Djihadisme : la veuve de l’assassin du commandant Massoud déchue de sa nationalité belge

Djihadisme : la veuve de l’assassin du commandant Massoud déchue de sa nationalité belge © Bas Bogaerts Belga/ AFP Source: AFP
Malika El Aroud à son procès en novembre 2010 en Belgique.

Malika El Aroud, la veuve de l’assassin du commandant Massoud, avait organisé une filière de recrutement en Belgique et était devenue une icône du djihadisme. Elle ne s’est jamais repentie : la Belgique vient de lui retirer sa nationalité.

Elle a manqué à «ses devoirs de citoyenne belge» : c’est ce que la cour d’appel belge a statué le 30 novembre à propos du cas de Malika El Aroud, figure notoire du djihadisme local, selon le quotidien belge La Libre. D'origine marocaine, elle avait acquis la nationalité belge en 2000. Son radicalisme jamais renié a convaincu le parquet général de Bruxelles de demander une procédure en déchéance de nationalité contre cette islamiste de 57 ans, dès 2014. Après un gel de la procédure, il a pu finalement rendre son verdict. Un autre homme, Bilal Soughir, a lui aussi été déchu. Tous deux avaient comparu le 26 octobre 2017.

Il n’y a eu jusqu’ici qu’une dizaine de cas de déchéance de nationalité en Belgique, une sanction civile prise par une cour d'appel, et quatre seulement ont été associés au «manque grave à ses devoirs de citoyen», lié à l'islamisme radical. Trois hommes, Tarek Maaroufi, Omar Sliti et Abdelkrim El Haddouti, avaient été condamnés à cette peine pour leurs liens avec le groupe terroriste Al-Qaïda. Un individu du nom de Mohamed R’ha avait aussi été déchu de sa nationalité belge pour son implication dans un réseau islamiste au Maroc. Les autres personnes dont la nationalité belge a été retirée l'ont été pour des questions de possession de documents frauduleux. 

Qui est Malika El Aroud, «veuve voire» et radicalisée forcenée ?

Tout au long de sa carrière de djihadiste, Malika El Aroud n’a jamais renié ses convictions islamistes. Celle qui est surnommée «la veuve noire du djihad» par la presse belge a eu deux maris, morts au cours de leurs parcours terroristes.

Après une jeunesse chaotique, sans diplôme, la jeune femme belge et marocaine, fille d’un ouvrier de voirie, se tourne vers l'islam radical. Elle est sous l'influence d'un prédicateur et figure militante, Cheikh Bassam, qui tient le «Centre islamique de Bruxelles» à Moleenbek. Il lui fait rencontrer le Tunisien Abdessatar Dahmane, avec qui elle se marie. Le couple gagne l'Afghanistan en 2001, où elle coule une agréable existence de notable parmi les Taliban d’origine étrangère.

Le 9 septembre 2001, deux jours avant l'effondrement des tours jumelles new-yorkaises, cet islamiste assassine Ahmed Shah Massoud (le commandant Massoud, à la tête de forces armées ayant combattu les soldats soviétiques puis les autorités talibanes) en se faisant sauter. Cela confère à cette femme volontaire et charismatique un statut prestigieux : veuve de martyr.

Rentrée en Belgique, elle décrit sa fuite d’Afghanistan dans un livre qui la montre éblouie par les djihadistes, Les Soldats de Lumière (2004). Ce texte est devenu un livre de chevet pour les apprentis combattants du djihad. Elle rencontre un autre Tunisien, l'islamiste Moezeddine Garsallaoui, qu’elle rejoint en Suisse. Tous deux ouvrent plusieurs sites et forums appelant au djihad, où des radicalisés postent des vidéos de décapitation, des textes de propagande... Pour ce «soutien à une organisation criminelle», le couple sera condamné à quelques mois de prison en Suisse en 2007.

Moezeddine Garsallaoui part ensuite au Pakistan et en Afghanistan. Selon les informations du journal Le Monde, Malika El Aroud, de retour en Belgique, collecte de l'argent pour la cause et conseille les apprentis-djihadistes. Elle confiera au Herald Tribune en 2008 : «Mon arme, c’est l’écriture, c’est la parole. Voilà mon djihad. On peut faire beaucoup avec les mots. L’écriture aussi est une bombe.» La «veuve noire» recrute en ligne des combattants français et belges qu’elle envoie auprès de son mari. L'un d’eux sera Mohammed Merah.

Ce n’est qu’en 2010 qu’elle est condamnée à huit ans de prison par le tribunal de première instance de Bruxelles. Elle est jugée coupable d'avoir «participé, en tant que membre dirigeante, à une activité d’un groupe terroriste, y compris par la fourniture d’informations ou de moyens matériels au groupe terroriste», selon les informations du site Slate.fr.

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