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Colombie : le Congrès approuve l’accord de paix renégocié avec les FARC

La Colombie a ratifié l'accord de paix avec la guérilla des FARC, texte qui met fin à plus d'un demi-siècle de guerre mais qui a été renégocié afin d'inclure des propositions de l'opposition après son rejet par référendum.

«La proposition de ratification de l'accord de paix est approuvée», a annoncé la Chambre des députés en faisant état de 130 voix pour et aucune contre, sous les vivats et les applaudissements de l'assistance.

Les 130 députés présents, sur un total de 166, ont voté à l'unanimité en faveur de ce texte qui prévoit le désarmement des FARC et leur transformation en parti politique et qui a été négocié durant presque quatre ans de pourparlers à Cuba.

Le président Juan Manuel Santos, à qui a été décerné la même semaine le prix Nobel de la paix pour sa détermination à mettre fin à la guerre, a salué la ratification en exprimant sa «gratitude au Congrès pour cet historique soutien à l'espérance de paix des Colombiens».

Une première version de cet accord de quelque 300 pages, signée le 26 septembre, avait été rejetée le 2 octobre lors d'un référendum marqué par une abstention record de plus de 62% et où le «non» l'avait emporté d'une courte tête avec quelque 50 milles voix d'avance.

Situation «fragile»

Les députés du Centre démocratique (CD, droite), principale force de l'opposition, dirigée par le sénateur et ex-président Alvaro Uribe, ont abandonné l'hémicycle au moment du vote, comme l'avaient fait la veille leurs collègues du Sénat, en arguant qu'ils «ne pouvaient se substituer» à l'opinion exprimée lors du référendum.

L'accord révisé et signé le 24 novembre, à nouveau par le président Santos et le chef de la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Rodrigo Londono, plus connu sous ses noms de guerre de «Timoleon Jimenez» ou «Timochenko», avait été approuvé au Sénat par 75 voix pour et 0 contre.

«La situation actuelle de cessez-le-feu et de pré-regroupement de la guérilla est fragile», a déclaré le chef négociateur de paix du gouvernement, Humberto de la Calle, en appelant à ratifier l'accord pour éviter de nouvelles violences comme la mort de deux guérilleros et les assassinats de leaders communautaires survenus depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu bilatéral, le 29 août.

L'opposition, qui était opposée à la ratification par le Congrès et réclame un nouveau référendum, déplore l'«impunité totale» et l'éligibilité politique accordées aux guérilleros coupables de crimes graves avant qu'ils aient purgé leur peine.

Début de la reconversion des FARC

La présence devant le Congrès de manifestants, brandissant des pancartes et scandant des slogans en faveur ou contre l'accord de paix, a montré la polarisation du pays sur ce thème. Des policiers ont même dû intervenir le 30 novembre pour éviter des affrontements.

L'accord étant ratifié, il revient au Congrès de légiférer sur sa mise en application, à commencer par une loi d'amnistie des guérilleros devant leur permettre de se déplacer en toute sécurité vers des zones où ils déposeront leurs armes, sous supervision de l'ONU.

«Demain [le 1er décembre] c'est le Jour J. Ce qui veut dire que dans cinq jours débute le transfert de tous les membres des FARC vers les zones de transition», a affirmé Juan Manuel Santos, qui entend parvenir à une «paix complète», en négociant aussi avec l'Armée de libération nationale (ELN), guérilla encore et toujours active qui dispose d'environ 1 500 combattants.

Sur cette question de l'ELN, le gouvernement colombien a annoncé le 30 novembre que les discussions avec ce groupe armé pour définir la date de l'installation officielle de pourparlers de paix reprendraient le 10 janvier.

C'est la quatrième fois que le gouvernement colombien tente de faire la paix avec les FARC, la plus importante guérilla du pays et la plus ancienne du continent, issue d'une insurrection paysanne en 1964 et qui compte toujours à l'heure actuelle 5 765 combattants.

Les trois tentatives précédentes, sous les présidents Belisario Betancur (1982-1986), César Gaviria (1990-1994) et Andrés Pastrana (1998-2002), avaient échoué avant de parvenir au stade de la ratification d'un accord comme cette fois.

Le complexe conflit armé colombien, dans lequel, au fil des décennies, ont été impliquées une trentaine de guérillas, des milices paramilitaires d'extrême-droite et l'armée, a fait au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.