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Les étonnantes facettes de David Rockefeller

Derrière la figure quelque peu énigmatique du milliardaire, décédé le 19 mars dernier, se cachait un homme d'influence qui côtoya les grands de ce monde et joua même un rôle diplomatique méconnu lors de la révolution iranienne.

Le monde a appris le 20 mars au matin que le milliardaire David Rockefeller était décédé la veille dans son sommeil à l'âge de 101 ans. A la tête d'une fortune estimée à trois milliards de dollars, l'homme d'affaire était devenu une figure du magnat par excellence, dont le nom est passé dans le langage courant au même titre que celui de Rotschild ou Crésus. Sa mort est l'occasion de revenir sur plusieurs faits marquants de sa vie, établis ou supposés, qui ont contribué à forger un certain mythe autour de sa personne.

Une aide discrète au shah d'Iran en exil

Selon plusieurs câbles diplomatiques américains révélés par WikiLeaks, David Rockefeller avait été contacté en mars 1979 par Henry Kissinger, alors secrétaire d'Etat de l'administration Nixon. Le diplomate demandait au milliardaire de l'aider à trouver un lieu pour accueillir Mohammad Reza Pahlavi, le shah d'Iran qui venait d'être destitué par la révolution islamique et qui était alors en fuite avec sa famille. 

«Rockefeller a donné son accord pour nous aider à trouver un recours afin de loger le shah et ses proches», indique la note, qui précise qu'il «agira dans la discrétion» pour le compte de la sœur du shah». Les pistes alors évoquées étaient l'Argentine, les Bahamas et le Mexique – ces deux dernières destinations étant finalement retenues. Ce rôle diplomatique discret demeure l'un des aspects méconnus de la vie de David Rockefeller.

Une vie aux côtés des grands de ce monde

Si les grands milliardaires du XXe siècle ont tous eu des contacts plus ou moins étroits avec la politique, David Rockefeller a approché les décideurs de ce monde de très près. Son propre frère, Nelson Rockefeller, fut le 31e vice-président des Etats-Unis entre 1974 et 1977, aux côtés du président Gerald Ford. Jusqu'à la fin de sa vie, Nelson est resté très proche de son frère David.

David Rockefeller était également un habitué des réunions du groupe Bilderberg. Ce rassemblement informel de dirigeants politiques, d'industriels et de personnalités de la haute finance internationale se réunissant depuis 1954 fait l'objet d'hypothèses et de suspicions depuis de nombreuses années quant aux décisions politiques qui y seraient prises.

Un grand voyageur aux multiples cœurs

On prête souvent à David Rockefeller le record du monde du nombre de transplantations cardiaques subies au cours de son existence. Le nombre de sept a souvent été avancé, même s'il est sans doute exagéré, compte tenu de la lourdeur d'une telle opération, qui ne peut donc être répétée trop fréquemment. La dernière en date, qui semble confirmée, date de moins d'un an avant son décès.

Un cœur en bon état de marche ne lui était cependant pas de trop : au cours de ses 35 ans de carrière au sein de la Chase Manhattan Bank, un institut financier de premier plan, David Rockefeller a visité plus de 103 pays. La totalité de ses déplacements autour de la planète lui auraient ainsi fait parcourir plus de huit millions de kilomètres – l'équivalent de 200 tours du monde.

Un magnat des arts amoureux du Maine

La fortune amassée dès la fin du XIXe siècle au cours de l'histoire de la dynastie Rockefeller, d'origine anglaise et allemande, a également permis la constitution d'une impressionnante collection d'art. Celle-ci comprend notamment une statue en bronze de Prométhée signée par Paul Manship, ainsi qu'une série de tapisseries dites «à la licorne», chef-d’œuvres de l'art flamand du XVe siècle et désormais en possession du Metropolitan Museum de New York.

La maison d'enfance de David Rockefeller, un somptueux manoir de huit étages situé sur la 54e rue de New York, abrite désormais le musée de sculpture contemporaine du MoMA.

Egalement passionné par l'Etat du Maine, David Rockefeller avait fait don, à l'occasion de son 100e anniversaire en 2015, de quatre kilomètres carrés de terre de sa possession situés à Seal Harbor à la réserve naturelle des îles des Mont Déserts. Il s'agissait, selon ses propres mots, d'un «cadeau à tous les habitants du Maine».