Assistant de Poutine : la Banque des BRICS, la crise grecque et l’Ukraine au menu des sommets d’Oufa

Les représentants des BRICS Source: RIA NOVOSTI
Les représentants des BRICS

Iouri Ouchakov, assistant du Président Poutine, a répondu aux questions des journalistes des grands médias russes à la veille des deux sommets internationaux des BRICS et de l’OCS qui se tiendront très prochainement à Oufa.

Iouri Viktorovitch, deux événements internationaux majeurs se tiendront au même moment et au même endroit : le sommet des BRICS et de celui de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai). Pourquoi cette simultanéité ? Ne risque-t-elle pas de parasiter l’attention de l’un au détriment de l’autre ? Quelle est l’importance respective des deux organisations, en particulier dans le contexte actuel de confrontation entre différentes organisations internationales ?

Iouri Ouchakov : Nous nous trouvons, en effet, à la veille, d’un événement très important, du point de vue politique, pour notre pays. La Russie cumule actuellement la présidence de l'OCS et celle de la conférence des BRICS. Il était cohérent de proposer à nos partenaires d’organiser les deux sommets simultanément et au même endroit. C’est également logique, dans la mesure où ces deux grandes organisations, ont une influence positive et stabilisatrice sur la situation dans le monde. De plus, la Chine et la Russie font partie des deux ensembles. Quant à l’Inde, qui est un des BRICS, elle participe également aux sommets de l’OCS avec le statut d’observateur. Aussi les leaders de nos trois pays, devaient, d’une manière ou d’autre, se rencontrer, et c’est pourquoi il était souhaitable que ces deux événements aient lieu en même temps et au même endroit.

J’aimerais aussi souligner que nous avons fait un travail important au cours de la préparation de ces deux sommets. Ainsi, nous avons transformé la ville d’Oufa où les sommets auront lieu de manière à ce qu’elle puisse désormais accueillir d’autres grands événements internationaux. Pour la ville d’Oufa cela constitue un essai grandeur nature et j’espère qu’elle le réussira.

Iouri Ouchakov et des journalistes
Iouri Ouchakov et des journalistes

Quels évènements sont prévus dans le cadre de ces deux sommets des BRICS et de l'OCS et quel le rôle y jouera la Russie ? Quels documents seront signés ? et le seront-ils au cours de négociations bilatérales ou dans le cadre général des sommets ? Enfin, quelles sont les perspectives de développement de ces deux organisations ?

Iouri Ouchakov : La question est complexe. J’aimerais d’abord préciser ce qui nous a guidé lorsque nous avons élaboré les programmes de ces deux sommets : nous y avons invité les représentants des pays de l’Union économique eurasiatique. Cela nous a permis d’orienter les discussions de ces deux sommets sur des problèmes globaux qui concernent également l’espace eurasiatique.

A l’exception de l’Afrique du Sud et du Brésil, tous les autres pays se trouvent dans cet espace et nous avons créé les conditions qui permettent de discuter des principaux problèmes qui nous préoccupent. Il s’agit notamment de la future coopération entre l’Union eurasiatique et les dirigeants européens ainsi que ceux des autre pays du monde. Savez-vous que les pays BRICS, produisent 30% du PIB mondial, représentent 40% de la population de la planète et un tiers de sa superficie?

L’Organisation de coopération de Shanghai s’élargit et c’est, à notre avis, un résultat de la rencontre de l’OCS à Oufa. Nous avons, en effet, commencé le processus d’intégration de nouveaux membres de plein droit à cette organisation, qui jusqu’à présent n’en comprenait que six. Les négociations ont duré longtemps. Il y avait notamment des difficultés concernant la participation de deux Etats très importants que sont l’Inde et le Pakistan. Et une des décisions, une plus importantes de ce sommet, c’est le début du processus de leur intégration. L’Iran a aussi présenté une demande. Elle n’en est pour le moment qu’au stade de l’étude. Mais la décision a été prise d’y revenir après la fin des négociations sur le programme nucléaire et quand les sanctions du Conseil de Sécurité seront levées. Nous pensons qu’il sera alors possible d’intégrer l’Iran à notre coopération. Nous avons dressé une carte de l’OCS tenant compte de l’admission de ces nouveaux Etats. Elle est très convaincante. Il me semble que c’est un espace homogène, très vaste et avec d’énormes possibilités.

Si les sanctions sont levées, dans quel délai l’intégration de l’Iran à l’OCS sera-t-elle possible ?

Iouri Ouchakov : Si les sanctions sont levées, commencera alors un processus actif de consultations entre les Etats-membres. Puis sera déterminé un calendrier. J’aimerais souligner que l’Inde et le Pakistan ne rejoindront pas non plus l’organisation du jour au lendemain. Le processus de leur intégration commence seulement et, dans le cadre de ce processus, ils doivent au préalable convenir d’un mémorandum de travail avec le secrétariat de l’OCS. Puis, ils devront étudier et se conformer à 28 textes fondamentaux de l’OCS. Après cela, nous espérons qu’au sommet suivant, qui doit se tenir en Inde, l’intégration de ces deux pays sera officiellement aboutie et que nous parlerons alors des 8 pays membres de l’OCS.

