BBC : un combattant de l’Euromaïdan admet avoir tiré sur la police avant le massacre à Kiev (VIDEO)

La BBC a diffusé le témoignage vidéo d’un combattant de l’Euromaïdan qui avoue avoir tiré sur la police le matin avant les affrontements qui ont fait plus de 50 morts à Kiev. Cela contredit la version selon laquelle la police aurait commencé à tirer.

Presqu’une année après le massacre qui s’est produit sur le Maïdan à Kiev, la chaîne d’information publique britannique British Broadcasting Corporation (BBC) a diffusé le témoignage d’un opposant au président déchu Viktor Ianoukovitch. L’homme reconnaît avoir tiré sur la police tôt dans la matinée le jour où les affrontements ont fait 50 morts sur la place dans le centre de Kiev. De quoi remettre en cause la thèse officielle qui accuse la police ukrainienne d’avoir fait feu la première sur des manifestants pacifiques.

«Je tirais sur leurs pieds», a déclaré un homme que la BBC a décidé d’appeler Sergueï. «Bien sûr, j’ai pu les blesser au bras ou n’importe où. Mais je ne tirais pas pour tuer», a poursuivi l’intéressé qui a aussi précisé qu’il s’était positionné le 20 février dans le conservatoire de Kiev situé dans le coin sud-ouest de la place de l’Indépendance [Maïdan].

La veille, il avait rencontré un homme qui lui a offert deux armes à feu, un fusil de calibre 12 et un fusil de chasse, un Saïga à haute cadence de tir. Il a choisi le Saïga et l’a caché dans un bureau de poste qui, comme le conservatoire, était sous le contrôle des manifestants. Sergueï a annoncé à la BBC qu’il avait ensuite été escorté jusqu’au conservatoire où il a passé 20 minutes, de 6h40 à 7heures du matin, à tirer sur la police. Un témoignage confirmé par d’autres témoins.

Andreï Shevtchenko, qui était alors député de l’opposition et qui participait aussi à l’Euromaïdan, a avoué qu’il avait reçu un coup de fil du responsable de la police antiémeutes de Maïdan affirmant qu’on tirait sur ses hommes. «Il m’appelle et me dit, ‘Andreï, quelqu’un tire sur mes gars’. Il a aussi dit que les tirs provenaient du Conservatoire», a affirmé Shevtchenko.

Le député a ensuite affirmé avoir contacté Andriy Paroubiy, le commandant et coordinateur des «corps volontaires de sécurité» pour les manifestations de Maïdan et à partir de ce moment, les explications deviennent obscures.

Le chef des volontaires affirme qu’il a envoyé un groupe de «ses meilleurs hommes» pour inspecter le Conservatoire et déterminer si quelqu’un tirait depuis cet endroit. Andriy Paroubiy, qui est aujourd’hui vice-président de l’actuel parlement ukrainien, affirme que ses hommes n’ont trouvé aucun individu armé dans le bâtiment.

Pourtant, un photographe qui avait obtenu le droit d’accéder au conservatoire ce matin-là après 8 heures a pris des photos d’hommes armés dans ce bâtiment bien qu’il ne les ait jamais vus faire feu.

Andreï Shevtchenko déclare pour sa part qu’il recevait des appels de plus en plus paniqués du chef de la police antiémeutes affirmant que cinq de ses hommes avaient été blessés et qu’un autre avait été tué par balles avant qu’il ne décide d’ordonner leur retrait.

Et là, les déclarations de Sergueï semblent contredire celles de l’actuel vice-président de la Rada. «Je rechargeais mon arme», a dit celui qui s’est présenté comme un tireur à la BBC. «Ils ont accouru vers moi, l’un d’eux a posé son pied sur moi et m’a dit : ils veulent te parler, tout va bien, mais arrête ce que tu es en train de faire».

Sergueï a encore dit qu’il était convaincu que les personnes qui l’ont emmené appartenaient au service de sécurité d'Andriy Paroubiy même s’il admet ne pas avoir reconnu leurs visages. Une fois hors du bâtiment, on l’a exfiltré de Kiev en voiture sans qu’il ait à subir d’autres conséquences.

La BBC note qu’à ce moment, trois policiers avaient été blessés mortellement et que les affrontements qui se sont soldés par une cinquantaine de morts avaient débuté.

Des snipers sur Maïdan : le mystère demeure

Le 20 février est devenu le jour le plus sanglant depuis le commencement des manifestations en novembre 2013. De plus, ce massacre a provoqué l’expulsion du président ukrainien Viktor Ianoukovytch. Les deux parties se sont mutuellement accusées d’être à l’origine des tirs de snipers qui ont entraîné la révolution.

Le correspondant de RT Alexeï Iarochevskiï, qui témoignait des événements sur place ce jour-là, a lui aussi essuyé des tirs d’origine indéterminée.

A l’époque, des témoins ont déclaré avoir vu des snipers tirer à la fois sur les manifestants et les forces de sécurité. La divulgation de l’enregistrement d’une conversation entre le chef de la politique extérieure de l’Union européenne Catherine Ashton et le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet semble également confirmer que des membres de l’opposition, et non pas les services de sécurité de Ianoukovitch, ont tiré les premiers.

«On comprend de mieux en mieux que quelqu’un de la nouvelle coalition [au pouvoir] a soutenu les snipers et que ce n’était pas Ianoukovytch», a dit Paet à Ashton, en citant des allégations estimant que «c’étaient les mêmes snipers qui tuaient les gens des deux côtés».

L’ex-chef du Service de sécurité ukrainien Alexandr Ialymenko accuse aussi le gouvernement actuel issu de l’Euromaïdan, en affirmant que ce sont eux qui ont embauché les snipers qui ont fait exploser la violence sur la place.

Pour les leaders de la manifestations, dont beaucoup siègent dans l’actuel gouvernement ukrainien, Ianoukovytch et ses forces de sécurité portent l’entière responsabilité de la fusillade. En avril, presque deux mois plus tard, les procureurs ukrainiens ont arrêté plusieurs Berkouts [troupes d’élites de la police ukrainienne], les considérant comme les possibles «tireurs embusqués de Maïdan». Il semble que l’enquête se soit arrêtée là.

En octobre, l’agence Reuters a publié les résultats de son enquête à propos des investigations de Kiev sur la fusillade de l’Euromaïdan qui a eu lieu en février 2014.

L’agence d’information rapporte qu’elle a découvert de «graves lacunes» dans l’enquête sur les Berkouts. Des dizaines de familles des victimes de Maïdan réclament toujours «une enquête objective et précise».

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