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Des laboratoires français et suédois confirmeraient l'empoisonnement de Navalny, selon l'Allemagne

Tandis que Moscou déplore n'avoir toujours pas reçu les éléments de Berlin au sujet de l'opposant russe, victime présumée d'un empoisonnement, l'Allemagne multiplie les annonces par médias interposés... et appelle Moscou à coopérer.

Nouveau rebondissement dans l'affaire Alexeï Navalny : ce 14 septembre, l'Allemagne affirme que des laboratoires français et suédois auraient confirmé de façon «indépendante» la thèse de l'empoisonnement au Novitchok, défendue par Berlin sur base de tests toxicologiques réalisés par un laboratoire de l'armée allemande. C'est ce qu'annonce le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert, dans un communiqué cité par Reuters.

La thèse va pourtant à l'encontre des tests menés par les médecins russes de Omsk et Moscou, où l'opposant avait été pris en charge après son malaise, avant d'être transféré vers l'Allemagne. Interrogé par l'agence de presse Tass ce 14 septembre, Alexandre Sabaïev, toxicologue en chef de la région d'Omsk, a réitéré qu'aucune donnée récoltée lors des analyses faites en Russie n'indiquait un empoisonnement de Navalny au moment de son admission à l'hôpital sibérien. «Ni à l’hôpital, ni dans le cadre de l’établissement du diagnostic, ni au cours de l'évolution de la maladie [un empoisonnement] n'a été observé [...] chez le patient», a expliqué le médecin.

Manque de coopération

A plusieurs reprises, la Russie a déploré que Berlin ne lui ait pas fourni ses éléments, malgré une requête officielle. Cela n'a pas empêché le porte-parole allemand d'ajouter dans son communiqué : «Nous renouvelons notre appel à la Russie à s'expliquer sur les événements. Nous sommes en contact avec nos partenaires européens sur le prochaines étapes.»

Le 11 septembre, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait expliqué que le cas d'Alexeï Navalny faisait l'objet de vérifications dans le cadre des procédures traditionnelles de la justice russe, et soulignait que les éléments brandis par Berlin devaient faire l'objet d'une vérification en Russie afin qu'une enquête sur ces faits puisse éventuellement être ouverte. «Nous espérons que nous allons recevoir les informations de nos collègues allemands, cela aidera à avancer», avait-il encore fait savoir, alors que Moscou avait affirmé avoir transmis à Berlin une demande de coopération fin août dans cette affaire.

L'empoisonnement présumé de l'opposant russe a suscité une importante escalade diplomatique, plusieurs gouvernements occidentaux dont la France ou les Etats-Unis réclamant des comptes aux autorités russes. Elle pourrait également avoir un impact économique sur Nord Stream 2, le projet de gazoduc reliant l'Allemagne et la Russie, dans le viseur de certains politiques, notamment allemands.

Si Alexeï Navalny est régulièrement présenté dans les grands médias occidentaux comme la «bête noire du Kremlin», sa popularité en Russie (où il a été interdit de se présenter à la dernière présidentielle) est bien plus relative. Selon un sondage réalisé fin 2019 par l'institut russe indépendant Levada, seulement 2% des citoyens russes ayant participé à l'enquête disaient qu'ils voteraient pour lui si l'élection présidentielle se déroulait la semaine suivante. Ces résultats le situaient loin derrière Vladimir Poutine (38%), mais également derrière d'autres figures de l'opposition russe comme Vladimir Jirinovski (ultra-nationaliste, 4%), ou Pavel Groudinine (Parti communiste, 3%).

L'opposant russe est sorti du coma il y a plusieurs jours selon l'hôpital berlinois de la Charité, qui précise, cité par l'AFP, que des séquelles à long terme «de ce lourd empoisonnement» ne sont «pas à exclure».