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Le Japon, veut-il se remilitariser ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon a inscrit son engagement envers la paix dans sa Constitution. Mais cela pourrait changer, la haute chambre du parlement japonais envisageant l’utilisation de ses troupes à l’étranger.

L’article 9 de la Constitution japonaise déclare que «le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux» et ne maintiendra aucune force terrestre, navale, aérienne, ou toute autre force destinée à la guerre. 

Pourtant, en vue de la situation géopolitque actuelle, n'avoir aucune mesure de défense est impossible. C'est  pourquoi la partie de l’article sur le non-maintien de l’armée est ignoré par les autorités japonaises. Le pays a créé les Forces japonaises d'autodéfense peu après sa capitulation dans la Seconde Guerre mondiale et il a continué à les renforcer en leur octroyant le droit de bombarder les bases d'ennemis potentiels, jusqu'à ce qu'elles soient finalement considérées comme une des armées les plus puissantes de la région du pourtour du Pacifique.

En ce qui concerne la non-participation aux conflits étrangers, après 1945, le Japon n’a officiellement jamais pris part à des conflits militaires. Néanmoins, il a envoyé son contingent de maintien de la paix en Irak sans demander l’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU. De plus, les ravitailleurs japonais ont participé à la campagne d’Afghanistan en assurant le soutien logistique de la coalition internationale.

Cependant, officiellement, il ne s'agissait pas d'actions militaires en tant que telles. Mais tout cela pourrait changer, car le projet de loi proposé par le Premier ministre japonais Shinzo Abe pourrait permettre au pays d’aider ses alliés en cas de «menace à la survie du Japon». Par ailleurs, l’utilisation de la force est également permise en cas d'absence de tout autre moyen d’éliminer une menace à la sécurité nationale. Le gouvernement japonais a protégé cette mesure, assurant qu’il n’y avait pas de changements dans la Constitution et qu'il ne s'agissait que d'une question d’interprétation. 

Ce projet de loi intervient en pleine hausse des tensions autour de la présence de 23 bases militaires américaines partout au Japon provoquant de nouvelles manifestations contre la Politique sécuritaire de Shinzo Abe.

Une voie dangereuse

La volonté du Premier ministre japonais Shinzo Abe pourrait pousser le Japon «dans une situation dangereuse», estime Victor Gao, expert en relations internationales. De plus, les plans japonais visant à donner plus de pouvoir militaire au pays, représentent selon lui, un danger pour toute la région.

Il pense que ce projet de loi s’oppose à la Constitution japonaise et, selon des sondages récents, la majorité de la population japonaise dénonce un changement si brusque de la Constitution pacifique qui avait toujours été en vigueur dans le pays après la Seconde Guerre mondiale.

D’après Victor Gao, l’ironie réside dans le fait que ce sont les Etats-Unis qui ont imposé cette Constitution sur le Japon et que, désoramis, ils ferment les yeux sur sa militarisation. «Cet apaisement des Etats-Unis envers le possible réarmement du Japon est un danger en soi», a souligné l’expert en ajoutant qu’un tel comportement de washington était du à deux raisons : «Je pense que soit les Etats-Unis manquent de vision, soit ils sont focalisés sur leurs propres projets dans la région du pourtour du Pacifique».