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Attentat de Saint-Pétersbourg : certains grands médias dégainent la théorie du complot

14 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées, le 3 avril, dans un attentat dans le métro de Saint-Petersbourg. Plusieurs grands médias ont couvert la drame de manière… étonnante. Vous avez dit complot ?

Les médias traditionnels occidentaux se présentent souvent comme étant à la pointe de la lutte contre les théories du complot. Cette lutte s’arrêterait-elle aux frontières de la Russie ? Alors qu’une terrible explosion a frappé le métro de Saint-Pétersbourg le 3 avril, tuant 14 personnes et en blessant des dizaines d'autres, la couverture de l’événement par certains médias a de quoi surprendre.

La théorie de l’opération sous faux drapeau discutée en direct sur une grande chaîne

La thèse d'un «acte terroriste» a été confirmée par les autorités, même si elles assurent n'exclure aucune hypothèse pour déterminer les causes de l'explosion qui a soufflé une rame de métro à 14h40 (11h40 GMT) dans le centre de la deuxième ville de Russie. En direct depuis Moscou pour la BBC, la correspondante Sarah Rainsford a relayé des commentaires trouvés sur les sites de «médias libéraux» qu'elle n'a pas nommés. Ces commentaires établissaient rapidement un lien entre les récentes manifestations anti-corruption, dont plusieurs villes de Russie ont été le théâtre, et ce drame. Après s'être interrogé sur le «timing» de l’attaque, la journaliste a expliqué que, toujours selon ces «commentaires», il s’agirait d’une «tentative de diversion, pour détourner l'attention du peuple de la mobilisation contre la corruption et de la volonté de certains de voir le président Poutine quitter le pouvoir».  

Oliver Carroll du Moscow Times, a quant a lui rappelé qu'en 1999, «les attentats qui avaient coïncidé avec la route vers le pouvoir de Vladimir Poutine avaient soulevé de nombreuses interrogations». Pour lui : «Il y aura de nombreuses théories et, bien évidemment, des théories du complot.»

Pour rappel, ces dernières semaines, plusieurs manifestations dénonçant la corruption des élites et visant, entre autres, le Premier ministre Dmitri Medvedev ont eu lieu en Russie. Le 26 avril, des milliers de personnes ont défilé à travers différentes villes du pays à l’appel de l’opposant Alexeï Navalny. Quelque 7 000 personnes ont ainsi battu le pavé à Moscou, ainsi que plusieurs milliers à Saint-Pétersbourg.

La BBC n’est pas la seule à avoir fait le rapprochement entre les récents troubles sociaux en Russie et l’attentat de Saint-Pétersbourg. Ainsi le Washington Times a utilisé une photographie prise le 26 mars, lors de la mobilisation contre la corruption, afin d’illustrer leur article relatant l’explosion du 3 avril.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères et connue pour son franc-parler, s’est étonnée de ce choix éditorial sur sa page Facebook : «J’espère qu’il ne s’agit pas d’une tentative délibérée de présenter les faits de manière à désinformer.»

Un «prétexte» pour museler l’opposition selon un «expert»

Du côté de Sky News, l’éditorialiste et spécialiste des affaires internationales, Dominic Waghorn, est intervenu en direct pour livrer les dernières informations et son analyse de la tragédie. D’après lui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, «il y a de grandes chances que le gouvernement profite de cette attaque pour museler l’opposition». Cette hypothèse n'a pour autant pas été étayée d'éléments factuels.

Ce traitement médiatique est d’autant plus surprenant qu’il paraît être réservé exclusivement à la Russie. Des interrogations de ce type n'avaient pas été soulevées par ces mêmes médias lors des attaques terroristes ayant frappé Paris, Londres, Berlin ou Bruxelles.