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«Plein de lacunes systémiques»: la Russie dénonce le rapport de l’ONU sur l’attaque chimique à Idleb

La Russie a de nouveau critiqué l’enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et de l’ONU lors d'une réunion du Conseil de sécurité, réitérant que l’incident à Khan Cheikhoun était, selon elle, sciemment mis en scène.

Après avoir minutieusement analysé le rapport conjoint de la mission d’enquête conjointe (JIM) de l’OIAC et de l’ONU sur l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, Moscou a conclu qu’il était «plein de lacunes systémiques, d'incohérences et de contradictions» et «d’une qualité médiocre». C’est en ces termes que Vladimir Safronkov, représentant adjoint de la Russie auprès de l’ONU, a décrit l’enquête de JIM en intervenant devant le Conseil de sécurité le 7 novembre.

«Les spécialistes de la mission [d’enquête] chargés d’établir les faits ont effectué tout leur travail à distance», a rappelé Vladimir Safronkov. «Ils n’ont pas observé le principe de base de «chain of custody», qui exige d’assurer l’intégrité des preuves. Les échantillons ont été expédiés vers le territoire d’un pays tiers, il n’y a pas de certitude qu’ils provenaient de Khan Cheikhoun, d’une autre localité ou même du dehors de la Syrie», a expliqué le diplomate russe.

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Un rapport basé sur les témoignages sans preuves?

Le diplomate russe a également mis en doute les témoignages sur lesquels reposent les conclusions du rapport. «La plupart [d’entre eux] sont indirects et fournis par l’opposition et par des ONG sans aucune crédibilité telles que les Casques blancs associés souvent aux terroristes du Front al-Nostra», a rappelé Vladimir Safronkov. Pressentis pour le prix Nobel de la paix 2016, les Casques blancs sont accusés par Moscou et Damas d'être proches de groupes rebelles radicaux, comme Fatah al-Cham, lié à al-Qaïda.

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Les enquêteurs n'ont pas non plus réussi à examiner proprement la base aérienne syrienne d'al-Chaayrate, selon Vladimir Safronkov qui a expliqué qu’ils avaient bien visité cette base mais sans avoir collecté des preuves sur place. Dans le même temps, le JIM affirme que l’attaque venait d’une bombe larguée par un avion syrien tout en utilisant le mot «probablement» dans cette assertion. Un des nombreux exemples d’incertitudes dénoncés par le diplomate russe qui s’est insurgé contre l’utilisation d'expressions comme «probable», «possible», «vraisemblable» dans un document accusant Damas.

Comme Damas, Moscou ne nie pas l'utilisation du gaz sarin à Khan Cheikhoun mais assure que l'attaque a consisté en l'explosion d'un obus au sol dans une localité contrôlée par des rebelles et des djihadistes et non d'une munition lâchée par un avion syrien comme l'affirment les enquêteurs. Vladimir Safronkov a expliqué que la forme rectangulaire du cratère laissé par la bombe laissait suggérer qu’elle se trouvait dans une «position horizontale statique» et a été placée d’avance sur le sol, alors qu’une bombe larguée depuis un avion aurait laissé un cratère elliptique. Le diplomate a aussi noté d’autres indications allant dans le même sens, comme l’absence de dispersion de terre autour du cratère. 

Le diplomate russe a finalement regretté que l'équipe des enquêteurs n'ait même pas examiné la version des faits avancée par Moscou selon laquelle toute l'attaque a été volontairement «mise en scène».

Depuis le 2 novembre, deux projets de résolution, l'un russe, l'autre américain, sont en concurrence au Conseil de sécurité de l'ONU sur le renouvellement du groupe des enquêteurs des Nations unies et de l'OIAC. Leur mandat expire le 16 novembre.

Le projet de résolution russe prévoit une prolongation du mandat des enquêteurs de six mois alors que celui des Etats-Unis, dont une version révisée a été publiée le 7 novembre, parle de 18 mois. La première version du texte américain évoquait un renouvellement pour 24 mois.

Moscou, qui considère que les experts manquent d'objectivité, réclame par ailleurs dans son projet de texte que les conclusions du rapport sur Khan Cheikhoun soient suspendues et que les enquêteurs retournent en Syrie pour poursuivre leur travail sur ce dossier.