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Destitution : le deux poids deux mesures des démocrates bien parti pour profiter à Trump

Alors qu'ils s'étaient refusés à le faire contre George Bush, les démocrates vont lancer au Congrés une procédure de destitution contre Donald Trump mais dans les sondages le soutien à cette démarche s'effrite en vue de la présidentielle de 2020.

Abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès : les démocrates ont défini les deux chefs d'accusation retenus à l'encontre de Donald Trump dans la procédure de destitution lancée à son encontre. Si le calendrier s'accélère sous l'égide de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, c'est peu dire que le bien-fondé de la démarche peine à convaincre au-delà des électeurs de son propre camp.

Interrogée début décembre lors d'un rassemblement démocrate diffusé par CNN, Nancy Pelosi a d'ailleurs été contrainte de se livrer au difficile exercice de justifier sa position contre le président américain, ce qui constitue un revirement par rapport à ses prises de positions passées. En 1998, elle s'était en effet refusée à soutenir la procédure enclenchée contre Bill Clinton. Plus étonnant encore, quelques années plus tard, elle n'avait pas souhaité lancer une procédure contre le président républicain George Bush, pourtant son adversaire politique, et alors que celui-ci avait menti sur la présence d'armes de destruction massives en Irak.

Des décisions dont la logique est difficilement compréhensible aujourd'hui, qu'elle a tenté d'expliquer au moyen d'arguments particulièrement alambiqués : «Je savais qu'il n'y avait pas d'armes nucléaires en Irak. Il n'y en avait vraiment pas. [...] Je savais qu'il y avait une présentation des faits au public erronée. Mais après avoir dit ça, de mon point de vue, cela ne constituait pas un motif de destitution.»

Comprenant l'incompréhension que peut susciter une telle position, la guerre en Irak ayant tout de même fait plus de 100 000 morts, Nancy Pelosi a essayé de se rattraper aux branches. Sans grand succès : «Jusqu'à ce jour, les gens pensent que [ne pas destituer] était la bonne chose à faire. Les gens pensaient que l'Irak avait quelque chose à voir avec le 11 septembre. C'est épouvantable ce qu'ils ont fait, mais si quelqu'un veut plaider, il peut le faire.»

Seul problème, c'est à elle, en sa qualité de présidente de l'opposition à la Chambre des représentants, que revenait la charge de plaider pour la destitution de George Bush... Voyant qu'elle parvenait à s'emmêler les pinceaux sur un plateau pourtant acquis sa cause, Nancy Pelosi a alors évoqué Bill Clinton pour se sortir de l'ornière. «Juste là, [ils avaient] destitué Bill Clinton parce qu'il était stupide ou quelque chose comme ça. [...] Alors, ils ont fait Bill Clinton, maintenant ils veulent que je fasse George Bush. Je ne voulais pas que [la destitution] devienne un mode de vie dans notre pays». En d'autres termes, Nancy Pelosi a donc expliqué avoir refusé de destituer George Bush, responsable de centaines de milliers de morts sur la base d'un mensonge, pour que la procédure ne devienne pas «un mode de vie» de la politique américaine. Mais elle n'a pas hésité à lancer la démarche contre l'actuel président Donald Trump.

Trump parti pour en sortir gagnant

Une logique bien difficile à suivre au delà des cercles démocrates. D'autant qu'aucune preuve tangible n'est à ce jour venu étayer les accusations des opposants au président américain. Pire, son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky a répété à maintes reprises qu'il n'y avait pas eu de qui pro quo, c'est-à-dire que Donald Trump ne lui a jamais dit que l'aide américain était conditionnée à l'ouverture d'une enquête sur l'entreprise ukrainienne qui employait le fils de l'ancien vice-président américain, Joe Biden. 

«C'est une honte que des gens puissent faire une mise en accusation à partir de rien», a de nouveau lancé le président américain le 10 décembre, qui parle depuis des semaines de «chasse au sorcière» le visant, évoquant même un «coup d'Etat». Et à en croire les sondages, les témoignages des «lanceurs d'alertes» – dont l'un se trouve être un agent du renseignement, proche du camp démocrate – sont loin d'avoir convaincus, et au contraire, ont renforcé l'image d'un président aux prises avec «l'Etat profond». Ainsi d'après Real Clear Politics, qui fournit une compilation de plusieurs sondages, le nombre de personnes favorables à la destitution est en baisse depuis le mois d'octobre, alors que celui de celles qui s'opposent à la démarche augmente.

Plus grave pour le camp démocrate en vue de la présidentielle de 2020, la cote de Donald Trump remonte dans trois Etats clés. Dès octobre, selon un sondage publié par Firehouse Strategies, le président américain battait tous les prétendants démocrates dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie. Et à en croire le même institut, son avance s'est aujourd'hui largement creusée, notamment vis-à-vis de Joe Biden. Entre une procédure de destitution, qui apparaît de plus en plus motivée politiquement, et des indicateurs économiques qui sont tous au vert, les électeurs indécis semblent à l'heure actuelle pencher en faveur de Donald Trump.

Sauf énorme surprise, la Chambre des représentants à majorité démocrate, votera, dans quelques jours, la mise en accusation de Donald Trump. Puis le Sénat, à majorité républicaine, décidera, dans quelques semaines, de ne pas le condamner. Et la campagne électorale reprendra ses droits, non sans qu'il y ait eu des dégâts. A l'instar d'un Bill Clinton dont la procédure de destitution à son encontre avait favorisé la réélection, Donald Trump est bien parti pour tirer les marrons d'un feu allumé – mais non maîtrisé – par ses adversaires démocrates.

Frédéric Aigouy

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