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Mali : la contestation annonce une trêve avant une nouvelle médiation africaine et l'Aid al-Adha

Le mouvement de contestation au Mali a décidé d'observer une «trêve» en vue de la grande fête musulmane de l'Aid al-Adha, prévue à la fin du mois de juillet, et d'une mission de médiation de quatre présidents d'Afrique de l'Ouest le 23 juillet.

Le comité stratégique du Mouvement du 5 juin a «décidé d'observer une trêve au sujet de la désobéissance civile. C'est pour permettre aux Maliens de bien préparer et de célébrer la tabaski», nom donné en Afrique de l'Ouest à la grande fête musulmane de l'Aid al-Adha, qui aura lieu à la fin du mois de juillet, a déclaré à l'AFP Nouhoun Sarr, l'un des dirigeants du mouvement de contestation, dans la nuit du 20 au 21 juillet. «Pendant cette période, il n'y aura plus de manifestations. Et comme vous le savez aussi, nous nous apprêtons à recevoir les chefs d'Etat», a-t-il ajouté.

Les présidents de quatre pays d'Afrique de l'Ouest – Mahamadou Issoufou (Niger), Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), Macky Sall (Sénégal) et Nana Akufo-Addo (Ghana) – se rendront effectivement le 23 juillet à Bamako pour tenter de trouver une issue à la crise socio-politique que traverse le Mali, selon la présidence malienne.

Issa Kaou Djim, le coordinateur de la plate-forme de soutien à l'imam Mahmoud Dicko, principale figure du mouvement, s'est «félicité» auprès de l'AFP de l'annonce de la trêve, la qualifiant de «décision très responsable et sage».

Les propositions de la Cédéao rejetées par le mouvement de contestation

Ce signe d'apaisement ne signifie toutefois pas un adoucissement des revendications du Mouvement du 5 juin. 

Dans un communiqué signé le 20 juillet au soir par Choguel Maïga, l'un de ses principaux dirigeants, le M5-RFP réitère sa principale exigence : la «démission» du président Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, et de son gouvernement. Le mouvement reproche à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), médiatrice dans la crise, d'être restée jusqu'ici muette sur ce point.

Le 21 juillet, alors que quelques barricades ont été rapidement démantelées par les forces de l'ordre, les pourparlers diplomatiques se sont poursuivis en coulisses. L'imam Dicko a reçu les ambassadeurs au Mali de la France, des Etats-Unis et de l'Union européenne, à qui il a déclaré que si les portes du dialogue restaient ouvertes, la gouvernance au Mali devait radicalement changer, selon des participants à la rencontre.

La venue à Bamako le 23 juillet de quatre chefs d'Etats qui comptent en Afrique de l'Ouest démontre l'inquiétude croissante des partenaires et voisins du Mali, pays pauvre confronté depuis des années à des violences multiformes, notamment djihadistes et intercommunautaires, malgré la présence de forces françaises, africaines et de l'ONU.

Une délégation de la Cédéao conduite par l'ex-président nigérian Goodluck Jonathan a recommandé le 19 juillet la mise sur pied «de toute urgence» d'un gouvernement d'union nationale, comme l'a déjà suggéré le président Keïta. Elle a aussi proposé la nomination d'une nouvelle Cour constitutionnelle chargée d'examiner en priorité le litige électoral autour des résultats des législatives de mars-avril, considéré comme l’élément déclencheur de la crise actuelle. Mais les envoyés de la Cédéao ont souligné dans le même temps qu'«aucune forme de changement non constitutionnel d'accession au pouvoir ne sera acceptée par la Cédéao».

Cette feuille de route s'est heurtée au refus des dirigeants du M5-RFP, alliance hétéroclite de chefs religieux et de personnalités du monde politique et de la société civile, pour qui la crise quasi existentielle que traverse le pays ne se limite pas aux questions électorales.

Au pouvoir depuis 2013, le président Ibrahim Boubacar Keïta est massivement contesté dans la rue depuis juin.

Au climat d'exaspération nourri depuis des années par l'instabilité sécuritaire dans le centre et le Nord du pays, le marasme économique ou une corruption jugée endémique, est venue s'ajouter l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des législatives.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir à l'appel du M5-RFP a dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait 11 morts selon le Premier ministre Boubou Cissé. Une division de la mission de l'ONU dans le pays (Minusma) parle de 14 manifestants tués. Le M5 va jusqu'à évoquer 23 morts.