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Barack Obama, «rira bien qui rira le dernier»

Barack Obama donnait le 18 janvier sa dernière conférence de presse en tant que président. Le 30 avril dernier, il faisait le show pour son dernier «dîner des correspondants». Plusieurs de ses traits d’humour se sont avérés prophétiques. Sauf un.

Le toujours président des Etats-Unis (jusqu’au 20 janvier) est connu pour son humour. Le 30 avril 2016, alors qu’il participait à sa huitième et dernière grande messe médiatique du dîner de l’Association des correspondants de la Maison Blanche (WHCA), Barack Obama avait déclenché, à plusieurs reprises, l’hilarité parmi l’audience des journalistes présents. A cette occasion, il avait multiplié les traits d’humour sur bon nombre de sujets allant de l’issue de l’élection présidentielle à venir jusqu’à la liberté de la presse en passant par les réseaux sociaux. Ironie du sort, beaucoup de ces répliques ont trouvé un certain écho dans la réalité des mois qui allaient suivre. Sauf une. La plus importante. RT France vous propose un retour en arrière.

Comme beaucoup, Obama voyait déjà Hillary Clinton dans le Bureau Ovale

Le locataire de la Maison Blanche avait démarré fort son discours. Regardant sa femme Michelle après une «vanne», il avait alors lancé : «L’année prochaine, quelqu’un d’autre sera exactement à ma place, et tout le monde se demande bien qui elle sera.» Difficile de ne pas voir une référence à Hillary Clinton, alors favorite absolue des sondages. Il faut dire qu’à l’époque, l’establishment politique et médiatique avait encore beaucoup de mal à croire en une éventuelle victoire de Donald Trump. Quelques semaines avant ce discours, en février, Barack Obama déclarait : «Je continue de croire que Monsieur Trump ne sera pas président. Parce que j'ai beaucoup de foi dans le peuple américain. Et je pense qu'ils reconnaîtront qu'être président, c'est un boulot sérieux. Ce n'est pas présenter un talk-show ou une émission de télé-réalité.»

A sa décharge, il était loin d’être le seul. Les médias dominants aux Etats-Unis ont également mis un certain moment à prendre le phénomène Trump au sérieux. Ainsi par exemple, le 17 juillet 2015, la version américaine du HuffPost annonçait sa décision de traiter la campagne du magnat de l’immobilier dans la rubrique «divertissement».

A la veille de l’élection, le même média prévoyait une victoire d’Hillary Clinton avec 323 grands électeurs et un Sénat qui bascule dans son camp. Le 5 novembre, c’était le New York Times qui clamait que la candidate démocrate avait «une avance solide dans le collège électoral». Les exemples sont légions.

Même au sein du Parti Républicain, certains ne donnaient pas à Donald Trump l’ombre d’une chance. En novembre 2015, un an avant le scrutin, Karl Rove, conseiller de George W. Bush, expliquait qu’il ne voyait pas comment le milliardaire pourrait s’imposer lors de l’élection générale. Quelques semaines avant cette dernière, il n’avait pas changé d’idée.

Pourtant, le 8 novembre 2016, c’est la surprise générale. Donald Trump a bien battu Hillary Clinton. Finalement, il remportera 304 grand électeurs, contre 227 pour cette dernière. Barack Obama, à un «S» près, aurait eu raison. Pas de «she» mais un «he».

Obama blague sur CNN

L’un des traits d’humour qui a le plus fait réagir lors du discours de Barack Obama concernait la profession qui constituait la majeure partie de son audience : les journalistes. Evoquant certaines stars de la discipline, le président des Etats-Unis avait alors déclaré : «Jake Tapper a quitté le journalisme pour rejoindre CNN.» En janvier 2013, celui qui est aujourd’hui une figure reconnue de la chaîne signait en effet chez CNN.

Cette pique humoristique a pris une saveur particulière en janvier 2017. En effet, CNN s’est retrouvée au coeur d’une polémique après avoir, le 10 janvier, rendue public l’existence d’un supposé rapport, rédigé par un ancien officier du renseignement britannique et qui se veut accablant pour Donald Trump. Il évoque notamment des échanges supposés d’informations pendant plusieurs années entre le président élu des Etats-Unis, ses proches et le Kremlin.

Pire, le document fait état d'une vidéo à caractère sexuel montrant Donald Trump avec des prostituées, filmée clandestinement lors d'une visite à Moscou en 2013 par les services russes dans le but d'en faire un outil de chantage.

