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Turquie : Recep Tayyip Erdogan convoque des élections anticipées et brigue un nouveau mandat

Près de deux ans après le putsch avorté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a convoqué le 18 avril des élections anticipées pour le 24 juin. La Constitution lui offrant désormais des prérogatives élargies, il pourrait rester au pouvoir dix ans.

Les Turcs voteront pour les élections présidentielle et législatives un an et demi plus tôt que prévu. Le président Recep Tayyip Erdogan a en effet annoncé ce 18 avril des élections anticipées pour le 24 juin, à l'occasion desquelles il briguera un nouveau mandat présidentiel aux pouvoirs considérablement renforcés.

«Nous avons décidé de tenir ces élections le dimanche 24 juin 2018», a fait savoir le président turc après un entretien avec le chef du Parti d'action nationaliste (MHP), Devlet Bahçeli, qui avait appelé la veille à des élections anticipées. Ce dernier, dont la formation politique qualifiée d'«ultranationaliste» a le vent en poupe, avait d'ailleurs annoncé en janvier dernier qu'il soutiendrait le président turc lors de la prochaine élection présidentielle et que sa formation ne présenterait donc pas de candidat.

Près de deux ans après avoir déjoué une tentative de putsch, Recep Tayyip Erdogan, qui avait plusieurs fois démenti ces dernières semaines les «rumeurs» d'élections anticipées, se présentera donc devant les Turcs pour un rendez-vous électoral particulièrement important.

Un an jour pour jour après la révision constitutionnelle d'avril 2017

Ce scrutin marquera en effet l'entrée en vigueur de la plupart des mesures renforçant les prérogatives du chef de l'Etat, adoptées lors d'un référendum constitutionnel en avril 2017, soit il y a quasiment un an jour pour jour et qui prévoit notamment la disparition de la fonction de Premier ministre. La constitution turque permet désormais à Recep Tayyip Erdogan, âgé de 64 ans, dont 15 au pouvoir, de briguer deux nouveaux mandats présidentiels de cinq ans.

Il a justifié sa décision le 18 avril par la nécessité de passer urgemment au système présidentiel afin de faire face à «l'accélération des développements en Syrie» et la nécessité de prendre rapidement des «décisions importantes» sur l'économie.

«Nos concitoyens souhaitent que cette réforme [constitutionnelle] entre en vigueur dès que possible», a assuré l'actuel chef du gouvernement, Binali Yildirim, qui devrait être le dernier Premier ministre du pays, la révision constitutionnelle supprimant cette fonction.

Une motion demandant d'avancer les élections au 24 juin a été transmise en début de soirée au Parlement, qui devrait donner son feu vert dans les prochains jours.

Nos concitoyens souhaitent que cette réforme [constitutionnelle] entre en vigueur dès que possible

Si des observateurs soupçonnaient le président turc de vouloir avancer les élections pour mettre à profit la popularité de l'offensive en Syrie et réduire les risques d'aller aux urnes avec une situation économique dégradée, peu s'attendaient à une date aussi proche.

Les élections anticipées se dérouleront alors que le pays vit au rythme des purges massives lancées après la tentative de coup d'Etat de juillet 2016 qui ont tendu les rapports entre Ankara et l'Occident.

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