironique qu’au milieu de nombreux mythes dans l’imaginaire public sur l’héroïsme des travailleurs humanitaires qui opèrent dans des régions sujettes à la guerre et aux conflits, les femmes courent en vérité un risque beaucoup plus élevé de la part des hommes qui les entourent que des conditions extérieures», a révélé au quotidien britannique une employée anonyme de l’International Rescue Committee.

Dans son organisation, s’exprimer sur un viol signifiait être cataloguée de fauteuse de troubles féministe, a raconté l'employée. «Si j’avais été violée lors d’une mission à l’étranger, je ne l’aurais pas signalé à mon organisation», a-t-elle avoué.

Ce témoignage s’inscrit dans une série de révélations concernant des abus sexuels que des employées d’ONG ont subis lors de déplacements professionnels à l’étranger. Plus tôt cette année, Megan Nobert a révélé qu’elle avait été droguée puis violée par son collègue dans le Sud Soudan, au sein même de la base des Nations Unies. Après avoir publié son histoire dans les colonnes du Guardian, elle a été contactée par plusieurs femmes qui ont décrit des scénarios semblables, mais qui ont eu peur de les signaler.

«Il y a tout une tendance parmi les organisations qui dit : Souffrez en silence.  C’est quelque chose auquel vous devez être prêt, même s’il s’agit d’un collègue», a raconté Megan Nobert.

L’histoire d’une autre agente humanitaire, Sarah Pierce (le nom a été changé), a également récemment défrayé la chronique. En déplacement elle aussi dans le Sud Soudan pour l’organisation Carter Center, elle a été violée par un collègue.

«J’ai reçu peu de considération ou de soutien», a avoué Sarah Pierce. «Après avoir continué à m’exprimer sur ce qui était arrivé et dénoncé l’échec de mon organisation à faire face à ses obligations les plus élémentaires envers ses employés, j’ai été licenciée», a déclaré la femme.

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Un problème massivement sous-déclaré

D’après les estimations de l’institut Headington en Californie (Etats-Unis), qui apporte du soutien psychologique aux travailleurs humanitaires, près d’1% (entre 5 000 et 10 000 personnes) de ces employés font l’objet de ce genre d’incident lors de leur carrière, mais choisissent en général de ne pas le déclarer.

«Personne n’a cependant de chiffres à 100 % corrects pour le moment : c’est un problème massivement sous-déclaré», a expliqué la directrice adjointe de l’institut Headington Alicia Jones.

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Alors qu’un projet baptisé International Women’s Rights Project a lancé il y a quelques semaines des recherches pour tenter d’évaluer l’échelle de violences et d’abus sexuels dans les ONG, plus de 1 000 personnes ont déjà contacté l’association pour faire part de leur expérience, en majorité des femmes.

Néanmoins, les ONG affirment qu’elles agissent en ouvrant systématiquement une enquête afin de faire la lumière sur ces histoires, en les prenant «très au sérieux».

«Nous avons un processus bien établi pour toutes les accusations […]. Chaque incident de mauvaise conduite  est documenté dans un système de gestion des incidents», a expliqué le porte-parole d’International Rescue Committee.

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