Le Maroc a-t-il vraiment espionné l'Algérie depuis l'aéroport d'Orly ?

Le Maroc a-t-il vraiment espionné l'Algérie depuis l'aéroport d'Orly ?© ALEXANDER KLEIN Source: AFP
La police aux frontières, ici devant une foule de passagers attendant leur vol en 2011 à la suite d'une grève d'Air Algérie

Après l'arrestation d'un capitaine de police français de l'aéroport d'Orly, accusé d'avoir fourni des renseignements issus de fichiers S à des services marocains, les médias s'interrogent... Le Maroc espionne-t-il l'Algérie grâce à la France ?

Le Maroc espionne-t-il vraiment des dignitaires algériens ? Le quotidien français Libération, dans son édition du 4 septembre, a relaté le premier cette affaire digne d'une scène de polar : un capitaine de la police aux frontières exerçant à l'aéroport d'Orly aurait fait du trafic de fichiers S pour le Maroc.

Le policier, dénommé Charles D. dans l'article de Libération, a pris la direction de l'Unité information de la police aux frontières d'Orly en septembre 2014.

La principale mission de cette structure est la suivante : se renseigner sur des cas éventuels de radicalisation au sein des équipes travaillant à l'aéroport et rédiger des notes lorsque des personnes fichées S passent les frontières (terroristes, espions étrangers et militants politiques).

La carrière de Charles D. se trouvait alors, selon l'article, dans une mauvaise passe. Il avait donc pour ambition de mener son action au mieux afin d'impressionner sa hiérarchie.

Espion malgré lui

C'est dans ce but qu'il s'est approché de Driss A., directeur d'une société de sûreté, basé à l'aéroport. Cet homme connaissait très bien Orly et paraissait à même d'aider le policier à faire avancer son unité.

Mais, bientôt, les attentats de 2015, puis de 2016 allaient frapper la France. Charles D. ne s'est alors plus contenté de recevoir des informations, il en a également fourni. Car Driss A. lui a dit être en communication avec les services de renseignements marocains qui auraient du mal à communiquer avec leurs homologues français. Driss A., lui-même, était originaire du Maroc... Entre temps, une autre personne est entrée dans le jeu : Mohammed B. qui officiait «dans le domaine du renseignement» selon Libération.

Le fonctionnaire pensait bien faire en confiant à Driss A. ses rapports sur les fichés S transitant par l'aéroport. Il imaginait, selon ses dires, participer à la lutte antiterroriste.

Il semblerait cependant qu'il ait en fait été retourné par les services secrets du royaume du Maroc. Parmi les informations qu'il fournissait à son contact marocain se trouvaient également des signalements sur des ressortissants algériens sans lien avec le terrorisme... A la clé pour lui, des voyages tous frais payés au Maroc pour lui et sa famille.

Agent double ou victime de sa hiérarchie ?

Il aurait ainsi confié des documents consignant les allées et venues d’un ancien haut responsable algérien, ainsi que deux notes de l’ambassade algérienne à propos des passages de deux ministres en exercice.

Il n'en fallait pas plus pour que certains médias algériens s'emballent. «Le Maroc a espionné des ministres algériens», s'insurge ainsi TSA...

Interpellé par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), le policier, qui était proche de la retraite, a été inculpé le 31 mai pour corruption et violation du secret professionnel, et a été placé en détention provisoire. Tout comme Driss A. dont l'avocat déplore cette action en justice qui détruirait, selon lui, un «canal très efficace entre deux états amis dans la lutte contre le terrorisme».

Charles D. a 59 ans. Il reconnaît tout et dit avoir agi dans l'intérêt de la nation française, pays qu'il a rejoint dans les années 1980, en tant que demandeur d'asile, après avoir grandi au Congo. Il affirmerait même que sa hiérarchie était au courant. 

Mais il peine à expliquer les voyages au Maroc tous frais payés, ainsi que l'origine des 10 000 euros qui auraient été déposés sur son compte en 2015... Celui qui se rêvait peut-être en héros anonyme trinquerait donc pour un conflit entre les services de renseignements français et marocains.

L'instruction est toujours en cours au tribunal de grande instance de Créteil.

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