Dortoirs mixtes et chars d'assaut : la Norvège étend son service militaire aux femmes

Egalité des sexes oblige, la Norvège impose désormais le service militaire aux femmes, qui doivent souvent être logées dans des chambrées mixtes, avec leurs frères d'armes.

Depuis près de 40 ans, les norvégiennes qui le souhaitaient pouvaient volontairement effectuer leur service militaire. Mais depuis 2013, la conscription est obligatoire pour les deux sexes. Une petite révolution, qui passe par une stricte égalité. 

Interrogé par le média norvégien The Local, le lieutenant-colonel Pål Berglund du bataillon de cavalerie blindée stationné à Setermoen, situé juste au-dessus du cercle polaire, se dit très satisfait de cette nouvelle mesure : «Plus de soldats, c'est un éventail plus large de compétences», explique-t-il. Pour cet officier, c'est même un avantage de compter plus de femmes parmi ses troupes : «Pour le renseignement, les femmes ont un meilleur tact avec les populations et sont plus habiles pour récolter des informations.»

A l'heure actuelle, un tiers des conscrits nés après 1997 sont des femmes, ce n'est pas tout à fait encore l'égalité complète : en effet, sur les 60 000 appelés potentiels, seules 10 000 personnes peuvent effectuer leur service sous le drapeau. L'armée sélectionne les plus motivés, et les places sont limitées. En Norvège, le service militaire est une expérience souvent vécue comme un accomplissement de soi et valorisée ultérieurement dans le monde du travail.

Dortoirs unisexe

L'armée norvégienne compte bien n'effectuer aucune discrimination, positive ou négative, en fonction du sexe de ses soldats. Ceux-ci, hommes et femmes, sont assignés aux mêmes exercices, aux mêmes postes, et dans les mêmes dortoirs. Un pari risqué ?

Selon la chercheuse à l'Institut de la Défense norvégienne Nina Hellum, la cohabitation constante permet de tempérer les ardeurs des jeunes garçons. «Vous ne voulez pas fricoter avec votre voisine de chambrée, parce qu'elle apparaît à vos yeux comme un "camarade" et qu'en plus, cela risquerait de créer un malaise dans le groupe», explique la chercheuse. 

Une étude de cet institut parue en 2014 montrerait que les dortoirs unisexes aideraient à combattre le harcèlement sexuel, grâce à un phénomène de «dégenrisation» : avec cette cohabitation et cette camaraderie permanente au sein de leurs unités de combats, une relation fraternelle se nouerait, qui émousserait et modérerait les attirances sexuelles. 

«Au début, nous étions un peu timides. Mais passée la gêne initiale, on se relâche et les filles deviennent rapidement des nôtres» témoigne un appelé, Kasper Sjåvåg, au journal The Local. 

«Socialement, les garçons nous traitent avec respect. Certains n'ont pas encore vraiment l'habitude de cette présence féminine, mais ils sont minoritaires», explique Gine Grimsbu, une jeune militaire.

Selon une récente enquête de l'armée norvégienne, une immense majorité des femmes soldats sont favorables aux chambres mixtes. Mais encore 18% déclaraient avoir été victimes de commentaires ou gestes déplacés.

En 2013, un Parlement quasi unanime a fait tomber l'un des derniers bastions de la résistance à l'égalité des sexes en adoptant la conscription pour tous, alors que le Premier ministre n'était autre que l'actuel chef de l'Otan Jens Stoltenberg.

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