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Indemnisation des descendants d’esclaves : premier vote «historique» au Congrès américain

Une commission du Congrès américain a adopté le 14 avril un projet de loi portant le principe d'une compensation financière pour réparer les méfaits de l'esclavage aux Etats-Unis. Un premier vote sur la question dans le pays.

Par 25 voix contre 17, la commission des affaires judiciaires de la Chambre des représentants a adopté le 14 avril un projet de loi portant le principe d'une compensation financière pour réparer les méfaits de l'esclavage aux Etats-Unis. Ce premier vote a suivi des lignes partisanes, les démocrates ayant tous voté pour, alors que les républicains ont unanimement rejeté le projet.

La Chambre basse du Congrès, où les démocrates sont majoritaires, devra désormais approuver ce projet de loi en séance plénière, à une date indéterminée. Mais le sort du texte se jouera surtout au Sénat, où les démocrates devront obtenir les voix d'au moins dix républicains pour qu'il soit finalement adopté.

Le projet de loi prévoit la création d'une commission d'experts qui serait chargée de formuler des propositions sur l'indemnisation par le gouvernement des descendants des quelque quatre millions d'Africains amenés de force aux Etats-Unis entre 1619 et 1865, date de l'abolition de l'esclavage.

Le texte entend s'attaquer à «l'injustice, la cruauté, la brutalité et l'inhumanité fondamentale de l'esclavage» et aux disparités dont souffre encore aujourd'hui la minorité noire américaine. Ce vote «historique» est destiné à «poursuivre un débat national sur la façon de combattre les mauvais traitements subis par les Afro-Américains pendant l'esclavage, la ségrégation et le racisme structurel qui reste aujourd'hui endémique dans notre société», a déclaré avant le vote le président de la commission des affaires judiciaires, le démocrate Jerry Nadler.

Le président Joe Biden, qui a rencontré le 13 avril des élus afro-américains au Congrès, s'est «engagé» à soutenir ce texte, selon la démocrate Sheila Jackson Lee.

Opposition des républicains

Mais les membres républicains de la commission, tout en reconnaissant la brutalité de l'esclavage, s'opposent à cette législation. «Elle nous éloigne de l'important rêve consistant à juger quelqu'un sur le contenu de sa personnalité et non la couleur de sa peau», a déclaré un représentant républicain, Chip Roy.

Blâmez l'idéologie [...] pas les Blancs

Un antagonisme qui se situe véritablement à un niveau idéologique : pour l'élu du Congrès Burgess Owens, un Afro-Américain républicain, les réparations sont un facteur de division et se basent sur une politique «qui suggère que les Noirs ont besoin des Blancs pour progresser aux Etats-Unis». «Nous ne sommes pas une race malheureuse et sans espoir», a-t-il déclaré, cité par Fox News, avant d'ajouter : «Blâmez l'idéologie [...] pas les Blancs.»

La législation, dont une première version avait été rédigée il y a près de 30 ans, est revenue sur le devant de la scène après la mort de plusieurs Afro-Américains lors d'interventions policières, ce qui a poussé la gauche américaine à s'interroger sur l'influence du passé esclavagiste du pays dans les discriminations dont la minorité noire est selon elle victime à notre époque.

Un groupe de 13 experts devra ainsi faire des propositions de compensations «pour l'institution de l'esclavage et [les] discriminations raciales et économiques contre les Afro-Américains». Ces experts doivent émettre des recommandations sur la façon de calculer cette indemnisation, la forme qu'elle devra prendre et qui seront les personnes éligibles.

Avant une décision au niveau fédéral, la question des réparations a déjà été abordée au niveau local. La petite ville d'Evanston, près de Chicago, est devenue en mars la première à décider d'indemniser ses habitants noirs à hauteur de 10 millions de dollars sur les 10 prochaines années. Les habitants correspondant aux critères recevront 25 000 dollars chacun pour financer leur crédit immobilier ou la rénovation de leur logement.