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Paix au Mali, un chemin tortueux

Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius rencontre le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU sur le Mali. Au programme : la stabilisation du pays et le processus de paix.

«C'est une nouvelle étape décisive pour le développement, la paix et la sécurité au Mali». C'est par ces mots que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a défini la rencontre qui a lieu, vendredi 19 Juin, entre Laurent Fabius et Mongi Hamdi. Ce dernier est le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali et le chef de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Le but principal de la rencontre : préparer l'avenir du Mali, alors que le pays est entrain de retrouver une forme de stabilité, avec la signature des accords de paix par les «mouvements du nord» (notamment les Touaregs qui menacent la sécurité du pays depuis le coup d'état du 21 mars 2012).

Lors de la rencontre sera également évoqué l'avenir et le probable renouvellement de la MINUSMA. La paix retrouvant ses droits, de Bamako à Tombouctou, la question de la nécessité de la continuité de la mission doit être posée.

Avance-t-on vraiment vers la paix ?

Si la rencontre entre les deux hommes se veut optimiste, avec à l'horizon le traité de paix et de réconciliation qui doit être signé samedi 20 juin par l'ensemble des mouvements belligérants, il est permis de douter de l'aspect définitif du processus.

Tout d'abord, ce n'est pas le premier accord de ce type qui est exposé aux combattants. Le 15 mai dernier, un traité était rédigé à Alger et paraphé par l'ensemble des forces en présences. Cet accord devait être signé à Bamako le lendemain et permettre au Mali de retrouver sa stabilité. Un échec : le jour venu d'apposer leur signature, la plupart des mouvances qui constituent la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA) ont fait faux-bond à la cérémonie. La Coalition du Peuple pour l'Azawad (CPA) et la Coordination des Mouvements et Fronts Patriotiques de Résistance (CM-FPR2) ont bien apposé leur signature en bas du document. Mais le Mouvement National de Libération de l'Azawad, le groupe dominant au sein de la CMA, n'y a pas inscrit la sienne. Pas plus que le Haut Conseil pour l'Unité de l'Azawad (HCUA) ou le Mouvement Arabe de l'Azawad (MAA).

Ensuite, la rébellion touareg, qui a débuté en 2012 est la cinquième du genre. L'instabilité des « mouvements du nord » est une constituante inhérente au pays, et le conflit en cours n'en est qu'un exemple. Si la première rébellion, qui a eu lieu en 1916, visait la colonisation française, les quatre suivantes (1962, 1990, 2006 et 2007) avaient toutes le même but : l'indépendance de l'Azawad du territoire malien. Chaque soulèvement s'est terminé de la même manière : par des accords de paix précaires, souvent au détriment des combattants touaregs qui, repoussés par l'armée malienne, se retrouvaient en position de faiblesse au moment des négociations. La fin est donc souvent synonyme de trêve plutôt que de paix. La volonté des touaregs étant l'indépendance des territoires du nord du pays, nombreux sont ceux qui entrevoient déjà un prochain soulèvement.

Enfin, après deux ans et demi de conflit, un arrêt net des combats semble peu envisageable. La rébellion touareg, qui constituait en 2012 une unité indénombrable, le MNLA, s'est depuis divisée en plusieurs mouvances distinctes. Créée à l'été 2014, la CMA se voulait fédératrice de ces mouvements séparés, parfois ennemis, souvent antagonistes. Mais cette nouvelle entité ne sera pas parvenue à créer l'unité au sein de la rébellion. Les leaders des différents mouvements du soulèvement ont d'ailleurs accepté de signer les traités de manière autonome, signe que la CMA ne parlait pas d'une seule voix. Ce manque de coordination au sein des mouvements touaregs est second élément d'inquiétude parmi les acteurs de la paix. L'instabilité idéologique de la région laisse à envisager qu'une sixième rébellion reste une possibilité crédible.