Nous aurons donc notre G8 ?

Iouri Ouchakov : Oui, un G8 en quelque sorte et qui sera élargi après l’adhésion de l’Iran.

BRICS Source: RIA NOVOSTI
BRICS

Abordons maintenant les perspectives de développement économique, tant dans le cadre de l’OCS que de celui des BRICS. Le fait est que notre pays se réoriente, avec divers succès, vers l’Est et les pays de l’arc Asie-Pacifique. La Chine développe sa «route de la soie» et nous avons également le projet très prometteur que constitue l’Union économique eurasiatique. Il est en ce moment beaucoup question de la possibilité d’articuler ces deux projets, car c’est une perspective qui semble, elle aussi particulièrement prometteuse. Est-ce que cette question sera abordée ? Peut-être pas celle d’une intégration, mais d’une « jonction » si l’on peut employer ce terme ?

Iouri Ouchakov : Oui, c’est une question qui a déjà été activement débattue. En particulier lors de la dernière rencontre entre notre Président et le chef de l’Etat chinois, en mai dernier, dans le cadre des célébrations du 70 ème anniversaire de la Grande victoire. Un document ouvrant la voie à des discussions sur la possibilité d’associer l’Union économique eurasiatique et « la route de la soie » avait alors été signé. Et bien sûr, cette question sera évoquée à Oufa, notamment lors de la réunion informelle des dirigeants des BRICS, des pays de l’OCS et de ceux l’Union économique eurasiatique. Ce pourrait même être une des questions clé de cette rencontre.

En outre, je peux dire qu’une organisation comme la conférence des BRICS est déjà mûre pour créer ses propres institutions financières. Cela a été décidé lors du sommet précédent au Brésil. Nous allons dorénavant discuter du fonctionnement de la nouvelle banque de développement des BRICS et de ses réserves. A ce propos je tiens à mentionner que la première réunion des dirigeants de la nouvelle banque se tiendra à Moscou. A cette occasion sera nommé le président de la banque, qui sera un représentant de l’Inde, alors que les autres pays seront représentés par des vice-présidents. Autant dire que le sommet d’Oufa devrait stimuler la montée en puissance de ces institutions financières.

Nous avons abordé la question du développement des institutions financières propres aux Brics. Pour certains, elles sont appelées à jouer un rôle de contrepoids par rapport aux autres organisations dominantes comme le Fonds monétaire international (FMI), par exemple. Etes-vous d’accord avec cela ? Et que peuvent proposer ces institutions propres aux BRICS ?

Iouri Ouchakov : La nouvelle Banque de développement et la Réserve de change commune ne représentent pas une tentative de s’opposer aux institutions telles le FMI et la Banque mondiale. Ce sont des instruments pour résoudre des objectifs communs. C’est-à-dire, que nous assistons à l’apparition de mécanismes communs initiés par les BRICS, qui sont à même de stabiliser efficacement des marchés nationaux de capitaux et qui, en cas de crise, pourront offrir des sources complémentaires de financement par le crédit ; ou contribuer au développement de liens commerciaux, économiques et d’investissement. Ainsi, la création de ces institutions est une contribution au renforcement de l’architecture financière mondiale, et non une opposition aux instruments déjà existants.

J’aimerai aussi souligner que cette banque est ouverte à l’adhésion de tous les pays intéressés. Mais il est un peu prématuré de parler de cela, parce qu’il faut d’abord qu’elle développe son activité et que chacun puisse s’assurer de son mode de fonctionnement.

Plusieurs rencontres bilatérales sont prévues au cours du sommet. Et la rencontre avec le président iranien a déjà été annoncée. Quel en sera le thème principal? Est-ce que les questions de la coopération militaire et de la livraison des missiles S-300 seront abordées ?

Iouri Ouchakov : Vous savez, le programme de ces deux sommets n’est pas seulement chargé, il est surchargé. A vrai dire, je ne sais pas comment les dirigeants des pays, y compris le président russe, pourront supporter une telle charge de travail. Par exemple, outre le fait que Vladimir Poutine est l’hôte deux sommets, il s’apprête à tenir 11 rencontres bilatérales avec tous les leaders et une rencontre trilatérale avec la Chine et la Mongolie dans le cadre de la coopération régionale. Cela sera leur deuxième rencontre. Leur première a eu lieu l’année dernière à Douchanbe (Tadjikistan).

En ce qui concerne l’Iran, la rencontre aura lieu le 9 juillet et tiendra compte du résultat des négociations en cours sur le programme nucléaire. Nous espérons beaucoup que ces négociations aboutiront à des progrès importants, et pour l’instant, tout porte à le croire.

Aussi le bilan et les perspectives de la coopération russo-iranienne, compte tenu de ce qui aura été obtenu au terme des négociations seront un point clé de l’ordre du jour. De plus, les deux dirigeants aborderont sûrement les questions de la coopération bilatérale dans les domaines commerciaux-économiques et militaro-techniques.

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