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Duterte menace de frappes aériennes les politiciens liés aux barons de la drogue

«Je vais lâcher cinq bombes sur vous», a assuré le président philippin à l'attention de politiciens soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue et de disposer de milices privées. Rodrigo Duterte est donc prêt à envoyer ses avions de chasse.

«Même si vous avez 100 ou 200 hommes armés, cela n'aidera en rien» a prévenu Rodrigo Duterte, cité par le journal philippin Manila Bulletin le 8 août, en référence aux milices privées dont disposent des politiciens soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue.

«A quoi bon se battre? J'ai des avions de chasse 12 FA-50. Je vais lâcher cinq bombes sur vous. J'utiliserai réellement la force du gouvernement», a poursuivi le président philippin, s'adressant directement aux politiciens qu'il considère comme véreux.

Rodrigo Duterte a par ailleurs annoncé que la liste des hommes politiques impliqués dans le trafic de drogue s'allongeait, de même que celle des membres de groupes paramilitaires sous leur contrôle.

Les milices privées sous contrôle de politiciens corrompus ou de clans puissants sont une réalité depuis des années aux Philippines. Ces groupes paramilitaires se sont, par le passé, distingués par des règlements de comptes meurtriers. En novembre 2009, par exemple, une milice liée à la puissante famille philippine Ampatuan avait massacré 57 personnes dans la province de Maguindanao. Un rapport de Human Right Watch avait fait la lumière sur les atrocités commises par ce clan pour conserver son emprise sur cette même province. 

Rodrigo Duterte avait lui-même été accusé d'avoir employé avant son élection une milice de ce type. Baptisée «L'escadron de la mort de Davao», elle aurait, selon les accusations, causé la mort de milliers de délinquants et de criminels suspectés. D'anciens membres présumés de ce groupe armé ont été entendus par la justice. Certains ont décrit ces exécutions extrajudiciaires, d'autres ont nié l'existence même de l'entité paramilitaire. 

Ce dernier avertissement du président philippin intervient deux semaines après la mort de Reynaldo Parojinog, le maire de la ville philippine d'Ozamiz, abattu, avec 13 autres personnes dont sa femme et son frère, au cours d'une opération de police anti-drogue. L'homme était sur la «liste» du chef d'Etat philippin depuis 2016. 

Les opposants à Rodrigo Duterte accusent ce dernier d'utiliser la guerre contre le trafic de drogue pour se débarrasser de ses rivaux politiques.

Plus de 7 000 personnes ont été tuées au cours d'opérations visant des trafiquants depuis le début de la présidence Duterte en juillet 2016, selon les chiffres de la police philippine. Les autorités affirment qu'une large partie de ces morts ont été causées par les suspects qui résistaient à leurs arrestations par la police. D'autres auraient été abattus par des groupes armés non-étatiques ou des gangs rivaux.

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