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Washington élève d’un cran sa rhétorique anti-Assad après s’être donné le droit d’attaquer la Syrie

Washington accuse le gouvernement de Damas d’être responsable de la montée en puissance de l’Etat islamique, quelques jours à peine après avoir bombardé des positions de Daesh en Syrie au départ de bases militaires turques.

Le Département d’Etat américain, à travers le porte-parole adjoint du département d’Etat Mark Toner, a accusé le gouvernement de Bachar al-Assad d’être responsable de l’ascension de Daesh dans la région.

Ce genre de déclaration n'est pas inédite de la part de l'administration Obama, mais ce qui a changé, c'est le contexte. En effet, depuis quelques jours, les forces aériennes de Washington sont désormais capables de bombarder les positions de tout groupe susceptible d'attaquer l'opposition syrienne «modérée», formée conjoitement par des militaires turcs et américains, et ce en utilisant les bases militaires turques mises à disposition par Ankara.

Washington n'a pas ouvertement désigné les forces d'al-Assad comme cibles directes, mais «si besoin est», des frappes pourront être dirigées contre elles. Concrètement, si les militaires américains estiment qu'une quelconque menace existe pour les troupes d'opposition «modérées» entraînées par leurs soins, ils n'hésiteront pas à recourir à la force, quel que soit l'agresseur.

Une opération militaire sans base légale

Il y a encore deux jours, le même porte-parole adjoint a déclaré à des journalistes qu’il ne savait pas sur quelle base juridique les Etats-Unis se basaient pour bombarder l’armée syrienne, si elle en vient à attaquer des rebelles entraînés par les militaires américains.

Des frappes ont d'ores et déjà eu lieu en territoire syrien, et ce sans l’accord du Congrès américain, ni celui du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Après avoir porté les premières frappes par des drones dans le nord de la Syrie, les Etats-Unis prévoient également des raids pilotés depuis des bases aériennes turques. Phyllis Bennis, journaliste et militante du think-tank Institute for Policy Studies, estime que Washington n’a pas de base légale pour effectuer ces bombardements.

L’experte cite la charte de l’ONU qui dicte la loi internationale et détermine si une guerre est légale ou illégale. Selon cette charte, il y a seulement deux cas où on peut mener une guerre : si elle est autorisée par le Conseil de Sécurité de l’ONU ou bien si le pays est directement attaqué et essaie de se protéger. Aucun de ces cas ne répond à la situation actuelle en Syrie. «L’utilisation de la force dans tout autre cas est illégale», a souligné la journaliste.

Les Etats-Unis ont déclaré que le nord de la Syrie est «une zone de non droit», et, selon Phyllis Bennis, Washington utilise toujours la même excuse, qui leur permet de «faire tout ce qu’ils veulent», le droit de bombarder, d’envoyer des troupes terrestres. «C’est une pente dangereuse», dit-elle en guise de conclusion.

La génèse de l'Etat islamique en Syrie

Tandis que Abu Bakr al-Baghdadi et ses troupes profitaient de l’instabilité en Irak résultant de l’invasion des troupes américaines pour étendre leur pouvoir, Daesh s’est infiltré à travers la Syrie à la faveur de la guerre civile débutée au printemps 2011 par des contestations civiles contre le gouvernement de Bachar al-Assad.

Les extrémistes ont bénéficié des aides logistiques et financières américaines, en combattant aux côtés de l’Armée syrienne libre et ce jusqu’en septembre 2013, au moment où ces djihadistes ont affiché leur ambition de former un califat dans le nord de la Syrie.

Mais même après la séparation officielle de ce que l’Occident dénomme entre l’opposition «modérée» et l’Etat islamique, celui-ci a continué à profiter du support américain en prenant possession de matériels militaires laissés à l’abandon à la suite des combats. Ce qu’ils n’ont pas manqué de fièrement diffuser sur les réseaux sociaux.

A titre d’exemple, le fait d’arme le plus récent a été en juin 2015 lorsque l’Etat islamique a mis la main sur un butin militaire d’une valeur million de dollars.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, la guerre en Syrie a fait en quatre ans plus de 240 000 morts, dont 12 000 enfants, selon un nouveau bilan, rapporté par l'AFP.

Il s'agit d'une hausse de plus de 10 000 morts en près de deux mois, selon cette organisation basée en Grande-Bretagne, qui dispose d'un large réseau de sources en Syrie et dresse avec précaution le bilan des morts depuis le début de la guerre.

Si al-Assad est renversé, Daesh hissera son drapeau noir au-dessus de Damas

Daniel McAdams, directeur exécutif de l'Institut Ron Paul Institute for Peace, interrogé par RT estime que si Bachar el-Assad est destitué, Daesh s’emparera de Damas. «Il n’est pas obligatoire d’être supporteur d’al-Assad pour reconnaître que si les frappes américaines sur les positions de l’armée syrienne et Damas se poursuivent, l’Etat islamique hissera bientôt son drapeau au-dessus de la capitale syrienne. Et personne ne dira, même ceux qui ne tolèrent pas le dirigeant syrien, que c’est ce qui pouvait arriver de mieux», a expliqué l’expert.

L’activiste a souligné que Washington a scandé pendant de long mois que Daesh est la pire chose possible. «Si on ne lutte pas contre ses combattants, ils pénètreront sous nos lits et nous attaqueront», a-t-il rappelé, citant les mots du gouvernement.

D’après McAdams, les Etats-Unis semblent réorienter en ce moment leur propagande contre al-Assad. «Et malheureusement, la propagande fait son chemin à travers l’histoire comme nous le voyons, semant le chaos et donnant le goût pour la guerre», a-t-il poursuivi.