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Ambassadeur russe à l’ONU : la frappe américaine sur l’armée syrienne serait une provocation

La tentative soudaine des Etats-Unis d’«aider» l’armée syrienne luttant contre Daesh dans la ville de Deir ez-Zor qui a abouti à une frappe tuant des dizaines de militaires n’a pas l’air d’être une erreur, estime l’ambassadeur de Russie à l’ONU.

«Il est très suspect que les Etats-Unis aient choisi d’effectuer cette frappe aérienne particulière à l’heure actuelle», a déclaré Vitali Tchourkine, ambassadeur de Russie aux Nations unies, à des journalistes après une réunion du Conseil de de sécurité. 

Il s'est demandé pourquoi les Etats-Unis avaient décidé d’«aider» l’armée syrienne à défendre la ville de Deir ez-Zor après toutes ces années et s’est rappelé que les forces américaines n’avaient fait qu’observer les mouvements terroristes et «n’avaient rien entrepris quand l’Etat islamique fondait sur Palmyre». 

«Il est important et pas une coïcidence que cela se produise juste deux jours avant que les ententes russo-américaines ne doivent entrer pleinement en vigueur», a ajouté Vitali Tchourkine. 

L’ambassadeur de Russie à l’ONU s'est également interrogé sur la raison pour laquelle Washington a décidé de classifier le texte de l’accord russo-américain conclu à Genève, empêchant ainsi de le rendre public, ou partager avec les membres du Conseil de sécurité. Il a lu deux passages du document. 

Le préambule du document signé par Moscou et Washington le 9 septembre indique que les deux nations sont prêtes à entreprendre des «efforts communs» pour stabiliser la situation en Syrie, particulièrement dans la région d’Alep, et sépareront les forces d’opposition modérées de celles du Front al-Nosra. 

Le deuxième passage lu par Vitali Tchourkine explique l’objectif du Groupe d’action conjoint qui est de «renforcer la coordination» entre la Russie et les Etats-Unis pour combattre ensemble le Front al-Nosra et Daesh ainsi que soutenir le processus de transition politique. 

«Le travail du Groupe d’action conjoint doit commencer le 19 septembre. Alors, si les Etats-Unis voulaient effectuer une frappe aérienne effective sur le Front al-Nosra ou Daesh à Deir ez-Zor ou ailleurs, ils auraient pu attendre deux jours et coordonner leurs actions avec nos militaires. Au lieu de cela, ils ont choisi de mener cette opération imprudente», a fait remarquer l’ambassadeur de Russie à l’ONU.

Au lieu d’expliquer l’attaque, les USA accusent Moscou

Vitali Tchourkine a parlé aux journalistes après la réunion à huis clos du Conseil de Sécurité convoquée par Moscou pour donner à Washington une chance d’expliquer les actions des militaires américains. Mais au lieu de discuter de la question, l’ambassadrice des Etats-Unis Samantha Power a quitté la salle pour s’adresser à la presse et accuser la Russie d’hypocrisie. Elle a exprimé son «regret» au sujet de la frappe de la coalition qui avait tué des dizaines de soldats syriens et a insisté que si l’enquête même prouvait que les militaires américains sont coupables, cela n’aurait jamais été leur «intention» de frapper sur des militaires syriens. 

Samantha Power a passé 15 autres minutes à accuser Moscou de tentative «hypocrite et cynique», en demandant à Washington de s’expliquer lors d’une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU. 

«Pourquoi avons-nous cette réunion ce soir ? C’est pour détourner l’attention de ce qui se passe sur le terrain. Si l’on n’aime pas ce qui se passe sur le terrain, on détourne l’attention… Nous encourageons la Fédération de Russie à convoquer des réunions urgentes avec le régime d’el-Assad», s’est insurgée l’ambassadrice des Etats-Unis. 

«La Russie affirme aujourd’hui que les Etats-Unis minent la lutte contre Daesh d’une façon ou d’une autre. Le porte-parole russe a même déclaré que les Etats-Unis pourraient être complices de cette attaque», a-t-elle ajouté avant d’entrer dans les détails sur la façon dont le gouvernement de Bachar al-Assad serait coupable de la situation déplorable en Syrie.

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Le 17 septembre, des avions chasseurs de la coalition dirigée par les Etats-Unis ont effectué une frappe sur des unités de l’armée syrienne près de la ville de Deir ez-Zor. 62 personnes ont été tuées dans cette attaque, 100 autres ont été blessées. Le Pentagone affirme pour sa part que les militaires américains pensaient qu’ils bombardaient des positions de Daesh.