L'enlisement de l'armée française

Si le ministre des affaires étrangères se montre si optimiste, quant à l'accord de paix qui doit être ratifié samedi 20, c'est aussi pour faire oublier les mauvais résultats de l'intervention française. L'opération Serval, déclenchée en 2013 à l'initiative de François Hollande et du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, avait pour but de repousser les combattants djihadistes afin de rendre sa souveraineté au Mali. Si le début de l'opération s'est avéré efficace, avec les djihadistes repoussés de la plupart des grandes villes, une forme d'enlisement a balayé les espoirs d' « opération éclair » voulus par l'armée française.

En effet, après des offensives initiales qui ont payé, les djihadistes sont entrés dans une phase de guérilla. S'est ensuivi un schéma qui rappelle l'Afghanistan, avec des combats ponctuels sur des fronts décidés par l'ennemi, mais surtout avec un ralentissement profond des opérations. D'une opération éclair, l'armée française se retrouve dans une guerre d'embuscades. Des premières victimes sont à déplorer côté tricolore et la logistique des forces françaises n'est plus adaptée à la situation. L'opération Serval est alors remplacée par l'opération Barkhane. 

Cette seconde étape dans l'intervention française dans le conflit est lancée le 1er août 2014, plus d'un an après le début de l'opération Serval. Elle se déroule dans le Sahel, au nord du pays. L'objectif de la mission : lutter contre les mouvements djihadistes regroupés en guérilla et empêcher la constitution de sanctuaires terroristes. L'opération est toujours en cours.

En savoir plus : Budget militaire, la «très chère» armée française

Alors que le président François Hollande avait parlé d'opération éclair et promis une intervention courte et peu coûteuse au Mali, la situation semble aujourd'hui plus que jamais inextricable. L'opération Serval a coûté, à elle seule, près de 650 millions d'euros et fait quatre morts dans les rangs de l'armée française. L'opération Barkhane, pour sa part, déplore six pertes. Un coût humain et financier qui incite la France a espérer que le traité de paix et de réconciliation du samedi 20 marquera enfin un retour à la normale pour le Mali. Mais pour l'instant, à l'image de l'Afghanistan, un retrait des troupes françaises déployées dans la région est inenvisageable. 

Un conflit tentaculaire

Le conflit armé, qui secoue le pays depuis plus de trois ans, a coïncidé avec la chute de l'ancien président libyen Mouammar Kadhafi. Des mercenaires touaregs, déployés entre le Mali, l'Algérie, le Niger et la Libye étaient parvenus à mettre la main sur du matériel de combat. Le 17 janvier, les rebelles de la MNLA (le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad) s'associent avec les djihadistes salafistes d'Ansar Dine et lancent la cinquième rébellion touareg.

Après quelques offensives couronnées de succès, grâce notamment à l'avantage matériel des rebelles face aux militaires maliens sous-équipés, les touaregs occupent le nord du pays, notamment les villes emblématiques de Tombouctou, Goa et Kidal.

Leurs objectifs divergeant, les indépendantistes et les salafistes entrent dans un conflit interne qui va mener à la division de la MNLA en de nombreux groupes séparatistes et à l'embrasement du conflit auprès d'autres populations.

C'est en 2013, après l'échec de premières négociations et l'attaque de villes du sud du pays par des groupes salafistes que la France entre en guerre avec l'opération Serval. Elle est rejointe par plusieurs pays africains de la CEDEAO (la Communauté Économique des États d'Afrique de l'Ouest). En appui de l'armée malienne, et soutenue de manière logistique, technique et informationnelle par les grandes puissances occidentales (notamment la Belgique, l'Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni et les États-Unis), l'armée française parvient à récupérer une grande partie des territoires du nord du pays.

Le conflit, dont les belligérants affirment entrevoir le dénouement, aura fait environ 400 morts dans les rangs de l'armée malienne, 16 soldats de l'armée française y ont également perdu la vie. D'après l'ONU, le nombres de personnes déplacées des suites de la guerre s'élève à 230 000.