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«Ceci est un navet» : la série Homeland truffée de graffitis subversifs d'artistes arabes

Trois artistes de rue basés au Caire et engagés comme décorateurs pour la série Homeland ont voulu dénoncer avec humour le caractère stéréotypé de cette dernière en truffant les murs de graffitis ironiques et de jeux de mots. Le tout, ni vu ni connu.

Selon le Washington Post, les trois hommes auraient été approchés par une société de production qui cherchait désespérément des artistes arabes pour réaliser un décor réaliste pour la série à succès Homeland. Seulement, tous ceux qui furent sollicités étaient en total désaccord avec les idées politiques véhiculées par la série.

C'est alors que trois artistes prénommés Heba Amin, Stone et Caram Kapp ont décidé de se prêter au jeu afin de pouvoir dénoncer «de l'intérieur» la vision stéréotypée que transmet selon eux Homeland, qui «donne une image fausse et mauvaise des arabes, pakistanais et afghans». 

Agacés par l'approche qu'ont les producteurs de la situation au Moyen-Orient, beaucoup trop simpliste selon les trois collègues, ces derniers ont eu une idée. Pourquoi ne pas user de cette opportunité ? 

Car les indications de la production étaient très simples : les graffitis sur les murs devaient être apolitiques et les louanges au prophète Mohammed étaient bien évidemment plus que bienvenues.

Selon les trois artistes, les producteurs étaient tellement occupés à peaufiner les moindres détails des décors qu'ils ne s'occupaient absolument pas d'eux. De plus, personne dans l'équipe américaine ne parlait l'arabe. Amin, Stone et Kapp se sont vite rendus compte qu'ils pouvaient écrire ce que bon leur semblait. Et on peut dire qu'il s'en sont donnés à coeur-joie. 

«Homeland n'est PAS une série» ; «Homeland est un navet» ; «Cette série ne représente pas le point de vue des artistes» ou encore «Homeland est raciste», autant de slogans que les télespectateurs pourront apecevoir dans le dernier épisode de la série. 

Il est vrai que la série présente de nombreuses erreurs factuelles. Par exemple, dans la saison 2, on peut y voir une coopération entre Al-Qaïda, groupe extrémiste sunnite, et le Hezbollah, groupe islamo-nationaliste chiite. Une telle alliance est tout simplement impossible. Par ailleurs, une grande rue commerçante de Beyrouth, très fréquentée et parsemée de magasins de luxe et de bars branchés est présentée comme une espèce de champ de ruines et bastion du Hezbollah. Le gouvernement libanais avait même envisagé une action judiciaire contre les producteurs de la série à propos de ce qu'il estimait être une représentation fallacieuse du terrorisme à Beyrouth.

Homeland, qui raconte l'histoire d'un agent de la CIA souffrant en secret de troubles bipolaires, en mission au Moyen-Orient pour déjouer des projets d'attaques terroristes sur les Etats-Unis, a obtenu en 2013 le Golden Globe de la meilleure série télévisée dramatique.