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Ukraine : une journaliste russe arrêtée en pleine rue et bientôt expulsée après un reportage

Après avoir arrêté Anna Kourbatova en pleine rue, les services de sécurité ukrainiens s'apprêtent à expulser du pays cette journaliste de la chaîne publique russe Pervyi Kanal. L’incident est lié à un reportage qui, selon Kiev, diffame l’Ukraine.

L’incident est survenu dans le centre de la capitale ukrainienne ce 30 août. La journaliste de la chaîne publique de télévision russe Pervyi Kanal («Première chaîne»), Anna Kourbatova, a été «attrapée par des assaillants inconnus qui l’ont forcée à monter dans une voiture, qui est ensuite partie pour une destination inconnue», ont fait savoir les représentants de la chaîne. Une présentatrice de Pervyi Kanal a ensuite annoncé, en début d’après-midi, ne plus être en mesure de joindre sa journaliste à Kiev, parlant de son «enlèvement par des inconnus près de chez elle».

Plus tard dans la journée, la chaîne a rapporté que, selon ses informations, la journaliste aurait été arrêtée par les services de sécurité ukrainiens, le SBU. Une information confirmée plus tard par une porte-parole des-dits services, Olena Gitlanska.

«La propagandiste russe Anna Kourbatova sera expulsée vers la Fédération de Russie. L’Ukraine est un Etat de droit et ses forces de l’ordre agissent en respectant strictement le cadre légal. Tous les documents nécessaires à son expulsion sont en train d’être préparés en ce moment», a annoncé la porte-parole dans une publication sur Facebook. La Olena Gitlanska n’a pas donné de raisons précises à l’expulsion de la journaliste, se contentant de déclarer : «C’est ce qui va arriver à chaque personne qui se permet de diffamer l’Ukraine.»

Un reportage sur le jour de l'Indépendance ukrainien

Une source au sein du SBU a confié à l'AFP que la journaliste avait été arrêtée en raison d'un reportage jugé trop critique envers l'Ukraine. «Elle sera expulsée en raison du reportage qu'elle a réalisé à l'occasion de la fête de l'Indépendance. Son séjour ici sera écourté et elle écopera d'une interdiction d'entrée en Ukraine», a précisé cette source.

Le 24 août, l'Ukraine a fêté l'anniversaire de son indépendance de l'URSS, qui a coïncidé avec la visite du secrétaire d'Etat américain à la Défense, Jim Mattis. A cette occasion, le chef du Pentagone avait assisté à un défilé militaire à Kiev auquel participaient, pour la première fois, des soldats américains.

Dans le reportage qu'elle a tourné ce jour-là à Kiev – et qui a été diffusé le même jour – la journaliste a qualifié les célébrations du 24 août de «triste fête», notant qu'elles étaient organisées alors que le conflit armé dans le Donbass n'est pas réglé, que le pays traverse une grave crise économique et que les salaires des Ukrainiens chutent.

Selon la chaîne Pervyi Kanal, Anna Kourbatova avait déjà reçu des menaces de la part d'inconnus après la diffusion de son reportage. La veille de son arrestation, la journaliste avait achevé un nouveau reportage sur la liberté de la presse en Ukraine, diffusé le 29 août. Le même jour, elle a été inscrite sur la base de données du site ukrainien Mirotvorets. Ce site controversé a fait scandale en 2016 en publiant en accès ouvert les données confidentielles de journalistes du monde entier, de rebelles du Donbass, ainsi que d'artistes et autres personnalités ayant violé, selon les propriétaires anonymes du site, les lois ukrainiennes.

Moscou «indigné» du traitement de la journaliste

A l’heure où nous écrivons ces lignes, ni les responsables de la chaîne Pervyi Kanal ni les autorités russes ne sont parvenues à contacter la journaliste. Le ministre russe des Affaires étrangères a annoncé s’être saisi de la situation.

La déléguée aux droits de l'Homme en Russie, Tatiana Moskalkova, s’est dite «extrêmement indignée et inquiète» de la situation d’Anna Kourbatova et du traitement réservé aux journalistes en général par les autorités ukrainiennes. «La liberté de parole est garantie […] par le droit international, les journalistes dans le monde entier sont indépendants et protégés», a-t-elle déclaré à l’agence Interfax. La responsable russe a également annoncé avoir saisi son homologue ukrainien afin d'obtenir des informations officielles sur la journaliste russe.

Le 15 août dernier, Tamara Nersesyan, une autre journaliste russe de la chaîne publique Rossiya 24, avait déjà été expulsée d'Ukraine en raison d'«activités allant à l'encontre des intérêts ukrainiens», avaient justifié les autorités ukrainiennes.

La journaliste a été frappé d'une interdiction d'entrée en Ukraine d'une durée de trois ans. Fin juin, une autre journaliste de Rossiya 24, Maria Kniazeva, avait elle aussi été expulsée pour les mêmes raisons.

Le 29 août, deux journalistes espagnols ont été renvoyés d’Ukraine, alors qu’ils souhaitaient couvrir le conflit qui s'éternise dans l'Est du pays. Les médias espagnols avient dénoncé cette décision de Kiev comme une atteinte à la liberté de la presse.