Rencontre entre Le Drian et Lavrov à Paris : quels sujets sensibles ?

Rencontre entre Le Drian et Lavrov à Paris : quels sujets sensibles ? © Sergei Karpukhin Source: Reuters
Jean-Yves Le Drian et Sergueï Lavrov à Moscou le 20 juin

Le chef du quai d'Orsay recevra son homologue russe le 6 juillet en fin d'après-midi à Paris. Les deux ministres comptent faire un tour de l'actualité internationale et évoquer ensemble des pistes de coopération.

Sergueï Lavrov est attendu le 6 juillet au ministère des Affaires étrangères à Paris pour une rencontre avec Jean-Yves Le Drian. Les deux hommes traiteront des principaux sujets de l’actualité internationale, dont la situation en Syrie, en Libye et en Ukraine, la lutte contre le terrorisme et la coopération bilatérale avant de se livrer à une conférence de presse commune.

Cette rencontre intervient après que les relations entre les deux pays ont connu une alternance rhétorique entre volonté manifeste de reprise du dialogue et regain des tensions, en fonction des sujets abordés, depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en avril 2017. Quelles que soient les conclusions de cette rencontre, de nombreux sujets sensibles pourraient être abordés. Exemples. 

Une relation difficile avec la presse 

Durant la campagne présidentielle, l'équipe de campagne du candidat Emmanuel Macron avait systématiquement refusé d'accréditer les journalistes de RT pour les événements d'En Marche!, du mois de janvier au soir du second tour. En février 2017 sur France 2, Richard Ferrand, alors secrétaire général du mouvement, avait accusé Russia Today et Sputnik de diffuser des «fausses informations», «venant peser sur notre vie démocratique». Il avait en outre évoqué des «centaines, voire des milliers, d'attaques» informatiques, venant «comme par hasard [...] des frontières russes», laissant entendre par là une possible implication de l'Etat russe dans cette affaire. La véracité de ces piratages «massifs», quel qu'en ait été le ou les auteurs a été remise en cause par les résultats de l'enquête menée sur le sujet. Guillaume Poupard, le directeur de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), a déclaré qu'aucune trace de hackers russes n'avait été relevée. L'attaque aurait en outre été si simple qu'elle aurait pu être perpétrée par pratiquement n'importe qui et qu'elle pouvait être l'œuvre d'une seule personne, dans n'importe quel pays.

Une fois élu, le président a semblé vouloir ménager les relations avec la Russie en recevant en grande pompe Vladimir Poutine à Versailles. La visite officielle, ayant pour prétexte le 300e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, avait fait naître l'espoir d'une reprise du dialogue après la présidence de François Hollande, désastreuse sur cet aspect. Démontrant un certain optimisme, Emmanuel Macron avait parlé d'un échange «franc, direct» et avait parlé de la nécessité de «surmonter parfois les vicissitudes du quotidien.»

Mais l'espoir soulevé par cette reprise du dialogue a été entaché par les violentes déclarations du président français contre les antennes françaises de médias russes. «Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportés comme des organes de presse et des journalistes, mais ils se sont comportés comme des organes d'influence, de propagande, et de propagande mensongère, ni plus ni moins», avait sèchement répondu le président de la République à une question de Xénia Fedorova, présidente de RT France. Une fermeté dans les mots qui avait contrasté avec le caractère cordial de la rencontre.

Les deux présidents, se croiseront encore à l'occasion du G20 d'Hambourg, les 7 et 8 juin 2017, qui sera par ailleurs l'occasion d'une première rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump. 

Coopérera, coopérera pas en Syrie ? 

Le 20 juin dernier à Moscou, lors de la rencontre entre Jean-Yves Le Drian et Sergueï Lavrov, le ministre français des Affaires étrangères avait parlé d'un nouvel «esprit de confiance», marquant la rupture avec un quinquennat de quasi gel de la coopération franco-russe sous François Hollande. «Nous ne cherchons ni l'isolement de la Russie du reste de l'Europe, ni son affaiblissement économique», avait ainsi assuré le ministre français. Il avait ensuite évoqué la possibilité d'une coopération militaire contre Daesh et Al-Qaïda. 


Emmanuel Macron avait enfoncé le clou le lendemain, déclarant qu'il n'avait «pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout»  lors d'un entretien accordé à huit quotidiens européens (Le FigaroLe TempsLe SoirSüddeutsche ZeitungThe GuardianCorriere della SeraEl Pais et Gazeta Wyborcza). Il avait ainsi déclaré à propos du président syrien : «Personne ne m'a présenté son successeur légitime.» En accord avec les déclarations de Jean-Yves Le Drian, il avait confirmé que sa priorité était la lutte contre les groupes terroristes. 

Cette position, en total opposition avec celle du gouvernement précédent, lui avait valu d'être accusé de soutenir le terrorisme dans une tribune, publiée le 3 juillet dans Libération, par des chercheurs, journalistes et écrivains. 

Les arguments engagés de ces «personnalités» ou la rencontre avec Riyad Hijab, coordinateur du Haut comité syrien pour les négociations qu'Emmanuel Macron a rencontré le 4 juillet, ont-ils convaincu le président de changer d'avis ? Difficile de l'affirmer avec certitude. Il n'empêche que les intentions d'Emmanuel Macron sur la Syrie semblent avoir à nouveau changé de cap depuis qu'il a confirmé son soutien à l'opposition syrienne dans un communiqué diffusé le 5 juillet

L'Ukraine, une affaire loin d'être réglée

Autre dossier problématique des relations franco-russes : le dossier ukrainien. Alors qu'il recevait le président Petro Porochenko à l'Elysée, Emmanuel Macron avait jugé qu'il fallait que soient mises sur la table une série de préconditions «pour faire évoluer les choses». Il a cité le retrait de toutes les forces situées à proximité de la frontière, avec une présence de l'OSCE ou de forces internationales pour la sécuriser, et une avancée sur la question du blocus économique. Il a en outre assuré que la France ne reconnaîtrait pas «l'annexion de la Crimée» et que le conflit ne pourrait être réglé que par la mise en application des accords de Minsk. 

Moscou fait toujours l'objet de sanctions économiques de la part de l'Union européenne sur cette affaire, qui reste un point de désaccord majeur entre Bruxelles et Moscou, et dont l'issue semble lointaine. Ces sanctions ont fait l'objet de représailles de la part de Moscou, qui ont été reconduites jusqu'en 2018

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