Tunisie : un député se montre embrassant sa femme pour protester contre l'incarcération d'un couple

Tunisie : un député se montre embrassant sa femme pour protester contre l'incarcération d'un couple© Capture d'écran Facebook, @Raouf El May
Le député Raouf El May livrant un baiser à sa femme, en signe de protestation à l'arrestation d'un couple.

Un Franco-Algérien et une Tunisienne, surpris par la police alors qu'ils auraient été en train de s'embrasser dans leur voiture, ont été condamnés pour «atteinte à la pudeur». Un député et un ex-ministre ont manifesté leur indignation... en images.

L'«affaire du bisou» prend de l'ampleur en Tunisie. Pour protester contre l'incarcération d'un Franco-Algérien et d'une Tunisienne, accusés de s'être comportés de façon indécente dans une voiture près de Tunis, Raouf El-May, un député tunisien indépendant, a diffusé le 6 octobre sur le réseau social Facebook une photo de lui sur laquelle il embrassant son épouse. Il a légendé le cliché avec un message adressé au président tunisien Béji Caïd Essebsi : «Dans quel commissariat me rendre pour aller en prison ?»

Un acte de protestation également choisi par Noomane Fehri, ancien ministre des Technologies de l’information et de la Communication, qui s'est lui aussi montré en train d'échanger un baiser avec sa femme sur le réseau social.

Une incarcération pour «atteinte à la pudeur», entre autres

La colère des deux hommes politiques fait suite à l'arrestation fin septembre de Nessim Ouadi, un Franco-Algérien de 33 ans, et de son amie, une Tunisienne de 44 ans. Parti passer un week-end à Tunis, Nessim Ouadi est sorti en boîte de nuit avec son amie tunisienne avant de se retrouver avec celle-ci, vers 2h du matin, dans une voiture garée le long d'une route touristique de la ville hupée de Gammarth, au nord de Tunis.

Une patrouille de police venue à leur rencontre a alors entrepris de les fouiller, avant de les interpeller puis de les conduire au commissariat. «Les policiers l’ont insulté et l'ont fait descendre de force», a confié l'avocat du Franco-Algérien dans les colonnes de Libération le 8 octobre, expliquant que son client avait mis du temps à fournir ses papiers parce qu'il ne comprenait pas l'arabe.

Quand la police leur a signalés après une vingtaine de minutes au poste qu'ils étaient libres de partir, Nessim Ouadi a alors invectivé les agents, lançant notamment : «Je veux vos noms et vos immatriculations. J'ai l'intention d'en parler à mon ambassade.»

Des paroles qui auraient décidé les policiers à exiger du jeune homme de signer un procès verbal – qu'il n'a pas compris car écrit en arabe –, puis à placer le couple en détention, selon l'avocat. Le lendemain matin, le jeune homme et sont amie ont appris qu'ils étaient poursuivis pour atteinte à la pudeur et refus d’obtempérer, des chefs d'accusation auxquels s’est ajouté, pour elle, état d’ébriété et, pour lui, outrage à fonctionnaire en exercice.

Jugé dans la foulée par le tribunal cantonal de Carthage, Nessim Ouadi, mis en examen entre autres pour «acte sexuel», a finalement écopé de quatre mois et demi de prison fermes pour «atteinte à la pudeur», «refus d'obtempérer», «outrage à un fonctionnaire public» et «atteinte aux bonnes mœurs». La quadragénaire tunisienne a quant à elle écopé de trois mois fermes pour «atteinte à la pudeur», «refus d'obtempérer» et «état d'ébriété sur la voie publique».

Les deux prévenus ont démenti les faits qui leur sont reprochés, reconnaissant seulement avoir bu deux bières et discuté ensemble dans la voiture près de la mer. Leur sort a déclenché de nombreuses protestations sur les réseaux sociaux, donnant notamment lieu à une pétition demandant la libération de Nessim Ouadi, «détenu pour un baiser».

Ce cas renforce un système où la police est confortée dans sa toute-puissance. L’affaire a été montée de toutes pièces.

Pour l'avocat du Franco-Algérien, le problème est beaucoup plus profond que la seule question morale : «Ce cas renforce un système où la police est confortée dans sa toute-puissance. L’affaire a été montée de toutes pièces.»

L'ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d'Arvor, a fait savoir le 8 octobre, sur son compte Facebook, qu’il avait reçu au siège de l’ambassade Leïla Haouala, la mère de Nessim Ouadi. L’ambassadeur a en outre indiqué avoir reçu également l’avocat du Franco-Algérien qui tout comme lui, assure-t-il, «fait confiance à la justice tunisienne pour trouver une issue heureuse à l'occasion du procès en appel».

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