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En défaut de paiement, Porto Rico se retrouve à la merci des fonds de pension américains

Incapable de payer ses dettes, Porto Rico, «la Grèce des Caraïbes», se retrouve désormais sous la menace de poursuites judiciaires de la part de ses créanciers, les fonds de pension américains.

Moody's n'aura pas attendu longtemps. A minuit tapante, lundi, l'agence de notation américaine a considéré que l'archipel américain de Porto Rico était officiellement en défaut de paiement. Ce lundi, Porto Rico, parfois surnommé «la Grèce des Caraïbes», devait en effet rembourser 58 millions de dollars à une agence gouvernementale américaine. Le pays n'a remboursé que 628 000 dollars. Et le tout alors que Porto Rico fait face à une dette immense de 73 milliards de dollars.

Moody's a donc sauté sur l'occasion et «considère cet évènement comme une défaut de paiement». Pour l'agence de notation, cette incapacité à rembourser les créanciers est «la première étape d'un défaut général (du territoire) sur sa dette».

Ce défaut de paiement expose en tout cas l'archipel à des poursuites en justice. Les principaux créanciers de Porto Rico sont ainsi des fonds de pension américains, qui, à partir de 2006, ont racheté la dette portoricaine en échange d'exemptions fiscales. Ils demandent aujourd'hui des comptes, alors que l'Etat n'a plus les moyens de s'endetter pour les rembourser. Oppenheimer Funds, l'un de ces fonds de pension, a déjà annoncé son intention d'attaquer l'Etat portoricain si ce dernier n'est pas capable de payer ses dettes. 

Et pour se faire rembourser, ces fonds de pension américains sont prêts à tout. Ils ont ainsi rédigé un rapport la semaine passée, demandant au gouvernement de Porto Rico de supprimer des postes de professeurs et fermer des écoles pour pouvoir soulager une partie de sa dette. Pour le chef de file du gouvernement, Alejandro Garcia Padilla, cette option qui doit mener le pays vers «une austérité extrême n'est pas une solution viable pour une économie déjà sur les genoux». 

Paul Krugman, Prix Nobel d'économie a, lui aussi, dénoncé cette solution, considérant dans le New York Times que cette solution de l'austérité entraînerait une émigration massive et une «spirale de la mort». 

Du côté des Etats-Unis, territoire auquel est rattaché Porto Rico sans pour autant faire partie des 50 états américains, si on a déjà exclu tout «sauvetage» financier de l'île, la situation inquiète. «Je suis extrêmement inquiet des dégâts qu'un processus de restructuration (de dette, ndlr) long et désordonné pourrait causer sur la santé, la sécurité et le bien-être financier des familles qui vivent et travaillent à Porto Rico», a ainsi assuré le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew dans une lettre à un sénateur.

Certains membres démocrates du Congrès américain plaident d'ailleurs pour offrir à Porto Rico la possibilité de se déclarer en faillite pour échapper à ses créanciers, comme avait pu le faire la ville de Détroit. Une proposition de loi en ce sens est, pour l'instant, restée lettre morte. Ce qui laisse tout le temps aux fonds de pension américains, surnommés les «vautours» par les Portoricains, de mettre la pression sur le pays.