Si la chaîne américaine, au contraire du site d’information BuzzFeed, avait décidé de ne pas publier l'intégralité du rapport au motif que son contenu était invérifiable, Donald Trump ne s’est pas privé de fustiger le média lors d’une conférence de presse le 11 janvier. Alors qu’un journaliste de la chaîne souhaitait interroger le président élu, ce dernier a rétorqué : «Non, pas vous. Votre [média] est catastrophique.» Il avait ensuite poursuivi en lançant au reporter qui se montrait insistant : «Restez calme, ne soyez pas grossier, je ne vous accorderai pas de question.»

Hillary et les réseaux sociaux

Barack Obama ne pouvait faire son discours sans parler d’Hillary Clinton. Et le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis a souhaité évoquer la relation de la candidate Démocrate avec les réseaux sociaux : «Ecoutez, j’ai dit à quel point j’admirais la fermeté d’Hillary, ses qualités, son expérience en politique. Mais vous devez l’admettre, quand elle essaie d’attirer les jeunes électeurs sur les réseaux sociaux, c’est un peu comme si vos parents venaient de s’inscrire sur Facebook.» Avant de poursuivre et de déclencher l’hilarité générale : «Chère Amérique, avez-vous eu mon poke ? Est-il apparu sur votre mur ? Je ne suis pas sûr de l’utiliser correctement. Amour. Votre tante Hillary».

Or, de nombreux observateurs de la vie politique et journalistes ont expliqué la victoire de Donald Trump par la défaite d’Hillary Clinton sur les réseaux sociaux. Selon Le Figaro, lors de la nuit de l’élection, Donald Trump a été mentionné 17 millions de fois sur Twitter, soit dix millions de fois plus que son adversaire.

Un score loin d’être anodin à en croire RFI qui affirmait qu’en 2016, «les deux tiers des Américains» s'informaient sur les réseaux sociaux. 50 % de plus qu'en 2012. A la veille de l’élection, le média français estimait à plus de 5,3 milliards le nombre d'interactions sur Facebook par rapport au scrutin. Un vivier très puissant.

De quoi faire dire à certains médias tels que Rue89, «que la victoire de Trump, c’est la victoire des trolls», référence à cette catégorie d’utilisateurs du web censés énerver leurs adversaires à grands coups de posts et commentaires. Ils étaient particulièrement actifs sur des plateformes telles que Reddit et 4chan. L’un des symboles de la puissance des «followers » de Donald Trump, c’est Pépé : une grenouille humanoïde né de l’imaginaire de Matt Furie, un dessinateur américain. Le petit être vert a été mis à toutes les sauces sur les réseaux sociaux par les supporteurs de Donald Trump. L’influente association de lutte contre l'antisémitisme Anti-Defamation League (ADL) était alors allée jusqu'à dire que la grenouille représentait un «symbole de la haine» sur internet.

La «presse libre»

Barack Obama, en maître de la communication, avait soudain changé de ton, de manière très humoristique. Prenant un air grave et remerciant «la presse libre, rouage essentiel de la démocratie américaine», il avait subitement déclenché les rires de l’assemblée en glissant le nom de Donald Trump, déjà connu à l’époque pour ses attaques récurrentes contre les médias «du système».

Force est de constater que la très grande majorité des médias américains ont pris le parti d’Hillary Clinton pendant la course à la présidentielle. Au risque, parfois, de se lancer, on l'a vu, dans des pronostics hasardeux.

Lors de la campagne, sur 200 médias américains, 194 avaient soutenu Hillary Clinton.

Obama raille Trump

Concernant la politique étrangère, l'un des points de rupture entre Barack Obama et son successeur, l’ancien sénateur de l’Illinois avait sorti le bazooka, raillant «l’expérience internationale» de Donald Trump, lui qui a rencontré «des leaders mondiaux comme Miss Suède, Miss Argentine et Miss Azerbaidjan». Il avait ensuite poursuivi à propos de l’éventuelle fermeture de la prison de Guantanamo : «Trump en connaît un rayon à propos de la gestion de propriétés au bord de la mer».

Néanmoins, Donald Trump, qui n'est pas encore officiellement à son poste, a déjà avancé quelques pions au niveau de la politique étrangère. Si certaines de ses déclarations ont irrité la Chine, il semble bien que ses vues politiques s’orientent vers une réchauffement des relations avec la Russie.

Cette dernière a vu ses relations avec les Etats-Unis se dégrader de manière drastique durant les mandats de Barack Obama. Donald Trump et Vladimir Poutine ont même eu un échange épistolaire très cordial pour les fêtes de fin d’année. Donald Trump sera-t-il à l’origine d’un changement géopolitique majeur ? Quitte à faire mentir Barack Obama sur ses compétences en la matière ?