Algérie : l'opposant Karim Tabbou condamné à un an avec sursis pour «atteinte à la sûreté nationale»

Algérie : l'opposant Karim Tabbou condamné à un an avec sursis pour «atteinte à la sûreté nationale»© RYAD KRAMDI Source: AFP
Des manifestantes brandissent des pancartes en soutien à Karim Tabbou le 24 janvier 2020 à Alger (image d'illustration).
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Le chef du petit parti Union démocratique et sociale (UDS) et militant du Hirak a été condamné à un an de prison avec sursis pour «atteinte à la sûreté nationale», comme d'autres citoyens et journalistes avant lui.

Karim Tabbou, l'une des figures du mouvement de contestation en Algérie, a été condamné le 7 décembre à un an de prison avec sursis pour «atteinte à la sûreté nationale», a appris l’AFP auprès de l’une des avocates de l'opposant. Karim Tabbou, qui restera en liberté, a également été condamné à payer une amende de 100 000 dinars (environ 670 euros) par le tribunal de Koléa, près d'Alger, a déclaré à l'AFP Maître Nassima Rezazgui.

Le procureur avait réclamé trois ans de prison ferme et une amende de 100 000 dinars à l'encontre de l'opposant. Des réquisitions qui n'ont pas été suivies par le tribunal, qui a par ailleurs relaxé Karim Tabbou du chef d'accusation d'«atteinte au moral de l’armée», toujours selon son avocate.

L'homme à la tête du petit parti d’opposition Union démocratique et sociale (UDS) avait déjà été condamné en appel le 24 mars à un an de prison ferme, peine qu'il a purgée. Cette peine concernait une autre affaire, avec un chef d’accusation sensiblement similaire : «Atteinte à l’intégrité du territoire national».

«Il est vraiment malheureux de condamner une personne à deux reprises sous le même chef d'accusation. C'est une violation de la loi. Notre combat continue pour un Etat de droit», s’est indignée son avocate.

Une longue liste d'arrestations

A 47 ans, Karim Tabou s’est imposé comme l’un des visages du mouvement populaire du Hirak, déclenché le 22 février 2019 au lendemain de l’annonce de la candidature de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Son portrait était fréquemment brandi lors des manifestations qui se tenaient chaque vendredi contre le pouvoir en Algérie, jusqu'à ce qu'elles soient suspendues en mars dernier en raison de la crise sanitaire.

De nombreuses têtes d'affiches du Hirak, mais aussi des journalistes qui couvraient le mouvement social ont été arrêtés et placés en détention ces derniers mois sur base de chefs d'accusations comparables. Khaled Drareni, correspondant pour la chaîne francophone TV5 Monde et pour Reporters sans frontières a ainsi été condamné le 15 septembre en appel à deux ans de prison ferme pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l'unité nationale». Le journaliste Saïd Boudour et le lanceur d'alerte Nourredine Tounsi, en grève de la faim, ont été condamnés chacun à un an de prison ferme le 24 novembre. Brahim Laalami, une autre figure du Hirak, a quant à lui été condamné à trois ans de prison ferme fin septembre.

En tout, quelque 90 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec le Hirak et/ou sur base d'accusations touchant, selon leurs défenseurs, aux libertés individuelles. Dans beaucoup de ces affaires, les poursuites se fondent sur des publications sur Facebook critiquant les autorités, d'après l'association d'opposition Comité national pour la libération des détenus.

Né en février 2019 d'un immense ras-le-bol des Algériens, le Hirak réclame un profond changement du système en place depuis l'indépendance en 1962. Il a provoqué le départ du président Abdelaziz Bouteflika après 20 ans au pouvoir. D'autre part, certain de ses détracteurs accusent le mouvement d'être instrumentalisé.

Le mouvement connaît un coup d'arrêt depuis mars, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune – un ex-fidèle d'Abdelaziz Bouteflika élu lors d'un scrutin boycotté par l'opposition et marqué par une abstention record en décembre 2019 –, interdit les rassemblements publics pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Présenté comme une réponse institutionnelle au mouvement social, un référendum sur une nouvelle constitution a été organisé le 1er novembre. Si le «oui» l’a emporté à 66,8%, le taux de participation extrêmement bas (23,84%) constitue un cinglant désaveu pour le gouvernement.

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