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Fille glamour et soutien de Navalny, Ksenia Sobtchak est candidate à la présidentielle russe

Jet-setteuse, star de la téléréalité, la «Paris Hilton russe» Ksenia Sobtchak est aussi une opposante à Vladimir Poutine qu'elle connaît personnellement. Proche d'Alexeï Navalny, elle veut être la candidate du «vote contre tous».

La course à la présidentielle en Russie vient de prendre une tournure quelque peu inattendue avec l'annonce de la candidature de Ksenia Sobtchak, le 18 octobre.

Fille d'Anatoli Sobchak, qui fut au début des années 1990 le premier maire libéral de Saint-Pétersbourg et surtout l'un des mentors politiques de Vladimir Poutine, son adjoint à l'époque, Ksenia Sobtchak n'a jamais caché ses liens personnels avec l'actuel président russe. A la mort de son père en 2000, ce dernier était d'ailleurs présent à l'enterrement à ses côtés.

La «Paris Hilton russe»

Pour autant, le cheminement politique de Ksenia Sobtchak est loin de s'inscrire dans les pas de ceux du maître du Kremlin. Aujourd'hui âgée de 35 ans, la jeune femme blonde aux yeux bleus s'est fait connaître du public russe par une apparition dans une émission de télé-réalité. Dans ce programme, les participants formaient des couples et discutaient de leurs relations autour d'un feu de camp. Elle s'est ensuite illustrée dans une émission nommé La blonde en chocolat où ses jurons en ont fait une personnalité clivante aux yeux de l'opinion publique.

Ses passages télévisés lui ont ainsi permis de se construire une carrière au sein de la jet-set russe, glanant au passage le surnom de «Paris Hilton russe». Présente sur la scène de la pop-culture depuis de nombreuses années, elle a notamment présenté l'un des programmes de télé-réalité les plus populaire du pays, a posé pour la magazine Playboy et est désormais rédactrice en chef de l'édition russe du magazine de mode L'Officiel.

Dans une interview qu'elle a accordée au magazine Glamour Russia, Ksenia Sobtchak a déclaré que devenir présidente était un «projet artistique de haut niveau», ajoutant que sa carrière dans le show-bizz l'aiderait à atteindre son but.

Soutien à Navalny aux opinions politiques affirmées

Il serait pourtant réducteur de considérer la candidature de Ksenia Sobtchak comme un simple projet artistique. Durant l'hiver 2011-2012, la jeune femme a surpris ses fans en accompagnant son petit ami de l'époque, le blogeur et opposant Ilia Iachine, dans les manifestations qui ont accompagné le retour de Vladimir Poutine au Kremlin après quatre ans au poste de Premier ministre.

Depuis 2012, elle présente des interviews dans l'émission «Sobtchak Live» sur la chaîne indépendante Dojd, très critique du pouvoir russe, et a compté parmi ses invités Alexeï Navalny ou encore Alexandre Loukachenko, le président biélorusse.

Dans la lettre ouverte publiée par le journal russe Vedomosti annonçant sa candidature, Ksenia Sobtchak a expliqué ce qui a motivé sa décision et dévoilé les principaux axes de son programme. Affirmant vouloir réformer en priorité l'éducation et le système judiciaire, elle a également fait part de sa volonté de donner plus d'opportunités aux femmes en Russie. «Près de 500 professions pénibles en Russie sont officiellement fermées pour les femmes. Mais même parmi les autres carrières, les salaires des femmes sont presque 30% inférieurs à ceux des hommes. Et seulement 5% des entreprises les plus importantes du pays sont dirigées par des femmes», a-t-elle dénoncé.

La candidate du «vote contre tous»

«Les élections étant la base de la démocratie réelle, elles ne doivent pas être ignorées», a-t-elle en outre affirmé dans sa lettre ouverte. «Voter pour moi sera une opportunité légale et pacifique de dire "assez"», a-t-elle ajouté, souhaitant attirer à elle les électeurs tentés par le vote blanc ou l'abstention. En effet, alors qu'il était possible en Russie de glisser un bulletin de vote «contre tous» dans les urnes, cette disposition a été supprimée en 2006. Ksenia Sobtchak se présente donc comme la candidate qui remplace cette option.

Une candidature qui n'a pas, de son propre aveu, vocation à remplacer celle de l'activiste anti-corruption Alexeï Navalny. Ce dernier a effet été averti par la commission électorale russe le 18 octobre qu'il ne serait éligible qu'à partir de 2028 à cause de son passé judiciaire. Ksenia Sobtchak a lancé un appel aux autorités pour qu'il puisse néanmoins être enregistré comme candidat et lui a offert sa coopération dans le cadre de son éventuelle campagne.

Mais Alexeï Navalny malgré les «bonnes et amicales relations» qu'il entretient avec Ksenia Sobtchak a pour sa part affirmé qu'il voyait cette candidature d'un très mauvais œil. L'activiste a jugé qu'il s'agissait d'une tentative de le remplacer en tant que candidat de l'opposition, qualifiant Ksenia Sobtchak de «candidate libérale de dessin animé».

Le président russe Vladimir Poutine a pour sa part affirmé que chaque citoyen, conformément à la loi, avait le droit de se porter candidat : «Ksenia Sobtchak ne fait pas exception.»

Le Kremlin réfute être à l'origine de sa candidature

Pressé par un journaliste de commenter les informations affirmant que la campagne présidentielle de Ksenia Sobtchak avait été orchestrée par le Kremlin, le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a apporté un démenti catégorique le 19 octobre.

«Le Kremlin n'a rien à voir avec la décision de la présentatrice de télévision Ksenia Sobtchak de se présenter à l'élection présidentielle prévue en mars 2018», a-t-il affirmé. «Ce n'est pas vrai», a-t-il encore martelé, ajoutant qu'il ne souhaitait pas évoquer les possibles rivaux de Vladimir Poutine lors de l'élection, ce dernier n'ayant pas fait acte de candidature à l'heure actuelle : «Actuellement, il préfère se consacrer à son travail de président.»