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Le nazisme et le communisme, même chose ? Poutine critique l'UE et dénonce un mensonge impardonnable

A cinq mois des commémorations des 75 ans de la Victoire contre l'Allemagne nazie, le président russe a vivement critiqué les tentatives de mettre sur le même pied les crimes commis par le régime d'Adolf Hitler et l'Union soviétique.

L'année prochaine la Russie s'apprête à commémorer le 75e anniversaire de la victoire contre l'Allemagne nazie. D'habitude célébrée en grande pompe, avec un défilé militaire sur la Place rouge au coeur de Moscou, cette fête est également une occasion pour le président russe d'inviter ses homologues, d'Europe et d'ailleurs, à se joindre aux festivités du 9 mai (la reddition fut signée dans la nuit du 8 au 9 mai à 0h16 heure russe et 23h16 heure de l'Ouest). Ainsi lors du sommet franco-russe à Brégançon Emmanuel Macron a annoncé qu’il se rendrait en mai 2020 à Moscou.

Pour préparer cet événement, une réunion du comité d'organisation Pobeda (victoire en russe, ndlr.) s'est tenue à Moscou le 11 décembre. Consacrée aux préparatifs du 75e anniversaire de la victoire marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle s'est déroulée en présence du président russe. Vladimir Poutine a profité de cette occasion pour exprimer de vives critiques contre ce qu'il considère être des tentatives de révision de l'Histoire. 

«Les tentatives de fausser la vérité historique se poursuivent. Non seulement les héritiers des complices des nazis le font, mais à présent certaines institutions internationales et structures européennes assez respectables les ont rejoint», a déclaré le président russe.

En guise d'exemple Vladimir Poutine a cité la récente résolution du Parlement européen adoptée le 19 septembre «sur l'importance de la mémoire européenne pour l'avenir de l'Europe».

Ce texte qui demande que le 25 mai soit proclamé Journée mondiale des héros de la lutte contre le totalitarisme, «rappelle que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocides, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité», «demande à tous les États membres de l’Union de procéder à une évaluation claire et fondée sur les principes en ce qui concerne les crimes et actes d’agression commis par les régimes communistes totalitaires et le régime nazi». Tout en maintenant que «la Russie reste la plus grande victime du totalitarisme communiste» le Parlement européen à travers cette résolution «s’inquiète vivement des efforts déployés par les dirigeants de la Russie d’aujourd’hui pour déformer les faits historiques et blanchir les crimes commis par le régime totalitaire soviétique» et se dit «préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales».

Pour résumer, cette résolution du Parlement européen met sur le même plan le fascisme, le nazisme mais aussi le communisme et le stalinisme. Critiquée par des eurodéputés tout comme par des historiens, la résolution sur l'«importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe» a également provoqué l'indignation de la Russie et de son président.

Vladimir Poutine ainsi dénonce un texte qui «a mis de facto sur le même pied et les agresseurs nazis, et l’URSS, qui accuse pratiquement l’URSS parallèlement à l’Allemagne nazi du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, comme s’ils avaient oublié qui avait attaqué la Pologne le 1 septembre 1939 et l’Union Soviétique le 22 juin 1941». Et d'ajouter que «ceux qui tentent de contester ce mensonge impardonnable et injustifié, se font accuser de mener une guerre de l'information contre "l’Europe démocratique"».

Le chef de l'Etat russe a promis que la Russie «répondrait à ces mensonges par la vérité et continuerait de parler des événements de la Grande Guerre patriotique en maintenant ouvertes les archives».

«Une bouillie antirusse»

La résolution sur l'«importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe» a été largement adoptée le 19 septembre dernier - 535 voix pour, 66 contre et 52 abstentions. Elle a pourtant fait l'objet de vives critiques notamment en Europe. 

Dans un éditorial paru 26 septembre dans L’Humanité, son directeur Patrick Le Hyaric dénonce le fait que le texte vise à «mettre un trait d’égalité entre communisme et nazisme». Qualifiant la résolution d'un «grossier raccourci historique» et d'une «bouillie antirusse», l’ancien eurodéputé communiste se montre scandalisé quant au fait que la signature du pacte germano-soviétique en 1939 y soit «obsessionnellement désignée comme cause principale du déclenchement de la seconde guerre mondiale». 

Ce passage de la résolution du Parlement européen a aussi été pointé du doigt par l'eurodéputé italien Massimiliano Smeriglio du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates. Celui qui dit n'avoir «jamais été prosoviétique», il explique pourquoi il n'a pas voté cette résolution dans une publication partagée sur sa page Facebook. 

«Je n'ai pas voté en sa faveur parce qu'il s'agit d'un texte confus et contradictoire. Je ne l'ai pas voté parce que l'histoire n'a pas à être contrainte dans une construction parlementaire dont le seul but est de la tirer à soi de tous côtés pour aboutir ensuite à un étrange œcuménisme où tout devient semblable», écrit l'europarlementaire.

D'ailleurs la résolution européenne a été dénoncée par un collectif d’académiques, d’intellectuels et d’artistes dans La Libre Belgique. Dans une tribune intitulée «Non à une Histoire officielle, dictée par le Parlement européen», ils insistent sur le fait que «les historiens doivent pouvoir poursuivre leurs recherches à l’abri de toute intimidation politique»