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Kirghizstan : le siège du gouvernement en feu, des manifestants libèrent l'ancien président

Des heurts ont éclaté à Bichkek à l'annonce des résultats des élections législatives remportées par deux partis proches de l'exécutif. Des manifestants ont envahi le siège du gouvernement. Le président tente de garder le contrôle de la situation.

Un incendie s'est déclaré dans la nuit du 5 au 6 octobre dans la Maison-Blanche de Bichkek, siège du gouvernement du Kirghizstan, où de violents heurts ont éclaté à l'annonce des résultats des élections législatives. Tandis que des colonnes de fumées s'élevaient du bâtiment, les pompiers ont été dépêchés sur les lieux.

Plus tôt, des manifestants, qui contestent les résultats des élections législatives de la veille dominées par deux partis proches du pouvoir, et réclament la tenue d'un nouveau vote, avaient envahi le bâtiment officiel. Ils ont par ailleurs libéré de prison l'ancien président Almazbek Atambaïev «sans faire usage de la force ni des armes», selon le témoignage de l'un de ses partisans, Adil Turdukuov, à l'AFP.

Selon le ministère de l'Intérieur du Kirghizstan, au moins un mort et 590 blessés sont à déplorer en marge des heurts qui ont éclaté le 5 octobre entre la police et des manifestants.

La police a fait usage de grenades assourdissantes, puis de gaz lacrymogènes pour disperser les centaines de manifestants réunis dans le centre de la ville, certains tentant d'escalader les grilles du siège de la présidence.

Le président assure «contrôler» la situation

Les manifestants réclament la démission du président Sooronbay Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections législatives. Des accusations de fraudes, notamment d'achats de voix, ont terni celles organisées le 4 octobre.

Pour tenter d'apaiser les tensions, le bureau de Sooronbay Jeenbekov a annoncé le 5 octobre au soir que le président de 61 ans, élu en 2017, rencontrerait le lendemain les dirigeants de 16 partis ayant participé aux élections. Dans un communiqué de presse, il a fait savoir, le 6 octobre au matin, qu'il était prêt à faire annuler le résultat des élections, appelant à un retour au calme dans le pays. Sooronbay Jeenbekov a par ailleurs dénoncé une tentative de certaines forces politiques de prendre le pouvoir illégalement.

Si le président a assuré avoir gardé le «contrôle» du pays, un porte-parole du ministère kirghize de l'Intérieur, cité par Reuters, a fait savoir que Kursan Asanov, une figure de l'opposition, avait pris les fonctions de ministre de l'Intérieur, censées être assurées par Kashkar Junushaliyev. L'homme politique d'opposition a appelé à éviter les affrontements et les pillages, et a assurer la sécurité des citoyens.

Dans la soirée du 5 octobre, le parti pro-présidentiel Birimdik, arrivé en tête avec 25% des voix, avait annoncé qu'il acceptait l'idée d'une nouvelle élection, appelant tous les autres partis ayant dépassé les 7% à faire de même.

Combats de rue

Les heurts se sont poursuivi dans la nuit dans les rues environnant la place Ala-Too de Bichkek où s'étaient d'abord réunis les manifestants, selon une correspondante de l'AFP. 

Des images diffusées par les médias locaux montraient des manifestants lançant des pierres au milieu de nuages de gaz lacrymogènes et de flashs de grenades. Un dirigeant d'opposition, Janar Akaïev, a été blessé par une balle en caoutchouc reçue à la jambe, a annoncé son parti Ata-Meken.

Le président avait promis d'organiser des élections honnêtes mais il n'a pas tenu parole

Selon de nombreux témoins, les boutiques du centre-ville ont commencé à retirer les produits des étals, par peur de possibles pillages.

Dans l'après-midi, au moins 5 000 personnes s'étaient réunies sur la place Ala-Too, à proximité de la présidence, scandant des slogans anti-pouvoir. «Jeenbekov dehors ! Matraïmov dehors !», lançait la foule, s'adressant au président Sooronbay Jeenbekov et à un ancien haut responsable accusé de corruption.

La place Ala-Too avait été le point de départ de deux révolutions en 2005 et 2010 qui avaient renversé successivement deux présidents autoritaires dans ce pays réputé pour connaître un certain pluralisme politique, en comparaison à ses voisins d'Asie centrale.

«Le président avait promis d'organiser des élections honnêtes mais il n'a pas tenu parole», a lancé Ryskeldi Mombekov, candidat du parti Ata Meken, devant les manifestants réunis sur la place.

Un chanteur populaire du pays, Mirbek Atabekov, a accusé «les politiciens de mettre l'argent au-dessus de tout», appelant la foule à ne pas répondre aux provocations. 

La manifestation avait été organisée à l'appel de cinq partis politiques qui ont échoué à atteindre le seuil des 7% nécessaire pour entrer au Parlement. 

Suspicions d'«achat de voix»

Le chef de la mission de l'OSCE venue observer les élections, Thomas Boserup, a noté que les élections s'étaient «bien déroulées dans l'ensemble», malgré des préoccupations liées à des «allégations crédibles d'achat de voix». 

Birimdik et le parti Mekenim Kirghizstan, tous deux pro-Jeenbekov et favorables à une intégration renforcée de Bichkek au sein de l'Union économique eurasiatique promue par Moscou, sont au coude à coude avec environ un quart des voix. Le parti pro-présidentiel Kirghizstan devrait également se maintenir au Parlement avec près de 9% des voix. Deux autres formations, l'une nationaliste et l'autre fondée par un ex-Premier ministre, devraient elle aussi dépasser les 7%.